• ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • SOCIÉTÉ
  • FAITS DIVERS
  • SPORT
  • CULTURE

Le 22e président de la République Jacques Chirac est décédé le 26 septembre 2019. Il avait 86 ans. C'est en Corrèze que l'homme a puisé pendant des années ses forces personnelles et politiques, sur une terre d'élections, mais aussi de cœur.

 

Berceau corrézien

Né à Paris le 29 novembre 1932, Jacques Chirac puise ses racines familiales en Corrèze. Un enracinement qui deviendra par la suite plus politique mais sans jamais abandonner la tendresse pour ce territoire. Même lorsqu'il était président de la République, il y reviendra à plusieurs reprises.
 
La maison familiale des grands-parents Chirac à saint-Féréole en Corrèze / © France 3 Limousin - Pierre Gauthier - 2019
La maison familiale des grands-parents Chirac à saint-Féréole en Corrèze / © France 3 Limousin - Pierre Gauthier - 2019


Symbolique, 15 jours seulement après son élection, Jacques Chirac effectue son premier déplacement en Corrèze. Tous les ans, Jacques Chirac mettra un point d'honneur à venir à Tulle pour la traditionnelle cérémonie des vœux. Une tradition reprise depuis par un autre Corrézien, François Hollande.

Manifestations sportives, commémorations, inaugurations, Jacques Chirac trouvera toujours un moyen de revenir sur ses terres.
 

Sarran : un village, un château, un musée




Cette petite commune de Corrèze qui compte 250 habitants, devient le cocon des Chirac. Cocon familial dans le château de Bity, et cocon politique, encore, lorsque Bernadette Chirac est élue conseillère municipale de Sarran. C'est là que le musée du président sortira de terre en 2000. 

"Il est toujours venu aux inaugurations des expositions temporaires, sauf depuis deux ans, car il est trop fatigué",  explique le 21 septembre 2016 Michèle Périssèr, la directrice du musée.
 


En Corrèze, rares son ceux qui n'ont pas croisé le président, lors d'une foire aux livresou bien tout simplement dans le train, toutes les semaines, entre Paris et la Corrèze, dont il fut député de la circonscription d'Ussel de 1967 à 1995.
 
 

Un homme affaibli

Lui qui aimait aller au contact de gens, qui a serré tant de mains, il n'apparaissait plus en public depuis de nombreuses années. En 2005, il est victime d'un AVC. En 2011, on apprend que le président est atteint d'anosognosie, ce qui signifie qu'il n'a pas conscience d'être malade. Il s'agit de l'un des symptômes de la maladie d'Alzheimer.
 



En 2014, son épouse, Bernadette, annonce qu'il ne parlera plus jamais en public et évoque "une petite baisse de sa mémoire, surtout par moments".  

La dernière sortie officielle de Jacques Chirac remonte à novembre 2014, lors de la remise des prix de la fondation qui porte son nom à Paris.

En juillet 2016, c'est en privé que l'ancien chef de l'Etat a visité le musée du quai Branly, alors que le site vient d'adopter officiellement le nom de  Quai Branly-Jacques Chirac. 
 
Musée du quai Branly - Jacques Chirac à Paris / © Alexandra Filliot - France 3 Limousin
Musée du quai Branly - Jacques Chirac à Paris / © Alexandra Filliot - France 3 Limousin

 


Il était ensuite parti passer des vacances au MarocUn séjour qu'il avait dû écourter pour être hospitalisé le 18 septembre  2016 à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière en raison d'une infection pulmonaire.  

 


Peu de nouvelles de l'ancien chef de l'État jusqu'en octobre 2017 avec la parution du livre "Président, la nuit vient de tomber" du journaliste Arnaud Ardoin. Livre dans lequel un proche de Jacques Chirac, Daniel Le Conte (décédé en juillet 2017), décrit un homme ayant "les yeux perdus dans des pensées indé­chif­frables". 
 

Le style Chirac

Jacques Chirac est né à Paris le 29 novembre 1932, mais c'est en Limousin qu'il puise ses racines familiales. La Corrèze, terre de ses parents et de ses grands-parents. 

