A l'appel du syndicat Sud Santé, des blouses blanches du groupe hospitalier La Rochelle-Aunis ont manifesté ce matin pour dénoncer leurs conditions de travail en temps de pandémie. 

"Une mise en danger grave et imminente des agents" ; voilà ce qui était à l'ordre du jour d'une réunion du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et de condition de travail) convoqué en urgence cette semaine à l'hôpital Saint-Louis de La Rochelle. C'est le syndicat Sud-Santé qui, comme souvent, tire la sonnette d'alarme. Et s'ils n'étaient pas très nombreux ce matin à manifester devant l'établissement, il semble bien qu'en interne le personnel oscille entre grosse fatigue et colère.

"On est exposé en continu en fait"

Alors que la Charente-Maritime avait été relativement épargnée lors des deux premières vagues de contamination, il semble bien que la troisième ait pris quelque peu au dépourvu les professionnels de santé. "Il n’y a qu’un gros cluster à La Rochelle, c’est à l’hôpital", explique Christophe Geffré, élu Sud-Santé au conseil de surveillance de l’hôpital de La Rochelle, "rien que la semaine dernière, 80 nouveaux cas officiels, plus tous ceux qu’on ne sait pas. Il y a clairement un risque affirmé d’être contaminé quand on travaille à l’hôpital aujourd’hui, quel que soit le service. Psychiatrie, personnes âgées, Saint-Martin de Ré, blanchisserie, cuisine, c’est partout pareil".

Sur le constat, Pierre Thépot ne peut que confirmer. Selon le directeur du groupe hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis, 350 agents ont été contaminés depuis août 2020. Un phénomène qui apparemment s'est aggravé en ce début d'année. "On a vu un phénomène d’accélération au milieu du mois de janvier. Là, ça a l’air d’aller mieux et on espère que ça va continuer, mais ça pose de très grosses difficultés en termes de continuité des soins", explique-t-il, "en plus, on arrive là sur la période des congés et j’ai voulu qu’on maintienne les engagements pris sur les congés annuels, mais ça suppose une très grosse agilité. Vous êtes agents hospitaliers, aides-soignants, infirmiers et on va vous demander si vous acceptez de changer de service, de passer de nuit ou de jour et, évidemment quand vous êtes fatigués, et tout le monde est fatigué, ça peut occasionner certaines erreurs".

"Certaines erreurs" ou une coupable impréparation ? Nathalie Beaumier est infirmière en psychiatrie, un secteur compliqué à gérer en pleine crise sanitaire. "On ne peut pas obliger un patient atteint de troubles psychiatriques à porter un masque 24 heures sur 24, on ne peut pas les obliger à respecter les distances de sécurité. Les seuls masques qu’on nous donne sont des masques chirurgicaux qui ne protège pas la personne qui le porte mais celle que l’on a en face de soi. Donc ça veut dire que nous soignants, on va travailler, on va faire nos soins sans avoir la protection nécessaire contre le Covid qu’on sait dangereux voire mortel. En pleine pandémie, on n’a pas assez de blouses pour se changer tous les jours. On est exposé en continu en fait". L'infirmière dénonce par ailleurs la pression qui serait exercée sur certains collègues cas contact ou porteurs sans symptômes pour venir travailler.

Il n’y a pas de principe de précaution. Il n’y a, par exemple, pas de politique de testing systématique – on est moins testé à l’hôpital qu’à l’extérieur – on fait travailler des gens "Covid positif" mais qui n’ont pas de symptômes, on a des vestiaires où on mélange nos vêtements civils avec nos blouses sales parce qu’on n’a pas assez de vestiaires pour tout le monde. On est dans une pandémie qui dure et qui confirme de manière aiguë ce qu’on dit depuis des années, c’est qu’on est en train de saccager l’hôpital publique et en exposant les hospitaliers, on met en danger les usagers parce que nos conditions de travail, c’est la sécurité des usagers.

Christophe Geffré, élu Sud Santé au CHSCT de l'hôpital de La Rochelle

"On s'est tous senti un peu protégé"

Des personnels très remontés notamment par quelques déclarations de la direction qui auraient laissé pensé que le foyer serait dû à des comportements inapropriés de certains salariés. Les pauses cigarettes auraient notamment été mises en avant pour expliquer le foyer de contamination. Réalité ou propos caricaturés, la direction constate juste que la situation de La Rochelle n'a rien à envier aux autres établissements de la région. Météorologie, variants du virus, résurgence inattendue, cette nouvelle flambée n'est pour l'heure pas expliquée à Saint-Louis comme à Rochefort, Saint-Martin de Ré ou Saint-Pierre d'Oléron.

A un moment donné, on a tellement eu l’impression qu’à La Rochelle, on passait au travers des gouttes, qu’on s’est senti tous senti un peu protégé. On a manqué d’attention et peut-être moi aussi quand je ne portais pas le masque dans certaines réunions. Donc le fait de rappeler ça, c’est simplement une évidence. Il faut qu’on soit vigilants.

Pierre Thépot, directeur du Groupe Hospitalier de La Rochelle - Ré - Aunis

Reste que le directeur du groupe hospitalier avait une bonne nouvelle a annoncé aujourd'hui : "le ministre a annoncé que nous allions être livrés avec le vaccin Astra Zeneca et qu’on va pouvoir vacciner l’ensemble du personnel de santé sur le territoire. On commence dès cet après-midi à travailler sur une campagne de vaccination pour nos professionnels, et pas seulement pour les personnels de plus de cinquante ans ou à risque, mais tous les professionnels qui le souhaiteront". En tout, 2000 doses de vaccins devraient arriver d'ici deux jours pour l'ensemble des professionnels du département. C'est l'Agence Régionale de Santé qui est chargée de leur répartition.

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