"On a échappé à une grosse catastrophe" : comment ce petit avion a réussi son atterrissage d'urgence sans roues

Samedi 13 janvier, en fin de journée, un petit avion chargé de faire des prises de vue aériennes s'est posé en urgence, sans train d'atterrissage, à l'aéroport de La Rochelle. Pendant plus de quatre heures, il a échangé avec la tour de contrôle, fait des allers-retours au large de l'Île de Ré et a même été épaulé par deux rafales de l'Armée de l'Air et de l'Espace.

À 17 heures, samedi 13 janvier, un petit avion s'est posé sans train d'atterrissage sur le tarmac recouvert de mousse de l'aéroport de La Rochelle. Au grand soulagement des équipes de l'aéroport et des secours, les deux occupants ont pu sortir indemne de la carlingue, mettant fin à une angoisse née quelques heures plus tôt, à 12 h 30 lorsque l'appareil a constaté son avarie.

Posté en bord de piste, le photographe, pigiste pour Sud Ouest, Romuald Augé, a assisté minute par minute le déroulement de cet incident exceptionnel. Ce jour-là, sur son temps libre, ce passionné d'aviation depuis son plus jeune âge a prévu de photographier un avion qui n'est finalement pas venu. Alors qu'il s'apprête à repartir, il comprend qu'un événement hors du commun est sur le point de se produire. "C'est légal, je possède un récepteur radio qui me permet d'écouter les conversations entre les avions et les contrôleurs aériens civils", confie-t-il. Pendant plus de quatre heures, il va suivre les événements en temps réel.

Panique en plein ciel

Ce samedi, un bimoteur PA-31-350 (Piper Aircraft Corporation), de la société PixAir Survey venu de Rouen devait effectuer des prises de vue aériennes entre l'Île de Ré et la Vendée. Vers midi, son pilote se signale à la tour de contrôle de l'aéroport de La Rochelle pour indiquer qu'il va commencer son travail, mais rappelle rapidement pour expliquer qu'en raison d'une couche brumeuse il souhaiterait se poser pour faire le point. Après accord du contrôleur, il approche de la piste quand il constate un problème technique : "J'ai l'impression que le train d'atterrissage ne sort pas", annonce le pilote à la radio.

Romuald Augé ne perd pas une miette de la discussion, et apprend ainsi que l'avion va se présenter à la verticale de la piste pour que les contrôleurs puissent vérifier eux-mêmes. "Moi, dans un premier temps, je constate que le train d'atterrissage n'est pas sorti", raconte le photographe. Il entend les contrôleurs confirmer, et le pilote du bimoteur repart au large de l'Île de Ré pour effectuer des manœuvres en limitant les nuisances sonores. Romuald Augé poursuit son récit : "Moi, je ne les vois pas, mais l'équipage signale que le système manuel n'a pas l'air de fonctionner. Il demande à refaire un passage pour une nouvelle vérification."

Le petit avion repart une nouvelle fois au large et le pilote se déclare en panne.

Un soutien de l'Armée de l'Air

Dès lors, l'Armée de l'Air et de l'Espace est informée et décide d'envoyer un premier avion de chasse type Rafale à la rencontre de l'avion en détresse. Il décolle de Mont-de-Marsan et arrive en une vingtaine de minutes, rapporte Romuald. Au bout de 45 minutes, les militaires repartent à leur base, mais sont relayés par une seconde équipe pendant une heure environ. "Ce n'est pas quelque chose d'anodin", confie le Commandant Vincent, l'un des pilotes de chasse, à nos confrères de France 2. "Forcément quand j'étais à côté de lui l'un des derniers mots que j'ai eu, c'est bon courage et bonne chance."

"Arrive une phase où l'équipage de l'avion a deux solutions : se poser à La Rochelle qui a un haut niveau de sécurité avec des pompiers, des secours et un hôpital à proximité, mais seulement une piste en bitume, ou se dérouter vers Niort qui a deux pistes, une en bitume, une en herbe, mais pas le même niveau de sécurité", poursuit le photographe.

Un atterrissage exceptionnel

À 16 h 30, la décision est prise. Le petit avion va se poser à La Rochelle 30 minutes plus tard. Il vole le plus longtemps possible pour consommer son carburant et être plus léger, tout en atterrissant avant la nuit. De la mousse est déposée sur 800 mètres de piste par les pompiers, "pour éviter d'abîmer trop la carlingue, et en cas d'incendie, la mousse peut limiter les dégâts."

Il n'y a pas eu un rebond, il s'est posé comme une feuille qui se pose sur le sol.

Romuald Augé

Photographe pigiste

Dès 16 h 40, la procédure de sécurité s'organise, avec les pompiers de l'aéroport, le SMUR, le SDIS. "Tout s'est mis en place comme une partition de musique", sourit Romuald Augé.

Vingt minutes plus tard, l'avion est là, prêt à atterrir. "Il y a eu un blanc, un grand silence, un ressenti d'émotions", ajoute-t-il. "Si ça se passe mal, c'est le drame." L'œil dans le viseur de son appareil photo, il suit toute la scène : "Il n'y a pas eu un rebond, il s'est posé comme une feuille qui se pose sur le sol. Le pilote aux commandes, c'est vraiment un as du manche !" L'équipage sort ensuite rapidement et est tombé dans les bras des pompiers présents sur place.

"Je me suis refait le film dans ma tête et je me suis dit qu'on avait échappé à une grosse catastrophe", conclut Rodolphe Augé.

Voir le reportage de nos confrères de France 2

Soulagement collectif

"Quand on a une situation comme celle-ci, le soulagement est immédiat quand les personnes sortent de l'avion indemne", souligne Thomas Juin, le directeur de l'aéroport de La Rochelle, qui précise que l'avion s'est posé moteur éteint. Présent sur place samedi, il était en réunion : "Je n'ai pas eu besoin de me dépêcher sur place, toute l'équipe a géré ça de main de maître."

Une cinquantaine de personnes ont contribué à l'opération de secours, en comptant les contrôleurs de la tour de contrôle, les pompiers de l'aéroport, le SMUR, la brigade de gendarmerie du transport aérien et le SDIS. "Tout de suite, on s'est mis dans une organisation, avec des réflexes, des "process", pour faire face", ajoute-t-il. Chaque année, les équipes de l'aéroport réalisent des exercices de crise, afin d'être prêtes pour des situations comme celle de ce samedi 13 janvier.

Tout de suite on s'est mis dans une organisation, avec des réflexes, des "process", pour faire face.

Thomas Juin

Directeur de l'aéroport de La Rochelle

Pour le président cofondateur de PixAir Survey, Jean-Jérôme Houdaille, un atterrissage train rentré peut arriver pour ce genre d'avion, mais il confie avoir été "soulagé du dénouement" : "Je l'ai vécu en direct avec un autre collègue qui était sur place et qui est monté à la tour de contrôle."

Il souligne l'effort collectif de ses collègues dès la nouvelle de l'avarie : "L'équipe technique est revenue au travail, a repris toute la documentation pour donner des procédures à suivre, il les a suivies et on a pris la décision collective de poser l'avion à La Rochelle. Tout le monde s'est mobilisé."

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