Rejugée pour le meurtre de son conjoint, elle est condamnée à 24 ans de prison en appel à Angoulême

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Écrit par Bruno Pillet et Elise Rouard
La cour d'Assises de Charentes avant le procès de Stéphanie D. pour le meurtre de son conjoint
La cour d'Assises de Charentes avant le procès de Stéphanie D. pour le meurtre de son conjoint © Bruno Pillet - France Televisions

Stéphanie Dingiou n’a pas su convaincre les jurés du caractère non-intentionnel de son geste : trancher la gorge de son conjoint handicapé. Elle a été condamnée en appel par la cour d'assises de la Charente à 24 années d'emprisonnement, la même peine qu'en première instance, en Dordogne.

Elle a traversé ces trois nouvelles journées d’audience, comme absente. « Stoïque, a relevé l’avocat général. Sans doute l’effet de médicaments. » Stéphanie Dingiou, 30 ans, était rejugée par les assises de la Charente pour la mort, en septembre 2018 à Périgueux (Dordogne), de Thierry Bardoulat, son compagnon depuis quelques mois. Un homme handicapé par une spondylarthrite ankylosante, qui buvait, comme elle. Ce soir-là, ils avaient descendu toute une bouteille de vodka quand une dispute avait éclaté – il l’avait alors violentée, selon elle. Mais à 1h du matin, les secours, arrivés dès son appel, remarqueront une plaie profonde, de 3 à 4 centimètres, dans le cou de la victime, et du sang, coagulé. Partout dans l’appartement. Une scène incompatible avec les explications de Stéphanie Dingiou, qui affirme alors n’avoir fait que se défendre.

Il a perdu tout son sang, il s’est coupé la gorge !

Stéphanie Dingiou, lors de son appel aux pompiers

Épilogue d’une relation malsaine, entre deux êtres perdus. Lui, très proche de sa famille jusqu’à sa rencontre avec elle, qui avait rêvé un temps d’un travail en institution pour handicapés, et d’une prothèse de hanche. Elle, née en Guyane et restée livrée à elle-même dès l’enfance, après le départ de sa mère pour la métropole. Incapable d’élever ses deux enfants, elle avait enchaîné les relations chaotiques.

Quatre de ses anciens compagnons sont de nouveau venus témoigner cette semaine à la barre, de son alcoolisme et des violences qu’elle avait exercées sur eux. Elle avait d’ailleurs été condamnée en 2016 à deux mois de prison pour ces faits. Eux avaient fui. Pas Thierry. En septembre 2021, la cour d’assises de la Dordogne avait condamné Stéphanie Dingiou à 24 ans de prison pour le meurtre de ce dernier. C’est elle qui avait interjeté appel, espérant prouver le caractère non-intentionnel de son acte.

Quatre mois plus tard, elle est venue le redire à la cour d'assises de la Charente, pour ses tout derniers mots d’audience : « Je demande pardon à la famille, je n’ai jamais voulu tuer Thierry ».

Mais cette fois, aucun membre de sa famille ne s’est déplacé, pas même sa maman. La cour n’a pu que garder en mémoire la déposition de son frère, lors de l’instruction : «  J’avais peur d’elle, mieux valait ne pas être dans son dos ». Et écouter le témoignage à la barre de la sœur de Thierry, qui dépeint une « personne qui n’a de considération pour rien, ni pour personne ».

Elle avait une emprise sur lui, faisait peur à notre famille

La sœur de Thierry à propos de l'accusée

L’avocat de l'accusée a regretté que la police « n’ait pas eu davantage de moyens », notamment lors de sa première condamnation pour violences, deux ans avant le drame. Il réclamait 15 ans de détention, histoire de lui laisser le temps de faire « tout le travail nécessaire » sur elle-même pour, enfin, être en mesure de s’occuper de sa fille - son fils a été adopté.

La cour d’assises de Charente ne l’a pas entendu ainsi : au terme de 4 heures de délibérations, elle condamne de nouveau Stéphanie Dingiou à 24 ans de réclusion criminelle, assortie de 10 ans de suivi socio-judiciaire avec injonction de soins, obligation de travailler, de se former et de réparer le préjudice des parties civiles.

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