On le croyait retraité. C'était bien mal connaître l'animal. Jean Auclair vient de confirmer sa candidature aux Législatives. Nouveau coup d'éclat ou candidature sérieuse ?
Et Paf ! Le bouchon de champagne a déjà sauté. Il s'y voit déjà. Jeannot le re-re-retour ! L'explosif ex-député de la Creuse a confirmé, ce 16 mai 2022, sa candidature aux législatives. Annonce faite à son domicile, à la bonne franquette, autour d'une table couverte d'une nappe à carreau. Et évidemment d'une bonne bouteille.
"Ni usé, ni vieilli, ni fatigué. Je suis hyper motivé". Jeannot n'a perdu ni humour ni amour des phrases chocs.
"On m'annonçait débranché. Ce n'est pas le cas. J'ai un groupe électrogène : les Creusois sont derrière moi !"
Jeannot, le retour
La rumeur courrait depuis quelques jours. Lors d'une réunion entre les principaux ténors de la droite creusoise à Cressat, c'est sa candidature qui a fini par émerger.
Depuis le retrait de Cyril Victor, candidat pourtant validée par les LR, personne ne voulait reprendre le flambeau. La peur d'aller au casse-pipe ? Le score de Valérie Pécresse (6%) dans le département annonce une partie difficile. Jean Auclair a donc proposé ses services sans que personne ne trouve rien à redire.
Le casting de l'élection en Creuse semble donc bouclé. Jean-Baptiste Moreau pour Renaissance, Catherine Couturier pour La Nouvelle Union Populaire écologique et sociale, Sylvie Bilde pour le Rassemblement National, Grégory Giroix pour Reconquête, Elisabeth Durengue pour l'alliance Patriotes, Debout la France et génération Frexit et donc Jean Auclair pour la droite.
Pas pour Les Républicains. Le souhait de Jean Auclair est de ne surtout pas demander d'investiture. Sa candidature se veut trans-partisane. Sa co-listière Hélène Pilat est tout même encartée chez les LR. Accessoirement, elle est élue du canton de Bonnat et fait partie de la majorité au Conseil départemental.
Ratisser large
Mais Jean Auclair compte ratisser large. Il vise les déçus. En premier lieu ceux du député Moreau. Les rapports entre les deux hommes ne sont pas au beau fixe. Jean Auclair, lui aussi éleveur et marchand de bestiaux, compte bien tacler Jean-Baptiste Moreau sur les sujets agricoles.
"La loi Egalim, c'est une belle connerie ! Moreau a voté le CETA, la nouvelle PAC catastrophique. Si j'en avais fait la moitié de mon temps, ma mairie et ma maison auraient brûlé !" , explique dans un vocabulaire toujours choisi, et fleuri, l'ex député.
Sans le nommer, Jean Auclair décoche déjà ses flèches en direction du député.
"Je veux faire ça à l'ancienne, en proximité sur le terrain, pas derrière des micros à Paris pour avoir un portefeuille de ministre".
Il veut aussi séduire les électeurs de gauche qui ne se reconnaîtraient pas dans la candidature de Catherine Couturier (LFI).
"J'ai eu des élus de gauche qui m'ont spontanément appelé. Des socialistes modérés à qui la candidature de madame Couturier est resté là (en travers de la gorge). Ils m'ont dit Jeannot, on est bien contents que tu te présentes".
Ce retour de Jean Auclair est une surprise. Longtemps chef de la droite en Creuse, il a subi ces dernières années plusieurs revers (aux départementales l'an dernier, aux municipales en 2020, empêché de se présenter suite à une mise en examen). On pouvait penser qu'il avait pris sa retraite pour de bon. A 76 ans, il a derrière lui 43 ans à la mairie de Cressat et 19 ans de mandat de député.
A ceux qui lui renvoient son âge, il répond : "Je suis toujours ché-bran (comprendre branché). Mes petits enfants modernisent mon image. Je suis sur Tik Tok. Et ça ne me paraît pas aberrant que le plus vieux département de France soit représenté par un homme d'âge mûr. C'est même bon pour l'image de la Creuse. Chez nous on vieillit bien !"
Le 4 juin, il organise d'ailleurs une soirée Dancefloor à la salle polyvalente de Cressat pour lancer sa campagne. Une manière de faire revivre les Jeannot Folies. Un événement champêtre grâce auquel il faisait venir les ténors de la droite nationale dans sa commune.
Du culot, toujours du culot
Né en 1946 à Vigeville, sa carrière politique débute dans les années 70. Après un bac -1, il prend conscience que les études ne sont pas faites pour lui. Il rejoint donc son père dans la ferme familiale comme éleveur et marchand de bestiaux.
En 1977, il se présente à la mairie de Cressat et l'emporte à la surprise générale. En 1989, il se lance, seul, aux cantonales à Ahun et parvient à se faire élire. Michel Bouvier, son mentor, le repère et l'incite à se présenter aux législatives.
" A l'issue de la victoire aux cantonales, on avait 3 grammes dans chaque bras et Michel me dit : on va aller aux législatives. A ce moment là, il m'aurait proposé d'être pape, j'aurais dit "on y va!". Le lendemain, la candidature est mise en route.
En 1993, dissident à droite, il gagne la deuxième circonscription de Creuse face au maire d'Aubusson Gaston Rimareix.
Jacques Chirac l'incite à intégrer la majorité
"Il faut que tu ré-adhères au parti, parce que gagner une fois c’est bien mais gagner deux fois c’est beaucoup plus difficile. Et je peux te donner un conseil : vu le profil que tu as, tu n’as rien à faire à Paris, reste dans ta Creuse, laboure-la en long, en large et en travers, occupe-toi des gens, parce que pour faire de la politique il faut aimer les gens et tu seras réélu", lui dit alors Jacques Chirac.
Il enchaîne 4 mandats consécutifs jusqu'en 2012. Gouailleur, homme de terrain, Jean Auclair sait aussi s'imposer à Paris. Ses faits d'armes ? Il se vante d'avoir influencé la décision de faire de la N145 une deux fois deux voies. Il affirme également avoir obtenu de Xavier Bertrand la réouverture de la radiothérapie de l'hôpital de Guéret que Roselyne Bachelot venait de fermer. Entre coup d'éclats et coups de gueules, il forge sa réputation. Des dérapages émaillent son parcours et son nom apparaît parfois à la rubrique judiciaire. Comme en 2016, quand il invective un vétérinaire de l'abattoir d'Egletons.
Depuis 2012, des années difficiles
Depuis 2012 et la fin de son mandat, son influence sur la droite Creusoise s'est étiolée. Il œuvre pour la victoire aux cantonales de 2015 qui voit la majorité basculer dans son camp. Continuant a diriger dans l'ombre, il pousse les nouveaux ténors de la droite creusoise, "les bébés Auclair", à tuer le père. Valérie Simonet (son ancienne suppléante), Nicolas Simonnet, Vincent Turpinat, Laurent Daulny. Autant de figures qui ont pris leurs distances, voire sont en conflit ouvert avec lui.
Des conflits qui sont allés jusqu'à susciter sa candidature aux départementales l'an dernier. Par pure vengeance, comme il le reconnait désormais.
Cette candidature aujourd'hui est-elle sérieuse ou veut-il "se payer" Jean-Baptiste Moreau comme certains le disent ? Le résultat du premier tour le dira. D'ici là, les débats risquent d'être plus animés que prévus.