Habitats légers illégaux : une charte pour lutter contre le phénomène de "cabanisation" en Corrèze

durée de la vidéo : 00h01mn31s
Une commune sur cinq en Corrèze compterait des habitats légers illégaux, sans permis de construire. ©Noa Thomas

Les autorités corréziennes ont signé une charte ce 29 novembre pour lutter contre le phénomène des habitats légers illégaux, appelé "cabanisation", de plus en plus nombreux en Corrèze. Ces habitats incarnent, pour la plupart, le symbole d'un mouvement écologique qui prône la désobéissance civile.

Il y a 18 ans, François est arrivé sur une parcelle en Corrèze. Il y a construit un habitat léger, écologique, fait de pierre, de terre et de paille. Il y cultive tout ce qui peut l'être, même de l'avocat. S'installer ici émanait d'un besoin de reconnexion avec la nature.

"C'était un besoin de m'immiscer dans une atmosphère de nature un peu vierge, un peu sauvage. J'étais décalé avec la société, qui était dans son surmenage. Je voyais les villes comme un concert urbain. Tandis qu'ici, je me ressource. C'est un terrain d'enchantement pour bricoler, créer des objets, être autonome."

Accepté par les habitants et les agriculteurs, François a commencé à rencontrer quelques problèmes avec les enfants et petits-enfants des propriétaires de la parcelle sur lequel il vit, de manière illégale.

"Ils viennent nous voir et nous demandent ce que c'est que cet encombrement et nous, on leur répond que c'est un cadeau pour eux. Chacun aspire à avoir une cabane ! Ces gens n'ont pas mis les pieds sur leur terrain depuis 30 ans ou plus", raconte-t-il.

Une charte pour soutenir les maires face à ce phénomène

En Corrèze, une commune sur cinq compterait des habitats légers illégaux. Face au sentiment d'impuissance des maires, le procureur, le préfet de la Corrèze, les forces de l'ordre et l'association des maires de la Corrèze ont signé une charte pour lutter contre ce phénomène, appelé cabanisation, ce 29 novembre. L'objectif est de rappeler aux élus les leviers dont ils disposent.

On ne peut pas accepter que 99% des gens respectent le droit et ceux qui ne le respectent pas ne soient pas sanctionnés.

Etienne Desplanques

préfet de la Corrèze

"Cette charte est un appel aux maires : vous n'êtes pas seuls face à ce phénomène de construction illégale, vous avez des pouvoirs et vous pouvez compter sur les services de l'Etat pour vous aider. 

Pour nous, l'objet maintenant est de pouvoir, avec les maires, susciter des signalements, les traiter, régulariser ce qui est régularisable, mais aussi sanctionner, jusqu'à la démolition, ce qui n'est pas conforme au droit", explique le préfet Etienne Desplanques.

Habiter dans la nature, une revendication d'un mouvement écologique

François revendique pourtant ce mode de vie écoresponsable. L'homme se dit gardien de la vallée. "Cela ne dérange rien. Une cabane ça attire des oiseaux, une cabane ça attire la vie, une cabane c'est un environnement pris en soin et qui est vivant. Sinon, ici, on va avoir des friches et des zones lugubres."

Une manière de vivre qui est même le point de départ d'un mouvement appelé "désobéissance fertile", créé par Jonathan Attias et Caroline Perez, habitant dans une cabane écologique à Chasteaux. Ils revendiquent le fait de ne pas demander d'autorisation pour s'installer dans la forêt et construire des habitats écologiques.

En pleine nature, mais dans l'illégalité, l'habitat de François reste aujourd'hui menacé de destruction.