Limousin : plutôt épargnés par la crise du coronavirus, les agriculteurs creusois s'adaptent et restent vigilants

Pour l'instant, le départ des broutards se maintient. Photo d'illustration. / © Ella via Pixabay
Pour l'instant, le départ des broutards se maintient. Photo d'illustration. / © Ella via Pixabay

Principal secteur d’activité économique dans notre région et notamment en Creuse, l’agriculture fait aussi face à l’épidémie et au confinement. Pour le moment l’agriculture limousine s’en sort plutôt bien, et s'adapte pour continuer à nourrir la population. 
 

Par Nicolas Chigot

"Pour une fois, on va peut-être être les moins emmerdés".  Sûr qu’ils sont habitués à en voir des vertes et des pas mûres les agriculteurs : sécheresse, crise des prix, versement d’aide PAC qui ne se font pas... Mais pour le moment un certain nombre d’entre eux ne voient pas leur quotidien trop bouleversé par l'épidémie de coronavirus que traverse la France. 

C'est ce que constate ainsi Aurélien Desforges, qui élève avec deux associés, 170 vaches mères à Lussat. "Les livraisons se font normalement, j’ai une bête qui est partie ce matin se faire abattre à Bessines. Pour une fois, la profession n’est pas trop embêtée, on peut sortir les bêtes normalement, s’occuper des clôtures".
 
Coronavirus : les agriculteurs du Limousin relativement épargnés pour le moment

Seule incertitude, les approvisionnements de pièces pour réparer les engins. Beaucoup d’entreprises de matériel agricole sont fermées. "Pour changer une pièce, ça risque de devenir compliqué, en attendant, j’ai pu avoir recours à un petit revendeur de Gouzon qui m’a mis de quoi réparer de côté, il a fait une sorte de drive pour continuer à travailler en limitant les contacts", précise Aurélien.
 

Pour l'instant ça fonctionne, les broutards partent, les tarifs se maintiennent


Les éleveurs de vaches allaitantes, majoritaires en Creuse, sont pour le moment plutôt préservés, ce que confirme Pascal Lerousseau, président de la chambre d’agriculture de Creuse. Joint ce matin, dans une prairie en train de ramasser des pierres précise-t-il, il confie ne pas avoir eu de remontées trop inquiétantes du terrain. "Pour l’instant, ça fonctionne, les broutards partent, même si c’est un peu le bordel avec les transporteurs puisqu’ils limitent les contacts et doivent se débrouiller tout seul pour charger les bêtes. Les tarifs se maintiennent. Les deux grosses coopératives du département - la CELMAR et la CCBE- prennent bien en charge les bêtes."

À propos de la CELMAR où un cas de coronavirus a été diagnostiqué, le député Moreau, ancien président de la structure tient à éteindre toutes les controverses. "Et d’une ce n’est pas moi qui l’ai infecté, je ne l’ai pas côtoyée depuis plus d’un an. Et de deux, la coopérative continue de fonctionner normalement, la salariée en question et ceux qui travaillaient à son contact sont en quarantaine. Si les activités avaient dû s’arrêter, ça serait une catastrophe pour beaucoup d’éleveurs."



Les petits producteurs fournisseurs de cantines touchés de plein fouet


Là où les difficultés se concentrent, c’est plutôt chez les petits producteurs dépendant de la restauration collective. Claire Boubet, du domaine du Tumulus à Bonnat, avoue être à la peine.

"Depuis quelques jours, j’ai reçu beaucoup d’appels ; toutes les commandes ont été annulées jusqu’à nouvel ordre". 80% de la production de ses 16 vaches laitières servait à faire des yaourts pour les écoles, collèges et lycées du département (écoles de Bonnat, collège de Bonnat et Chénérailles, lycée Favard à Guéret, lycée agricole d’Ahun). En moyenne, c’est 35 litres de lait transformés sur place chaque jour pour faire 300 à 400 pots de yaourt.

L'agricultrice fait aussi de la vente directe à la ferme, mais il est difficile d’écouler autant de marchandise dans ce cadre. "Ça peut représenter une perte de 1500 euros de chiffre d’affaire dans le mois. Du coup, nous réfléchissons à faire de la vente en livraison à domicile, mais c’est difficile à mettre en œuvre." Beaucoup d’autres petits producteurs sont ainsi durement touchés par la fermeture des établissements scolaires.
 

La crainte de l'arrêt d'une laiterie


Côté éleveur laitier, la circonspection domine. Sébastien Brousse élève 50 Prim’holstein à Mérinchal dans l’est de la Creuse. "La collecte de lait se fait bien mais il y a toujours la crainte qu’un cas se déclare dans une laiterie, que tout le personnel soit mis en quarantaine et que l’activité s’arrête. C’est l’épée de Damoclès qui pèse sur nos têtes, car dans ce cas-là tout notre lait partirait à la fosse."

Une crainte envisagée à la laiterie Chavegrand de Maison-Feyne qui emploie 110 salariés. "La plus grosse problématique c’est le personnel" confirme Sabrina Lantana, responsable qualité du groupe Chavegrand. "Dans notre secteur, les conditions sont déjà drastiques sur la santé des salariés. Si nous venons à avoir trop d’absents, les choses risquent de devenir vite compliquées."

Nous arrivons pour le moment à honorer toutes nos commandes


D’autant plus que la laiterie est à flux tendu. En cause : le pillage des supermarchés. Il faut remplir les rayons vidés et toute la production part très vite. "Nous arrivons pour le moment à honorer toutes nos commandes. Nous n’avons pas de problème de transport car nous avons notre propre flotte qui collecte chez les éleveurs, dans des conditions d’hygiène et de précautions renforcées. Notre modèle en circuit court est plutôt efficace."

Toujours côté aval, c'est-à-dire industrie agroalimentaire, l’entreprise ABL (Aliment bétail limousin) basée à Saint-Léger-Bridereix, doit faire face au surplus de commandes d’éleveurs inquiets qui font le plein d’aliments pour leurs animaux. Comme les consommateurs qui font des réserves dans les supermarchés

"Il y a un problème d’inquiétude vis-à-vis d’un éventuel manque dans nos campagnes confirme le directeur Bruno Pray, mais pour le moment ça ne va pas trop mal. Ce que nous craignons, c’est une cassure dans les approvisionnements. Si un de nos fournisseurs ne peut plus venir, la chaîne peut vite se rompre."

Un état des lieux plutôt rassurant mais basé sur un équilibre fragile. Si les exportations cessent, toute la filière pourrait souffrir. "Je ne vois pas de raison que les exportations s’arrêtent", tempère le député Jean-Baptiste Moreau. Confiné et au travail dans sa ferme de Ceyrou, le député agriculteur constate que la circulation des animaux et des carcasses vers l’Italie continue.

"Je tiens aussi à rassurer sur les craintes d’augmentation des prix. La chute des commandes de la restauration collective va avoir surtout un impact sur les importations de viande vers d’autres pays, majoritairement utilisée dans les cantines. La viande française, limousine en particulier, sert à la vente de détail et à la grande distribution, là où résident les besoins actuellement." Comme lui, les agriculteurs veulent demeurer positifs mais aussi vigilants. 
 
 

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