“On nous a complètement abandonnés” dit un couple corrézien bloqué au Pérou depuis le 15 mars

Aurélie, Fred et leur fils de 3 ans sont bloqués depuis le 12 mars dans la ville Mancora, au nord du Pérou / © Photo de la famille Chapellas
Aurélie, Fred et leur fils de 3 ans sont bloqués depuis le 12 mars dans la ville Mancora, au nord du Pérou / © Photo de la famille Chapellas

Bloqués dans un petit village péruvien depuis le 15 mars 2020, un couple de corréziens et leur fils de 3 ans se disent "totalement abandonnés par l'Etat français et par Air France" comme de nombreux autres touristes présents sur place.

Par Annaick Demars

Le voyage avait bien commencé, il vire maintenant au cauchemar. Partis mi-février d'Orliac-de-Bar en Corrèze pour voir des amis en Equateur bien avant que la crise du coronavirus ne commence, Aurélie et Fred Chapellas profitent de leur présence sur place pour faire une incursion au Pérou tout proche et rapporter des objets et des bijoux qu'Aurélie pourra ensuite vendre dans des boutiques éphémères ou des festivals.

Les voilà donc partis pour Mancora, une station balnéaire de 10 000 habitants située au nord-ouest du pays. Le 10 mars, ils passent la frontière, le 15, le président péruvien Martín Vizcarra déclare l’état d’urgence national et annonce la fermeture des frontières pour le 16 mars à minuit afin de lutter contre l’épidémie de Covid-19.

Coincés dans une chambre d'hôtel à plus de 1000 kms et 18 heures de bus de Lima, la capitale péruvienne, Fred et Aurélie appellent l’ambassade mais n'arrivent à obtenir aucune information, affirmant qu'Air France refuse de rembourser leur vol de retour prévu le 26 mars et leur propose un billet à 14 000 euros qu'ils ne peuvent pas payer. Impossible de retrouver les 3 autres enfants de leur famille recomposée, restés en France avec leur autre parent.

 

"On a le sentiment d'avoir abandonné notre famille, dit Fred joint par téléphone, c'est très dur même si on est pas les plus à plaindre. Cette gestion de crise est calamiteuse et s'apparente à une vaste opération de racket dit Fred à propos d'Air France où nous n'avons jamais réussi à joindre un réel interlocuteur. Ce sont des robots qui nous répondent. Et à l'ambassade de France à Lima, c'est la même chose : si vous appelez pour le coronavirus, tapez 1, c'est hallucinant !


"Quand l’Ambassade de France au Pérou annonce à 17h sur sa page Facebook qu’un vol va être mis en place en partance de Lima, il faut répondre dans l'heure et nous sommes à 18 heures de route !" explique Aurélie.
L'Ambassade semble également rencontrer des difficultés à faire circuler les ressortissants étrangers dans le pays. Le 21 mars, elle écrivait : "Nous sommes au regret d’annoncer que les transferts en bus de Cusco et d’Arequipa à Lima ont dû être annulés à ce stade, les autorités péruviennes ayant finalement retiré leur autorisation de circuler".
 

 



Une solidarité entre touristes bloqués


Confinés dans une chambre d'hôtel avec leur fils de 3 ans, Fred et Aurélie ont la chance de ne payer que 10 euros la nuit, ce qui leur permet de tenir encore quelques jours, voire semaines. Professeur de physique au collège d'Egletons (en mi-temps annualisé), Fred s'inquiète surtout pour sa famille : "les mesures de confinement deviennent de plus en plus strictes, il y a un couvre-feu, les gens ne peuvent plus travailler. On a peur de tomber malades car ici le système sanitaire est très limité. Chaque jour, on entend notre voisine péruvienne pleurer. Ca devient très compliqué et je pense que la violence n'est pas loin.
 

Ce qui me rend fou, c'est de voir comment les Français sont traités par rapport aux autres pays. Les Canadiens sont en train d'être rapatriés, ils ne payent rien ! Les Israëliens, c'est pareil. Et nous quand on cherche un vol pour trois début avril, c'est 39 000 dollars ! Heureusement qu'on est solidaires entre nous, on a un groupe Whatsapp entre touristes français et dès que l'un d'entre nous a une info, il la transmet au groupe. 



Le Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a demandé vendredi 20 mars aux 130 000 Français bloqués à l'etranger de faire "preuve de patience et de sang-froid. L'objectif, c'est bien de les faire tous rentrer au pays. Il est hors de question de les laisser sur place." a-t-il ajouté sans donner d’échéance précise, évoquant simplement des rapatriements "le plus vite possible".

 

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