Coronavirus : comment vivre sa foi en Limousin en période de confinement ?

© Colyne Rongère - France Télévisions
© Colyne Rongère - France Télévisions

Que ce soit pour les chrétiens, les juifs ou les musulmans, cette période de confinement contraint et affecte la pratique des religions. Alors, les dirigeants religieux trouvent des alternatives pour permettre aux fidèles de vivre leur foi, à distance...

Par Colyne Rongere

Des messes virtuelles pour les chrétiens

Les rendez-vous du dimanche des chrétiens sont annulés et les alternatives, déjà trouvées. Les messes sont temporairement célébrées sur internet, diffusées en direct sur YouTube et Facebook. Une solution 2.0 aux rencontres dominicales impulsée notamment par le Vatican.
Ce système a trouvé grâce aux yeux des diocèses de France, notamment à Tulle. Le 25 mars dernier, jour de l'Annonciation pour les chrétiens, Monseigneur Francis Bestion, Evêque de Tulle a célébré une messe en direct de l'Eglise des Rosiers, de Brive-la-Gaillarde.

Pour rester en contact avec les fidèles et notamment à l'approche de Pâques, le 12 avril, le diocèse de Tulle a mis en place une lettre info diffusée chaque semaine à défaut de pouvoir délivrer la revue du diocèse.

On peut y signaler les choses qui se passent dans le diocèse et dans les communautés locales.

Les fidèles quant à eux tentent de vivre leur foi, chez eux, en attendant ce que certains aiment appeler "la résurrection".

Plusieurs témoignages sont à lire dans cet article :


Pour les musulmans : "les prières se poursuivent à la maison"

Pour l'Imam de la mosquée turque de Brive, Mustafa BİLGİÇ, contacté pa téléphone, les mesures de confinement n'ont pas d'impact sur la religion "ces mesures et interdictions n'ont pas eu d'impact négatif sur la vie des croyants, l'Islam accorde une grande attention à la propreté, l'hygiène et la santé."

En cette période de confinement, pour Mustafa BİLGİÇ la prière n'est pas suspendue, au contraire. Chacun doit pouvoir maintenir la prière comme il peut et ce, "malgré les suppressions temporaires de prières de masse du vendredi".

Dans l'Islam l'adoration peut se faire à la maison et n'importe où. Les interdictions n'empêchent pas le culte. Les prières cinq fois par jours peuvent se poursuivre.

Les membres de la mosquée turque de Brive gardent contact avec la "congrégation" via des outils informatiques.

Notre connexion avec la congrégation se poursuit patiemment et avec force, sans interruption, via le téléphone, les outils de communication et les médias sociaux. Le diyanet France propose aussi sur les réseaux: Facebook, les réseaux sociaux permettent de continuer à partager en ce temps de confinement.

A quelques jours du ramadan, prévu le 23 avril prochain, Mustafa BİLGİÇ tient à rappeler aux fidèles l'importance de rester confinés "Notre devoir est de respecter les précautions et interdictions sans commentaire." Il lie d'ailleurs la discipline à adopter lors du ramadan à la situation sanitaire actuelle.

Le jeûne et le ramadan sont une période d'abstention et de discipline intérieure. Donc c'est dans le même esprit que la période difficile que nous vivons. Cette année, les croyants vont célébrer le ramadan dans une ambiance différente. Pour l'iftar ils dîneront chez eux en famille. Nous espérons que l'épidémie aura diminué vers la fin du mois de ramadan.

Car l'Imam tient à souligner l'omniprésence de la science et la médecine dans l'Islam : "tel est l'état de l'humanité et de la nature. Des experts recherchent et évaluent actuellement."

Si nous respectons les mesures, que nous restons à la maison et si nous maintenons la distance sociale, nous nous débarrasserons du virus. L'Islam est une religion qui accorde beaucoup d'importance à la science.  Nous pensons que l'humanité sortira plus forte de cette période. 


Pour Haïm Korsia, grand-rabbin de France la foi est avant tout "intérieure"

Pour le grand-rabbin de France, Haïm Korsia (contacté par Skype), la foi est avant tout synonyme d'Espérance. En cette période de confinement, chaque fidèle la vit différement et la foi permet à ces derniers de "transformer les temps que nous vivons".
Comment vivre sa foi en période de confinement ?
Haïm Korsia, grand-rabbin de France revient pour France 3 Limousin, sur les moyens de vivre sa foi "normalement" en période de confinement. Selon lui, l'impossibilité de se rendre dans les lieux de cultes n'empêche pas de vivre sa foi, car la foi est "intérieure". Journaliste : Colyne Rongère Interview : Haïm Korsia, grand-rabbin de France (par Skype) - France 3 Limousin


"Zoom est devenu un nouveau rabbin"

Alors, pour rassembler les croyants, la communauté juive utilise de nouveaux outils tels que Skype et Zoom pour maintenir un lien. Un lien maintenu aussi à travers des textes écrits spécialement en cette période de confinement.

