Xynthia, dix ans après, le village de Charron toujours pas au sec

Dix ans après la tempête Xynthia, le Plan d'action et de prévention des inondations, le PAPI, n'est pas terminé à Charron. Alors qu'à l'ouest et au sud, l'ouvrage est sur le point d'être achevé, la digue nord est à l'arrêt. 

Charron au lendemain de la tempête, le 1e mars 2010
Charron au lendemain de la tempête, le 1e mars 2010 © Dominique Julian, MaxPPP
Dix ans après la tempête Xynthia, le village de Charron en Charente-Maritime n'est toujours pas au sec. C'est en tous cas le sentiment de son maire, Jérémie Boisseau qui se démène depuis des années pour que le Plan d'action et de prévention des inondations, le PAPI, soit réalisé.
En 2010, ce village de bord de mer avait été le plus touché de Charente-Maritime par les ravages de la tempête.
Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, une grand-mère et ses deux petits-enfants sont morts noyés alors que ce village était submergé par la montée des eaux. Par la suite de très nombreuses maisons avaient été rasées (voir encadré).
Charron au lendemain de la tempête le 1e mars 2010.
Charron au lendemain de la tempête le 1e mars 2010. © Dominique Julian, MaxPPP

La moitié du projet de prévention des inondations réalisé 

Protéger Charron de l'océan était un chantier prioritaire après le passage de Xynthia mais à ce jour à peine la moitié du projet a été réalisé. Le plan prévoyait deux rangées de digues de terre compactée, longues de plusieurs km et hautes de 1,5 à 2,5 mètres, devaient empêcher l'eau d'atteindre le village en la bloquant sur trois côtés dans une zone de marais humide qui ferait office de champ d'expansion. 
A l'ouest et au sud du village, le système défensif sera bientôt achevé mais au nord, le long de la Sèvre niortaise, tout est à l'arrêt. On n'a pas de solution politique", souffle Jérémie Boisseau. 
En 2013 déjà, devant la lenteur des procédures administratives, le maire et le conseil municipal de Charron ont décidé de se lancer eux-mêmes dans la construction de la contre-digue Nord à Charron. 
Car de l'autre côté de la Sèvre niortaise, c'est la Vendée et ce n'est plus la Nouvelle-Aquitaine mais les Pays de la Loire. De quoi sérieusement compliquer les prises de décision selon Lionel Quillet, le Monsieur digues du Conseil départemental de Charente-Maritime, maître d'ouvrage et cofinanceur des défenses du littorales avec l'Europe, l'Etat et les communautés de communes.

On a un problème d'autorité sur ce projet,
-Lionel Quillet, vice-président du Conseil départemental de Charente-Maritime

Le maire de Charron redoute que le gouvernement ait baissé les bras face à l'invasion des eaux, à preuve les récents propos de la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne tenant pour acquis que, "en Vendée ou dans la Somme, le littoral recule de 0,5 à 1,5 mètre par an".

On entend déjà qu'il faudra peut-être accepter d'être inondé de temps en temps;
-Jérémie Boisseau, maire de Charron

"Les financements commencent à tirer"

Malgré les difficultés, le département continue de protéger 225 kilomètres de côtes sur un total de 463 kilomètres, sans créer de nouvelles digues. 

 On restructure l'existant pour qu'il supporte un phénomène météorologique de type Xynthia + 20 centimètres correspondant à l'ampleur de la tempête et de la montée du niveau des océans, En gros de 2010 à 2030 on aura refait ce qui a été fait depuis le XIIIe siècle au coût de l'euro actuel, soit à peu près 320 millions d'euros. Aujourd'hui on a réalisé environ 60% des programmes,
-Lionel Quillet, vice-président du Conseil départemental de Charente-Maritime.

"Plus on s'éloigne de l'événement, plus on sent que les financements commencent à tirer", estime Lionel Quillet.

Jusqu'à présent l'Etat finançait les travaux à 40%. On nous a fait comprendre récemment que ce serait 40%, mais des fois 30% ou 20% et que ça serait en fonction des projetsil faut arrêter de monter des digues, c'est les maisons qu'il va falloir monter, sur pilotis, flottantes ou que sais-je. L'architecture devrait être imposée depuis dix ans déjà. Il faut arrêter de vivre contre le risque, il faut vivre avec,
-Lionel Quillet, vice-président du Conseil départemental de Charente-Maritime.

Etude sur 10 kilomètres 

De son côté, le professeur d'université Eric Chaumillon, responsable de l'Observatoire du Littoral et de l'Environnement de La Rochelle, pense aussi "qu'on ne pourra pas défendre toute la côte. On a fait une étude sur 10 kilomètres en Charente-Maritime. 50% de cette longueur est sous le niveau de la mer à chaque gros coefficient de marée. Si le réchauffement climatique continue, on en aura plus encore".     
 
Charron : 180 maisons ont été rasées
Depuis la tempête Xynthia, 180 maisons ont été rasées, près de 500 habitants sont partis. Ce village proche de la Vendée, essaie de se relever : trois nouveaux lotissements apparaissent sur la partie haute des terres, soit 160 maisons abritant environ 400 personnes.
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