Témoignage d'un étudiant décrocheur : "Je ne pouvais pas en parler à mes amis et encore moins à famille"

Les étudiants décrocheurs sont de plus en plus nombreux  avec la crise sanitaire. Pablo avait bien l'intention de décrocher un master à la faculté des sciences de La Rochelle. Il a accepté de nous faire part de sa détresse après avoir décidé d'arrêter ses études.

Pablo devant la faculté des sciences de La Rochelle.
Pablo devant la faculté des sciences de La Rochelle. © Laurence Couvrand, France Télévisions

Apprentissage à distance, examens en ligne, sentiment d'abandon, précarité financière, depuis un an, l'épidémie a bouleversé la vie des étudiants, plongeant certains dans une grand désarroi.

Sept étudiants sur dix s'inquiètent pour leur santé mentale selon un sondage publié dans le Figaro étudiant en décembre 2020 et un étudiant sur trois présente des signes de détresse psychologique selon une enquête réalisée par l'observatoire de la vie étudiante.

J'ai arrêté suite à une dépression

Pablo est l'un des nombreux décrocheurs de l'université. A 22 ans, il a décidé de tout plaquer, quelques semaines seulement après avoir débuté son master de chimie en sciences des matériaux.

Pourtant, tout avait bien commencé lors de la rentrée de septembre. Le jeune homme était fier de son choix, il avait fait le pari de prolonger ses études supérieures après avoir obtenu une licence professionnelle.

Pour financer ce projet, il avait dû contracter un prêt étudiant. Au delà des études, il devait aussi mais aussi payer le loyer de 400 euros de sa chambre située à Aytré près de La Rochelle.

En septembre, Pablo fait sa rentrée à La Rochelle Université, bien décidé à surmonter les difficultés pour rejoindre un parcours plus académique et décrocher un master. Mais pour Pablo, tout a basculé avec le rebond de l'épidémie et les nouvelles mesures qui ont conduit les universités à fermer leurs portes dés le mois d'octobre.

J'ai décidé d'arrêter suite à une dépression lorsque les étudiants ont été confinés en octobre. Je suis rentré chez mes parents parce que vraiment ça se passait très mal et je n'ai pas repris les cours.

Pablo, étudiant en master de chimie, sciences des matériaux

Très vite, le jeune homme se sent délaissé, "J'étais déjà en difficulté et me retrouver seul face à ces cours et aux écrans, ce n'était pas possible. Je n'ai pas remis les pieds à l'université depuis fin octobre, j'ai tenu deux mois en fait".

Pablo dans sa chambre d'étudiant.
Pablo dans sa chambre d'étudiant. © Laurence Couvrand, France Télévisions

Une carte du monde pour penser à autre chose 

C'est dans sa chambre d'étudiant alors qu'il suit les cours à distance, qu'il a ressenti les premiers symtômes de son malaise. Cloîtré dans son logement situé à quelques kilomètres de l'université, la sentiment de solitude va engendrer un état dépressif.

"C'était difficile de se lever tous les matins en se disant qu'il fallait rester toute la journée assis devant cet ordinateur, j'ai accroché une carte du monde au mur pour tenter de penser à autre chose mais l'idéee de rester seul, enfermé, c'était très compliqué. Lorsque l'on est en cours à la fac, on voit si tout le monde suit, ou si certains sont perdus, comme moi, là on se retrouve juste avec la tête du professeur sur l'écran, lorsqu'il n'y a pas de bugs informatiques, quand tout fonctionne bien. Psychologiquement ça n'allait vraiment pas. Il n'y avait rien d'autre que les cours, je me sentais vraiment seul", confie t-il.

Je ne voyais personne et je restais tout le temps dans ma chambre, j'ai commencé un petit alccolisme qui n'était pas souhaitable, avoue Pablo qui décide de retourner vivre chez ses parents.

Le jeune étudiant décide alors de réagir pour éviter de mettre se santé en danger.

"J'ai senti qu'il y avait plus important à faire, j'ai préféré penser à ce que je pouvais faire, penser à des choses qui pourraient me faire plaisir et dans lesquelles je me sentirais bien pour évoluer". 

Comme beaucoup de jeunes, Pablo n'a pas eu l'idée de se faire aider par un psychologue et un psychiatre.

"C'était peut-être une erreur mais je n'ai pas pris contact avec un professionnel, je n'ai pas voulu le faire. J'étais vraiment seul même si je parlais parfois avec quelques amis qui étaient dans le même cas mais je ne pouvais tout leur dire non plus et encore moins en parler à ma famille en fait .

Parler de dépression et d'alcoolisme à sa famille, c'est vraiment pas ce qu'il y a de plus facile donc j'ai préféré garder à pour moi.

Pablo, étudiant

Depuis Pablo a décidé de se réorienter dans le nautisme pour tenter de surmonter les turbulences de cette crise sanitaire.

L'étudiant envisage de reprendre une formation de moniteur de voile à la rentrée prochaine. En attendant, il tente de se tourner vers des associations pour rester en lien avec les autres et ne pas replonger dans l'isolement.

Un dispositif de coaching

La Rochelle Université qui accueille 8.800 étudiants a recensé 163 étudiants en situation de fragilité. Elle a décidé de mettre en place un dispositif d'aide et d'accompagnement sous forme de tutoring qui devrait débuter dès le fin du mois de janvier.

 

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