Coronavirus : perte de mobilité et moral en baisse dans les maisons de retraite à cause du confinement

Parmi les nombreux effets collatéraux du confinement, l'impact sur les résidents des maisons de retraites commence d'ores et déjà à se faire sentir. Moral en berne et hausse de la dépendance sont les deux principaux maux observés. L'assouplissement du confinement permet de s'attaquer au problème.

Le maintien de la mobilité des résidents est une priorité dans les EHPAD
Le maintien de la mobilité des résidents est une priorité dans les EHPAD © France 3 Limousin
"Quand je suis revenu à l'Ehpad j'ai été très surpris que le confinement fasse autant de dégâts", explique Jérôme Lemaire, kinésithérapeute dans deux maisons de retraite, dont Marcel Faure à Limoges. Il n'en revient pas que la motricité de ses patients ait autant baissé en si peu de temps. Entre sa dernière visite le 18 mars et son retour le 20 avril, plusieurs résidents qui marchaient n'en étaient plus capables à cause du confinement dans les chambres.

En temps normal, ils marchent pour aller manger trois ou quatre fois par jour, ils sortent éventuellement avec leur proches. Mais là, surtout au début, le confinement dans les chambres était très strict. Certains ont gardé le réflexe de bouger un peu mais d'autres non. Les animatrices et les soignants ont fait leur possible mais ils avaient déjà par ailleurs beaucoup plus de travail. Jérôme Lemaire, kinésithérapeute

Le constant est donc inquiétant. Il y a plus de personnes âgées grabataires et le nombre des chutes a également augmenté.

Quand une personne âgée tombe, on est souvent confrontés au syndrome post-chute : Avec la peur, les gens ne savent plus marcher et c'est très compliqué à surmonter. Jérôme Lemaire.  

Constat partagé par Chantal Tabuteau, directrice de la maison de retraite Marcel Faure de Limoges qui accueille une centaine de personnes âgées.

On a vu une perte de mobilité et des membres ankylosés. Certains résidents ont pris du poids à force de ne pas sortir. Résultat : des gens qui arrivaient encore à atteindre seuls la salle de bain doivent désormais se faire aider par les aides-soignantes. Parfois une seule n'y suffit pas et elle doit appeler des collègues à l'aide ce qui alourdit la charge de travail. Heureusement que les règles ont été assouplies et que nous avons pu faire revenir les kinés. On va aller vers le mieux. Chantal Tabuteau

"Les problèmes de mobilité et de perte d'autonomie sont des effets secondaires du confinement auxquels on s'attendait" confie le docteur Romain Py, médecin régulateur des maisons de retraite de Nantiat et d'Ambazac.

Nous avons assisté à une recrudescence de sarcopénie, c'est-à-dire une perte de la masse musculaire qui accroit le risque de chute et augmente évidemment la dépendance. Même si beaucoup de précautions ont été prises nous avons aussi constaté l'apparition de cas de dénutrition. C'est aussi un effet du confinement en chambre. Il a été prouvé que manger en groupe ouvre l'appétit. C'est pourquoi nous recommençons progressivement les repas en petits groupes. Docteur Romain Py

Les personnes les plus en difficulté ont été ciblés et dès le retour des kinés, psychomotriciens et ergo thérapeutes, ces patients ont été prioritaires pour bénéficier de soins personnalisés. Depuis son retour à la maison de retraite Marcel Faure, Jérôme Lemaire, le kiné, se concentre sur les résidents qui ont le plus de problèmes.

Je me concentre sur le fonctionnel. Nous ne faisons pas de musculation, mais l'idée c'est de réapprendre à marcher, à monter et descendre des escaliers. On fait l'essentiel du travail dans la chambre et dans les couloirs. On repère aussi les problèmes d'équilibre et on essaie de les traiter. Il faut intervenir vite car au bout de deux mois si la personne ne marche pas à nouveau, c'est fini. Heureusement ce n'est pas toujours irréversible. Jérôme Lemaire.

Dans les maisons de retraite de l'est creusois à Chambon-Sur-Voueize, Auzances et Mainsat les problèmes de mobilité ont aussi représenté un défi quotidien.
"Nous avons profité du beau temps pour faire sortir les résident un par un dehors. Nous avons dû réorganiser les équipes et nous avons eu recours à quelques CDD pour disposer de plus de personnel et pratiquer des exercices individualisés dans les chambres pendant le temps ou les kinés étaient dans l'impossibilité d'intervenir" expliquent de concert Dominique Pimpaud et Thomas Simon les deux co-directeurs des trois sites qui rassemblement près de 400 résidents.

Conséquences pour le moral

Des conséquences du confinement qui ne se cantonnent pas à la mobilité. Le moral a lui aussi été mis à rude épreuve.

Le confinement a altéré les repères des résidents. Le fait de ne plus venir prendre les repas en commun par exemple, ça a représenté la perte de tous ces petits repères spatio-temporels qui rythment leurs journées. Le fait de ne plus voir les proches a aussi été difficilement vécu. On a constaté des pertes d'envie, parfois accompagnées de perte de poids. Comme notre psychologue était mobilisée sur un autre établissement c'est nous qui avons dû faire office de psy. Chantal Tabuteau.

"Toutes ces nouvelles règles ont perturbé les aînés qui souffrent de problèmes cognitifs. Le port du masque aussi quand ils ne pouvaient plus reconnaître les soignants" constatent Dominique Pimpaud et Thomas Simon.

Maintenir le lien avec les proches

Très rapidement, le lien a pourtant été restauré avec les familles via des appels vidéo sur tablette généralisé dans tous les établissements que nous avons contactés. Depuis la semaine du 11 mai des visites sont également possibles dans un endroit spécialement aménagé. Le moral s'en ressent.

"Les aînés ont des capacité de résistance étonnantes. Il faut juste que l'envie soit là" ajoute la directrice de la maison de retraite Marcel Faure de Limoges.
Ce que ne contredisent pas les co-directeurs des EHPAD d'Auzances, Chambon-sur-Voueize et Mainsat.

Nos patients ont fait preuve d'une forte capacité de résilience. Plusieurs résidents ont connu la guerre et une autre forme de confinement qui impliquait parfois de se prendre une bombe sur la tête. Alors ils ont relativisé. Nous avons pris garde aussi de maintenir leur moral. Pas question notamment de les laisser toute la journée devant BFM. Des aides psychologiques ont été organisées pour les résidents mais pas seulement. Le personnel aussi a eu droit à un accompagnement via un numéro d'écoute. Pour les cas de déprime extrême nous avons permis des visites de la famille dans des conditions de sécurité drastiques. Dominique Pimpaud et Thomas Simon.

Il fallait prendre garde au syndrome du glissement qui se traduit par un laisser-aller, une absence de volonté de vivre quand le moral n'est pas au rendez-vous.
Pour le moment les effets délétères du confinement ne semblent donc pas toujours irréversibles. Mais ils ne pourront réellement être évalués que sur le moyen terme.

 
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