Marathon de La Rochelle : fiertés, rencontres inoubliables et hôpital... Franck Micheau revient sur ses meilleurs et pires souvenirs en 199 marathons

Franck Micheau a couru son premier marathon à La Rochelle en 1989. Il y revient pour boucler son 200e, après avoir usé ses chaussures de course à pied aux quatre coins de la France. Et même au-delà.

Un Paris-Vladivostock à vol d'oiseau. Avec 8.400 kilomètres, c'est environ ce qu'aura couru dans sa vie Franck Micheau, à l'issue du Marathon de La Rochelle dimanche 27 novembre. Le 200e de sa vie.

"Bon il est pas fait encore", plaisante le coureur. Pour atteindre un nombre aussi conséquent, il a dû prendre sa voiture et arpenter 47.000 km, en quête d'épreuves. De quoi voir du pays et partager sa passion d'une épreuve mythique qu'il a appris à "respecter" après l'avoir tant détestée. Avant ce cap des 200, il a ouvert la boîte à souvenirs pour revenir sur cinq éditions marquantes qui l'ont mené de l'hôpital rochelais à Tunis, en passant par les départementales de la région parisienne et leurs usagers en colère. 

Le tout premier : perdre pied à Coulons

"C'était à Coulons dans les Deux-Sèvres, le jour de la fête des pères en 1989. J'avais 19 ans, j'étais tout jeune, et je voulais faire comme les copains de mon club. Je ne m'entraînais pas comme il le fallait, je préférais sortir... Résultat, j'ai fait une hypoglycémie et une déshydratation, je suis tombé dans les pommes. Quand j'ai rouvert les yeux, j'ai vu les néons de l'hôpital, j'ai cru que j'étais au paradis (rires). La première chose que j'ai dite après être sorti, c'est : 'je ne ferai plus jamais de marathon de ma vie !'"

Le premier réussi : si tu cours à La Rochelle, j'oublie tout

"Après mon échec je me suis de nouveau entraîné. Mon club m'a préparé sérieusement de juillet à novembre 89 pour le marathon de La Rochelle. La maman de mon fils m'a dit, en plaisantant, à cette époque : 'après avoir raté celui de la fête des pères, tu as intérêt à réussir, sinon on se sépare'. Elle a été mon coach mental pendant cette période.

Ça a été très dur pendant la course, c'est un Parisien qui m'a aidé à ne pas lâcher, il m'a emmené. J'ai découvert qu'on est jamais seuls dans un marathon. Quand j'ai passé la ligne, je ressentais de la fierté et beaucoup de soulagement. Je me suis dit, là encore, que plus jamais je ne m'infligerai ça à nouveau. Je n'ai pas pu marcher pendant huit jours, j'avais des crampes et je ne savais pas comment m'en prémunir. Mais après, quand le corps va mieux, on repense à la fierté de ses proches, ça rend les gens heureux. Ça devient vite une drogue, on veut en refaire."

Le plus beau : la Transléonarde et la chaleur bretonne

"Déjà, il a toujours fait beau en Bretagne quand j'y ai couru ! Mais la Transléonarde, wow, c'est juste grandiose. Ce marathon nous emmène de Plouescat à Guissény, on longe l'océan, il y a des menhirs dans les jardins des gens, c'est vraiment quelque chose que je ne veux pas rater. Les gens sont très accueillants, ils nous donnent à manger et à boire, certains jouent de la musique bretonne. Les spectateurs sont très admiratifs, pour eux... on n'est pas des dieux mais presque, alors qu'on ne fait que courir ! Je me suis fait des amis sur place, on se voit tous les ans à cette occasion."

Le pire : "engueulé" par un automobiliste en région parisienne

"Je ne veux pas leur faire de tort, mais à Cergy-Pontoise, pour la première édition qui a eu lieu cette année, c'était une catastrophe. Plus jamais je ne vais là-bas ! En fait on courait sur une départementale et les voitures étaient immobilisées quand on passait. Résultat, les automobilistes bloqués n'étaient pas contents et certains nous engueulaient quand on longeait leur voiture ! Ça met un coup...  

Lors des ravitaillements, il n'y avait que de l'eau plate, aucun aliment solide, pas de gazeux, rien n'allait. En plus, il n'y avait pas de parking, et beaucoup de coureurs qui n'étaient pas de la région ont eu leur voiture vandalisée. J'espère pour eux que ça ira mieux, mais, souvent, il ne faut pas rater la première édition."

Le plus lointain : "comme un roi" en Tunisie

"C'est une histoire particulière. Tout a commencé au marathon du Mont-Saint-Michel. Au 27e kilomètre, je vois un homme en larmes sur le côté, assis. Il me dit qu'il est Tunisien, que sa femme et ses enfants sont à l'arrivée et qu'il ne va pas pouvoir y arriver. Je l'ai emmené, je lui ai donné à manger, à boire, je l'ai encouragé à ne pas lâcher. À l'arrivée, il m'a présenté sa famille et m'a invité à venir à Tunis pour y faire le marathon. J'ai été reçu une semaine entière, je n'ai eu qu'à payer le billet d'avion, j'étais comme un roi. J'ai le souvenir d'un couscous délicieux... ce n'était pas celui du supermarché."

Reportage de Pierre Lahaye et Chloé Duval

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31e édition du marathon de La Rochelle ©France télévisions