Un programme de recherche pour valoriser la filière laine en Creuse

L’association Lainamac, basée à Felletin en Creuse, vient de lancer un programme de recherche sur trois ans pour caractériser les fibres de laine de la brebis limousine et de la Charollaise et ainsi les valoriser auprès de ceux qui la transforment. 

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Elles sont davantage réputées pour leur viande que pour leur toison… Mais cela pourrait bientôt changer grâce à la recherche. La brebis limousine et le mouton charollais, deux races emblématiques du terroir creusois au capital laineux sous-exploité, font l’objet d’une expérimentation conduite par les acteurs de la filière laine locale. 

"La Limousine est rustique, sa toison est jarreuse. La laine de la Charollaise, au contraire, est plus fine mais la fibre plus courte."  Les présentations sont faites. Géraldine Cauchy est la directrice de Lainamac, centre de formation aux métiers de la laine implanté à Felletin depuis dix ans, à l’initiative du projet. "Depuis de nombreuses années, on a abandonné la caractérisation des laines en France. Le seul critère de sélection des ovins est un critère de viande", regrette-t-elle.

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Vers une meilleure sélection de la fibre

Ainsi, pendant trois ans, avec le soutien de la région Nouvelle-Aquitaine, les laines locales vont être passées au peigne fin... Rien que cette année, 300 échantillons de laine vont être prélevés dans dix exploitations du département. Ces prélèvements seront ensuite envoyés au laboratoire Capgènes dans la Vienne pour être analysés. "On est allé vers eux car sur la filière caprine angora, c’est eux qui ont réussi à faire un travail de sélection et d’amélioration de la finesse des fibres. Ils ont une vraie expertise sur le sujet". La Chambre d’Agriculture de la Creuse et le lycée agricole d’Ahun sont également impliqués dans le projet.

Le but est de structurer la filière laine creusoise, depuis l’éleveur jusqu’à l’industrie textile, deux mondes qui ne se connaissent pas. "L’essentiel des laines de nos filatures provient de l’autre bout du monde. L’objectif à moyen-long terme est de revenir à des circuits courts d’approvisionnement", formule d’un vœu pieux Géraldine Cauchy.

Les éleveurs vendent à perte

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90% de la laine française est destinée au marché asiatique. Avec la crise sanitaire, les exportations sont complètement bloquées. 

"Les cours se sont effondrés. Le prix d’achat de la laine est de 15-20 centimes le kilo, alors que ça coûte environ 1€60 de faire tondre une brebis, qui produit 2 kilos de laine. Le calcul est vite fait…", explique Jules Kister, tondeur et spécialiste des laines françaises. 

Alors qu’une nouvelle période de tonte s’est ouverte ce mois-ci, les éleveurs peinent à écouler les stocks de laine de l’an dernier. 

Le programme de recherche de Lainamac a donc de quoi susciter de grands espoirs parmi la filière ovine.

"Il y a 50 000 brebis en Creuse, on ne peut pas promettre à tous les éleveurs des débouchés pour leur laine. L’idée c’est de recréer du lien avec l’industrie textile en essayant d’expérimenter avec les laines locales, de voir comment on peut les intégrer dans les productions existantes ou sur de nouveaux produits", tempère toutefois Jules Kister.

Les consommateurs en redemandent

Paradoxalement, la demande n’a jamais été aussi forte. Le tricot connaît depuis plusieurs années un regain d’intérêt en France, accentué par les périodes de confinement. Les filatures tournent donc à plein régime. 

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En parallèle de l’analyse génétique des fibres, des essais de transformation des laines locales sont donc menés par des entreprises du secteur, qui espèrent créer de nouveaux débouchés commerciaux. La filature et teinturerie Fonty, située à Rougnat, est pleinement engagée dans la démarche.

"Actuellement les laines tondues en France sont assez dévalorisées car elles possèdent peu de caractéristiques pour en faire de la laine à tricoter, donc les éleveurs font peu attention à la récupération de ces laines. C’est devenu un encombrant plus qu’un produit à part entière", regrette Benoît de Larouzière, le patron de la filature creusoise.

"Traditionnellement la tonte se fait au fond de la bergerie, au milieu des déchets, de la paille, de la poussière… Tout ça ce sont les ennemis du beau fil." Le programme vise donc à améliorer l’alimentation des moutons, leurs conditions de tonte, le tri et le lavage de la laine, afin d’obtenir un fil de bien meilleure qualité. 

L’an dernier, Fonty a mené une expérimentation de ce type sur une autre race, l’Ile-de-France, avec succès. Baptisé "Lurçat", du nom du célèbre tapissier, ce fil est désormais utilisé par les prestigieuses manufactures d’Aubusson. 

 

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