On écrit des textes, on envoie des messages régulièrement, par vidéo ou par skype. Mais ça passe aussi par la réflexion sur les textes. J’ai trouvé un texte du prophète Isaïe, chapitre 26, verset 20, qui dit : "Restez dans vos maisons, enfermez-vous bien, le temps que la colère passe."

Actuellement, le sens du mot lien est d'autant plus important rappelle Haïm Korsia. "Ça nous renvoie à l'origine du mot "religion" qui vient de "religere" qui veut dire relier."

Haïm Korsia mentionne également une chanson écrite par l'auteur-compositeur-interprète Léonard CohenAnthem et dont les paroles parlent au coeur de cette crise sanitaire : "That’s how the light gets in. Il y a une faille dans chaque chose, et c’est par là que la lumière passe." "C’est dans la conscience de notre fragilité que la lumière de l’humanité passe" souligne le grand-rabbin de France. Pour venir à bout de cette épidémie, Haïm Korsia insiste sur la nécessité de rester chez soi.

Quand il y a une épidémie, il faut rester chez soi. Ce n’est pas nouveau. Ce qu’il faut c’est limiter nos interactions sociales qui sont au coeur de notre humanité. Ce sont tous ces textes que nous diffusons et à travers lesquels on peut tenter d’apporter l’espérance.

Le grand-rabbin de France définit le coronavirus comme un "aléa que l’on doit combattre, on doit anticiper et si on ne peut pas, on doit lutter. Le confinement est l’une de ces mesures". Il ramène cette situation de crise sanitaire à la fragilité de l'Homme : "il pense tout maîtriser, mais non, on ne maîtrise pas tout."

Comme les chrétiens et les musulmans, à l'approche de grands événements religieux, la communauté juive s'adapte. Le 8 avril prochain débute la Pessah, l'équivalent de Pâques pour les chrétiens. La Pessah est "une fête qui symbolise l'enfermement en Egypte, l'esclavage et la délivrance et la sortie des Hébreux d'Egypte." Une délivrance qui est également attendue à l'issue de ce confinement. Si d'ordinaire, la Pessah est célébrée en réunion, cette année les fidèles devront trouver des alternatives.

Comment célébrer la Pessah malgré le confinement ?
Haïm Korsia (contacté par Skype) revient sur la célébration de la Pessah, une fête qui symbolise l'enfermement des juifs en Egypte, leur esclavage et leur délivrance. Littéralement "cette délivrance" est attendue également en cette période de crise sanitaire. Journaliste : Colyne Rongere Interview : Haïm Korsia, grand-rabbin de France (par Skype) - France 3 Limousin

Parmi les fêtes qui rythment la vie des juifs : les bar-mitsva. Un autre événement pour lequel une adaptation virtuelle est nécessaire mais pas impossible, comme l'explique Haïm Korsia avec le sourire.

J’ai célébré la bar-mitsva d’un petit garçon le 29 mars, c’était formidable ! Ça s’est fait par zoom. On était nombreux autour du petit, chez nous. Il a fait son discours, il a lu son texte. Contrairement aux personnes qui disent « il y a trente ans, j’ai fait ma bar-mitsva, lui il se rappellera de sa bar-mitsva toute sa vie!

Le plus important pour le grand-rabbin de France est de "servir l'éternel dans la joie".

Partageons cette joie. La joie à partager permet de rester debout face à toutes les crises. La joie, ce n'est pas le constat que tout va bien, c'est la recherche de la joie, elle-même. Les humoristes qui utilisent la télé et YouTube pour faire des émissions marrantes sont à remercier. Redonner de la joie aux gens, c'est leur redonner l'espérance. 

Pour lui, le monde d'après confinement sera "différent" et "le pli humain retournera à sa vie normale" bien que la grand-rabbin de France espère que l'Homme gardera à l'esprit la prise de risques de plusieurs corps de métiers "les aide-soignants, les soignants, les caissiers, etc." pour permettre à la société de rester debout.

Ceux qui tiennent la société en ce moment ne sont pas forcément les plus élevés dans la hiérarchie sociale. Je pense que ça implique une revalorisation, une hiérarchisation différente de chacun et chacune dans la société.

 

Sur le même sujet

Les + Lus