Pour l’association qui s’en occupe, et pour la petite commune de Valiergues, 153 habitants, dont il est la fierté, ce fut une catastrophe quand il perdit ses ailes en avril 2023. Mais grâce à l'aide de deux entreprises de Dordogne et de Bordeaux, le moulin situé près d’Ussel, en Haute-Corrèze, s'est remis à tourner.
Sur un mont qu’on ne distingue aujourd’hui plus qu’à peine, paisible face aux lointains, mais si proches, Puy Mary et Puy de Sancy, visibles de l’Auvergne voisine par beau temps, le moulin de Valiergues semble défier son époque. Comme ancestral, immuable et éternel… Pourtant, c’est presque un faussaire. Et c’est surtout, un vrai miraculé !
On le croit vieux, alors qu’il n’a, entre guillemets, que 150 ans. On le pense nourricier sur cette terre depuis toujours, alors qu’il n’a, en vrai, fourni qu’un peu de farine à deux générations à peine… Mais qu’importe qu’il n’ait eu de Daudet, ou de Vialatte, pour en écrire ses lettres ou ses chroniques, le moulin de Valiergues n’en demeure pas moins une vraie merveille !
Une longue histoire
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Valiergues compte près de trois moulins sur son territoire. Des moulins à eau, dont le plus important se situe sur l’Artaude, un ruisseau situé en contrebas de l’actuel moulin, aujourd’hui totalement disparu.
Mais déjà la sécheresse sévit, et les maigres rus peinent à faire tourner les meules… On construit donc, vers 1870, sur un mont parsemé de champs, un moulin à vent.
Ici, point de blé. Seigle et sarrasin règnent en maîtres. Le moulin va tourner et fournir ses farines, jusqu’à ce que le fracas mondial, qui semble pourtant si éloigné de cette terre, ne l’arrête brutalement.
En 1914, la Grande Guerre éclate. Et la mobilisation générale prive le moulin de ses meuniers.
Peu à peu, plus personne pour le faire fonctionner.
Peu à peu, plus personne pour s’occuper des champs alentours. Tous sombrent alors dans l’abandon…
Un potentiel… pour les futurs sanitaires !
Le moulin n’a plus d’ailes, plus de toit. Ses solides pierres s’effritent. Les champs qui l’entouraient sont devenus une forêt. Tout n’est plus que ruines et vestiges d’un passé oublié...
Mais dans les années 1970, près d’un siècle après la construction du moulin, la mode du camping à la ferme prend forme. Les propriétaires du terrain y voient une opportunité, et décident de réaliser quelques travaux. Curieusement, le moulin y trouve sa place. Non pour son attrait touristique ou locatif, mais parce que l’on y voit un potentiel… pour les futurs sanitaires !
Le camping ne verra jamais le jour, mais le moulin y aura retrouvé des pierres et un toit.
"C’est chez vous le dernier moulin à vent de Corrèze ?"
Le temps recommence à faire son usage sur le vieux moulin. Mais dans les années 2000, on lui trouve enfin un intérêt propre.
Le terrain est loué avec un bail emphytéotique par la municipalité, une association est créée, et grâce à une entreprise de Dordogne, pourtant plus spécialisée dans la réfection des toits d’églises et de châteaux, un nouveau faîte, un mécanisme tout neuf, et des ailes, viennent redonner au moulin son lustre d’antan.
Pas de quoi attirer des milliers de touristes, mais tout de même quelques-uns et, plus encore, une certaine notoriété au village. "Ah, c’est chez vous le dernier moulin à vent de Corrèze ?!" "Ah, vous êtes de Valiergues, là où il y a le moulin ?!"
Sans compter l’accueil de scolaires corréziens et même limousins, à qui les membres de l’association sont ravis de raconter l’histoire et des lieux, et de la minoterie, quitte à tricher un rien sur la farine soi-disant produite…
"On est devenus orphelins !"
À Valiergues, sans jeu de mot, le moulin, c’est une affaire qui tourne. Mais un jour du printemps 2023, alors qu’il y a des gens sur place, et même, dans la tour du moulin, l’impensable se produit : vermoulues, les ailes s’effondrent. Par miracle, il n’y a aucun blessé, mais pour la commune et pour l’association des amis du moulin, pour qui, il est un vrai bébé et une totale passion, c’est une catastrophe.
On est devenus, comme on dit, orphelins !
Michel GuillaumieMembre de l’association des amis du moulin de Valiergues
La commune ne compte que 150 âmes, mais par chance, ses finances sont saines. Et puis son maire actuel, à l’entregent certain, est un ancien conseiller départemental et ancien président de la communauté de communes du pays d’Ussel.
Il y a dans les cartons un projet communal, dont le financement est déjà prévu et acté, sans nécessité d’emprunt. Ni une ni deux, le projet est relégué, et la rénovation du moulin décidée.
Les grands travaux
On rappelle l’entreprise périgourdine (les ateliers Férignac), on décide d’une armature en ferronnerie, réalisée à Bordeaux, pour pérenniser la structure, on trouve même des pièces en Italie, et pour un coût de 70 000€, on redonne vie au moulin ! Ce dernier a d'ailleurs été primé en 2003 au concours " les Rubans du Patrimoine ", qui récompense les actions menées afin de réhabiliter des lieux de mémoire qui participent à la transmission du savoir-faire des métiers du patrimoine.
La structure du toit a été posée sur un rail hydraulique, pour l’orienter et éviter, en cas de grand vent, un éventuel emballement des pales. Les ailes, et leur axe, ont été posés à l'été 2024, un moteur électrique leur permet désormais de tourner.
Trois dates à retenir
Les voiles des ailes sont de nouveau disponibles, mais vous ne le verrez que lors d'inaugurations et fêtes spécifiques. Le reste du temps, elles sont conservées en lieu sûr, afin de ne pas être endommagées par les vents forts, de plus en plus fréquents.
Le site sera à visiter, chaque année, pour la fête de la Sainte-Madeleine, fête du village qui se tient chaque avant-dernier samedi de juillet, mais également lors de la fête des moulins en juin, ainsi que pour les journées du Patrimoine prévues, cette année, ces 20 et 21 septembre 2025.
(Première publication le 24 juillet)