Coronavirus et confinement : un pêcheur sachant pêcher ne peut plus pêcher...

Est-il possible d'aller pêcher malgré le confinement  ? Quelles sont les répercussions économiques des restrictions de circulation sur le tourisme pêche ? Le point en Limousin...

© Pixabay
Près de 2 millions de Français pratiquent la pêche en eau douce. Si on ajoute les pêcheurs en mer, cela représente près de 3 millions de personnes qui s'adonnent à ce loisir dans notre pays, ce qui en fait l'un, si ce n'est, le premier loisir des français, avec un poids économique conséquent.

La pêche à la truite a ouvert samedi 14 mars, mais pour l'instant le poisson roi des pêcheurs français ne risque pas d'être dérangé ! En effet, la nouvelle est tombée le 17 mars 2020 sur le site de la Fédération Nationale de la pêche, sous forme d'un communiqué : bien qu'aux antipodes des grands rassemblements, la pêche est, elle aussi, concernée par les mesures de restrictions de déplacement visant à empêcher la propagation du coronavirus.
Ce n'est pas le loisir en tant que tel qui est interdit, mais les déplacements.

Une annonce qui dans notre région a fait l'effet d'une douche froide pour les 200 000 pêcheurs de Nouvelle-Aquitaine, dont environ 40 000 sur les trois départements du Limousin.


En Creuse

Le département compte 3800 km de rivières, et 4000 ha de barrages, gérés par 36 AAPPMA, pour un peu moins de 8000 pêcheurs.

Contacté, le chargé de développement de la fédération de pêche 23, Guillaume Perrier, nous a confirmé que depuis le début du confinement, le téléphone n'a pas arrêté de sonner (une permanence téléphonique est assurée par la secrétaire depuis son domicile). Plus de 150 appels pour savoir si la pêche est autorisée en ces temps de confinement. Et cela continue aujourd'hui.

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En Corrèze

En raison de l'épidémie de Coronavirus, les bureaux de la Fédération de pêche de la Corrèze seront fermés dans un premier temps jusqu'à fin mars. L'assemblée générale de la fédération, prévue de 28 mars est annulée. Vous pouvez contacter la fédération par mail.
Le département compte plus de 5000 km de rivières et 4000 ha de lacs de barrage gérés par 31 Associations Agréées pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA), et environ 14 000 pêcheurs.


En Haute-Vienne

Comme en Corrèze, la Fédération est fermée jusqu'à nouvel ordre.
Le département compte près de 16 000 pêcheurs qui peuvent pratiquer leur loisir sur plus de 7000 km rivières et 2000 ha de barrages gérés par 54 AAPPMA.
 


Et le tourisme pêche ?

Du côté des professionnels du tourisme pêche aussi, la situation est très compliquée. Mickael Andrieu est moniteur - guide de pêche en Corrèze, sur la Dordogne.

Avril et mai sont des mois généralement très demandés par ses clients pêcheurs à la mouche, et son planning était quasi complet. Des pêcheurs venant de toute la France, voire même de l'étranger. Avec la mise en place du confinement, il a préféré appeler ses clients et annuler les réservations.
 

J'essaye de décaler sur juin, mais ce mois était déjà presque complet. Le manque à gagner va être dramatique pour notre profession !


Mickael et les autres moniteurs-guides de pêche se demandent comment ils justifieront le manque à gagner ?
Vers qui se tourner ? Pour quelle indemnisation ? Pour l'instant, ils n'ont pas de réponse à leur question, mais ce qui est certain, c'est que la saison 2020 est d'ores et déjà fichue...
© Jean-Sébastien Tingaud - France Télévisions



Les hébergements aussi sont impactés par le confinement

Isabelle Lavaud est propriétaire du Moulin Authier, à Coussac-Bonneval (87) : Une pisciculture qui propose aussi un étang de pêche et des hébergements labellisés pêche. Depuis l'annonce des restrictions de déplacement, elle a fait face à une cascade d'annulation. Plus un client pour ses gîtes en avril - mai !

Annulées aussi les animations pêche qui devaient avoir lieu en mars et début avril.

Seule reste ouverte la vente de poisson. Heureusement, car quelques clients viennent encore chercher des truites. Isabelle prend des précautions particulières en utilisant des gants, et en désinfectant le terminal de carte bleue. De même, la pisciculture a vue ses livraisons de poisson au drive fermier de Limoges augmenter de 50% !

Comme au moulin Authier, la plupart des propriétaires de gîtes ont préféré annuler les réservations en prévenant leurs clients. Les clients arrivés avant l'annonce du confinement sont rentrés chez eux à peine arrivés !

À Peyrat-le-Château (87), des clients pêcheurs arrivés pour deux semaines de pêche à la truite le jour de l'annonce des restrictions de déplacement sont repartis immédiatement ! Bref, c'est toute une filière économique qui est impactée par cette crise sanitaire.

Il sera difficile de quantifier le manque à gagner des professionnels du tourisme pêche, mais il est certain que sans aide, nombre d'entre eux risquent de mettre la clef sous la porte. Quant aux pêcheurs, si certains se disent prêts à prendre le risque d'écoper d'une amende de 135 euros en bravant les mesures de confinement, l'immense majorité d'entre eux va devoir prendre son mal en patience pour retrouver le chemin des lacs et des rivières...

 
Le pêche en France et en Nouvel-Aquitaine
La France compte près de 3700 Associations Agrées de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques, pour plus de 1 500 000 pêcheurs associatifs. L'impact économique de la pêche de loisir dans notre pays est estimé à 2 milliards d'euros.
En Nouvelle-Aquitaine, la pêche associative représente 414 Association Agrées de Pêche et Protection des Milieux Aquatiques (AAPPMA) qui avec plus de 5000 bénévoles gèrent l'essentiel des rivières et plans d'eau de nos 12 départements.
Une activité de loisir dont le  poids économique dans notre région est  estimé à 300 millions d'euros !
 
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