Corrèze : des agriculteurs modifient leurs pratiques pour lutter contre la crise alimentaire

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Désordre climatique, embargo sur le blé russe… Des pénuries alimentaires se profilent et se conjuguent pour les agriculteurs. "La Vache Heureuse", un programme initié par des agronomes, les pousse à revoir leur modèle et leurs pratiques.

Changer les pratiques culturales, un enjeu majeur pour certains au vue de la situation économique mondiale actuelle.
Et pour modifier les habitudes et les mentalités, Konrad Schreiber, agronome, co-fondateur et formateur de "La Vache Heureuse", n'hésite pas à se déplacer comme à Beaumont en Corrèze.

Vers une agriculture "Bio-Logique"

L’objectif de "La Vache Heureuse" : promouvoir et accompagner les agriculteurs sur le nouveau principe agro-écologique de l’agriculture de conservation des sols.
En clair, chercher au maximum l'autonomie de production.

On s’est rendu compte que pour faire des revenus, il fallait être autonome. Et notre autonomie va se faire avec la pluie, le soleil, les terres et les plantes. 

Konrad Schreiber, agronome.

Née avec la crise du lait en 2009-2010 d'une demande des paysans, "La Vache Heureuse" se positionne comme un des pionniers de l'agriculture du vivant et veut bousculer le monde paysan avec son approche radicale. 

On va vers une agriculture qui va être « bio-logique » car c’est la logique de la biologie qui doit prendre le pas sur la logique des intrants.

Konrad Schreiber, agronome.

Pour instaurer ce projet et le mettre en place, la méthodologie est simple : trouver des agriculteurs qui serviront d’exemple et sur lesquels les autres pourront s'appuyer, pour venir chercher des pratiques nouvelles, des savoirs et des savoir-faire.

On cherche une méthode pour que tout le monde puisse se projeter. Il s’agit de définir un projet, et là-dedans tout le monde va s’y retrouver.

Konrad Schreiber, agronome.

"Nous sommes un groupe, et, au-delà des différences syndicales, tout le monde travaille ensemble et on a plein de solutions. En mettant rapidement ces solutions en place elles pourront ensuite être diffusées", ajoute-t-il.

Lutter contre la crise alimentaire

L'autonomie partout donc. En protéines, en soja, en fourrage, en azote, en désherbants, en produits de traitement… Et jusqu'au bout "au vue du contexte actuel", explique Konrad Schreiber. 

"La crise alimentaire en France, elle va se produire. On ne sera plus capable de produire notre nourriture. Il est probable qu’après le retour des vacanciers, on ait du mal à trouver nos rayons pleins. Il y a urgence car nous ne sommes plus en capacité de produire réellement", affirme l'agronome.

Un déclic. C'est pour le déclencher chez les agriculteurs que "La Vache Heureuse" dispense des formations et organise des temps de parole.

"On voit bien qu’on doit se remettre à notre place. La terre est façonnée par les plantes et qui sont les gestionnaires des plantes ? Nous, si on les gère correctement. Or, nos pratiques actuelles sont liées à l’intrant, à l’artificialisation. Des pratiques qui détruisent les plantes. Et c'est ça qu'il faut changer", insiste Konrad Schreiber. 

Cédric Pierre, éleveur à Beaumont est adhérent depuis deux ans à "La Vache Heureuse".
Et depuis deux ans, il ne laboure plus la terre.

"L’idée vient d’un collègue qui nous a emmené dans le Gers pour voir du semis direct et réduire nos charges de mécanisation qui coûtaient cher avec le travail de sol", Cédric Pierre.

A leur retour, conquis par l'idée, il décide avec cinq agriculteurs d’acheter leur premier semoir de semis direct.

Une agriculture de conservation

Le but du semoir à semis direct est de placer la semence directement dans les résidus de cultures précédentes en travaillant le moins possible le sol (5 à 20% seulement de la surface est travaillée). Ceci peut présenter des avantages plus ou moins significatifs selon les conditions.

Pratique phare de l'agriculture de conservation car elle maintient une couverture végétale permanente, limite le travail du sol et ainsi réduit son érosion et renforce l’activité biologique, cette technique permet aussi une réduction du temps de travail par rapport au labour ainsi qu’une diminution du nombre de traitements phytosanitaires jusqu’à 50% dans certaines situations.

Les agriculteurs travaillent maintenant beaucoup sur les méteils immatures (mélange de céréales) en semis direct. Une solution efficace pour fournir des stocks fourragers et permettre de s’affranchir partiellement du risque de sécheresse estivale.

La Vache Heureuse nous donne des idées et à nous de les développer et de voir si ça fonctionne sur le terrain.

Cédric Pierre, éleveur à Beaumont.

"Ça nous aide à avancer dans notre travail de semis direct et de gain d'autonomie sur nos élevages", ajoute-t-il.

Aujourd'hui, les agriculteurs sont dans une impasse avec le labour et le travail du sol. Ils le savent. Les sols dépérissent tous les jours et, avec l’augmentation de la température, il faut en prendre soin.