-Tu t'fais pas de bile toi
-Non, je suis comme toi
-T'as un bon plaçou* ? 
-Oui !


*une bonne place
La Corrèze, terre de campagne pour Jacques Chirac

Dans une campagne, il faut aller chercher les électeurs avec les dents


En 1965, il devient conseiller municipal de Sainte-Féréole, son village… Georges Pompidou l'envoie ensuite en Corrèze arracher la circonscription d'Ussel à l'opposition lors des législatives de 1967. Il est alors le fer de lance de l'opération dite des "jeunes loups" à savoir, l'alignement par le Premier ministre et les gaullistes, de jeunes candidats prometteurs pour remporter des bastions traditionnels de la gauche dans le Centre et l'ouest de la France. Celui que l'on surnomme le bulldozer de Pompidou passe du temps dans les fermes auprès des paysans de Haute-Corrèze, le style Chirac est né.

Un style à la fois brut et sensible, parfois à l'emporte-pièce ! 

Pour moi, la femme idéale, c'est la femme corrézienne, celle de l'ancien temps,dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s'assied jamais avec eux et ne parle pas.


Jacques Chirac fait ses premiers pas au gouvernement entre 1967 et 1968 en tant que secrétaire d'État aux Affaires sociales (Georges Pompidou est alors Premier ministre), puis en tant que secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances dans les gouvernements Pompidou, Couve de Murville et Chaban-Delmas. Mais son ancrage régional ne faiblit pas pour autant. En 1968, il est conseiller général du canton de Meymac.

Il deviendra président du Conseil général de la Corrèze en 1970 et occupera à plusieurs reprises la fonction de député de la 3e circonscription. Il entame alors un bail électoral de presque 30 ans dans le département.

Les fonctions ministérielles s'enchaînent : ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement, ministre de l'Agriculture et du Développement rural, jusqu'au ministère de l'Intérieur dans le gouvernement de Pierre Messmer. La Corrèze est alors bien loin.
 

Le 27 mai 1974, il devient 1er ministre. La machine de guerre électorale se met alors en marche. Le RPR est lancé. Il en sera le président de décembre 1976 à novembre 1994.
 
Le RPR, la machine de guerre de Jacques Chirac

 

Un château en Corrèze

En 1969 que Bernadette et Jacques Chirac achètent une propriété sur la commune de Sarran en Corrèze. En 1995, quand Jacques Chirac accède à la présidence de la République, le château de Bity attire les regards et devient le lieu de visites de chefs d'État étrangers ou de hauts dignitaires comme Hilary Clinton en 1998 ou encore le president Chinois Jiang Zemin l'année suivante. 
 
Le château de Bity, l'écrin corrézien de la famille Chirac
Résidence de vacances mais aussi lieu de réception pour les chefs d'Etat étrangers, le château de Bity à Sarran, en Corrèze, appartient à la famille Chirac depuis 1969.  - Acrchive INA - F3Limousin - 

Mais c'est aussi le lieu de plusieurs manifestations. En octobre 1995, les antinuclaires essaient de s'approcher du chateau sans succès. En novembre de la même année, c'est au tour des étudiants de venir crier leur colère. 
En juin 1996, les retraités de l'agriculture viennent demander une revalorisation de leur retraite et à l'automne, ce sont des enseignants qui protestent devant un cordon de gendarmes en charge de la sécurité du château.

Une sécurité qui fera d'ailleurs débat. Certains opposants se sont interrogés sur l'utilité de l'implantation d'une caserne aux abords du site. En 2007 certains dénoncent encore  la présence des gendarmes. 

Mais la plus grosse polémique viendra du Canard Enchaîné. En 2001, le journal révèle que Jacques Chirac serait personnellement intervenu auprès de la Fondation Claude Pompidou pour qu'elle achête un terrain jouxtant sa propriété. Le but ? Y implanter un centre de vacances pour personnes âgées. Le projet ne verra jamais le jour.
 



La résidence sert parfois de lieu de vacances pour la famille Chirac comme en 1997 et 2008. Lors d'une visite en Corrèze, en juillet 2012, le président François Hollande se rendra au Chateau de Bity à l'invitation de Jacques Chirac. 
Ce sera la dernière fois que la demeure fera parler d'elle. 

 

© JOEL SAGET / AFP
© JOEL SAGET / AFP

 

En 1995, le 7 mai, c'est la consécration. Jacques Chirac devient le 22e président de la République française.  

Le 9 juin 2008, Jacques Chirac lance sa "fondation" pour le développement durable et le dialogue des cultures.

En avril 2016, il est décidé d'accoler le nom de Jacques Chirac à celui du Musée du Quai Branly, à l'occasion des 10 ans de cette institution culturelle, dont l'ancien président est à l'origine de la création. 
 

L'autre combat

Une autre fondation porte le nom de l'ancien chef de l'État, la fondation Jacques Chirac dont le siège social se trouve à Ussel (Corrèze) et qui poursuit l'œuvre de l'ancien député du département en matière de prise en charge du handicap au sein de l'Association des Centres Educatifs de Haute-Corrèze. Cette fondation gère l'implantation d'une vingtaine de centres éducatifs en Limousin qui offrent plus d'un millier de places dans la région et génèrent près de 800 emplois.

Jacques Chirac était très sensible aux questions du handicap. Le 14 avril 2016, Laurence Chirac, sa fille aînée, est décédée à l'âge de 58 ans. Elle souffrait depuis l'adolescence d'une anorexie mentale.
 

En raison de sa maladie, Laurence Chirac est restée dans l'ombre de la famille, contrairement à sa soeur, Claude, qui a travaillé de longues années auprès de son père. Elle vivait à Paris et séjournait régulièrement au château de Bity. 

Sa mère, Bernardette Chirac, ne s'exprimera sur la maladie de sa fille qu'en 2004, au moment du financement, par l'opération Pièces Jaunes, de "La maison de Solenn", nom donné en souvenir de la fille de Patrick Poivre d'Arvor, un établissement pour adolescents souffrant de troubles du comportement alimentaire.  

 

"Les Chirac"

Une famille, un clan, un couple... Jacques épouse Bernadette Chodron de Courcel le 16 mars 1956. Ils auront donc deux filles, Laurence et Claude. Ils recueilleront également, pendant deux ans, Anh Dao Duong, une jeune vietnamienne arrivée en France par un boat-people en 1979.

Bernadette le dira plus tard, en 2015, ce n'était pas un mariage d'amour mais un mariage d'ambition. "Je voulais construire avec ce garçon, quelque chose d'exceptionnel. Je ne savais pas encore dans quel domaine".

Ce sera la politique. 
 

Dans la biographie "Bernadette Chirac, les secrets d’une conquête", parue chez Fayard en 2019, l'auteur, Erwan L’Eléouet, raconte que Bernadette aurait confié à l'une de ses amies que le plus beau jour de sa vie n'était pas son mariage, mais le jour où Jacques Chirac lui a demandé d'être candidate en Corrèze, c'était en 1979. 

Née en 1933, Bernadette Chirac est aujourd'hui une dame âgée. En juin 2018, elle avait assisté, en fauteuil roulant, à l'inauguration d'une rue portant son nom et celui de son mari à Brive. Elle paraissait affaiblie. 
 




 
Le Premier ministre Jacques Chirac et son épouse Bernadette voyagent le 02 août 1976 à bord du train rapide "Tokaido" entre Tokyo et Osaka à l'occasion de leur voyage officiel de trois jours au Japon.  / © Jean-Claude DELMAS / AFP
Le Premier ministre Jacques Chirac et son épouse Bernadette voyagent le 02 août 1976 à bord du train rapide "Tokaido" entre Tokyo et Osaka à l'occasion de leur voyage officiel de trois jours au Japon. / © Jean-Claude DELMAS / AFP
 
Jacques Chirac, un destin