Menacée de disparition, une troupe théâtrale des Deux-Sèvres vit-elle son dernier baisser de rideau ?

L'association de théâtre La Vaillante se produit depuis 1938 dans la salle paroissiale de Saint-Laurs, dans les Deux-Sèvres. Le diocèse de Poitiers a récemment annoncé la mise en vente du bâtiment, ce qui inquiète fortement les bénévoles.

La salle est encore vide. Les bancs sur le devant de la scène, destinés aux enfants, ne sont même pas installés. À peine sortis du travail, quelques membres de l'association arrivent. Certains préparent la caisse pour faire rentrer le public, d'autres se rendent dans les coulisses. Quand on ouvre la porte, on y flaire l'odeur du petit stress d'avant représentation. On aperçoit une des actrices du soir, en pleine session maquillage. Au fond, un homme se change. Après avoir enfilé sa chemise, il sort un cahier pour réviser ses lignes de dialogues une dernière fois avant de monter sur scène. Et puis, il y a Timothée, installé derrière le décor de la scène, assis sur un canapé.

Une histoire de famille, l'histoire d'un village

C'est la première fois que Timothée participe. Même s'il ne joue qu'un petit rôle, ce jeune collégien est ravi de faire partie intégrante de cette troupe. "Quand je joue, je ressens un peu de plaisir, avoue-t-il. Après la séance, les gens sont contents. Quand tu dis que c’est un peu grâce à toi, ça fait chaud au cœur". Le théâtre, Timothée voit cela comme un moyen de s'exprimer plus facilement, "pour avoir plus de confiance en soi et être moins timide. Ça aide vraiment, pour l’oral du brevet par exemple", ajoute-t-il.

Ce théâtre, cela fait longtemps qu’il est là. La Vaillante, c’est comme une famille. On a à cœur qu’elle tienne encore longtemps.

Monique Giraud

membre de l'association depuis 1970

Il faut dire que Timothée n'a pas eu de mal à s'intégrer au sein de cette association théâtrale. "Depuis que je suis tout petit, je viens au théâtre. J'ai toujours voulu monter sur scène et faire comme les plus grands. Ma grande sœur aussi joue un rôle. Et ma mère aussi joue dans la pièce, c’est elle qui a m’a donné envie d’en faire", dévoile le cadet de la troupe, tout sourire. "Mes grands-parents sont les souffleurs, donc oui, c’est une vraie histoire de famille".

Une histoire partagée par Monique Giraud, une des doyennes de l'association La Vaillante. "Je n’ai jamais fait de très grands rôles. Pendant un temps, je m’occupais des costumes ou des objets à mettre sur la scène. Je demandais aux gens si on pouvait les prêter. Cette année, je suis souffleuse. Ce théâtre, cela fait longtemps qu’il est là. La Vaillante, c’est comme une famille. On a à cœur qu’elle tienne encore longtemps".

Plus vieille association de la commune, et ce, depuis 1938, La Vaillante fait partie du patrimoine culturel local de la région. "J’ai toujours nagé là-dedans : depuis toute petite, je venais aux répétitions et aux pièces de théâtre", révèle Christine Perotteau, présidente de l'association. "J’ai commencé à jouer à l’âge de 16 ans. Depuis quelques années, ce sont maintenant mes enfants et mes petits-enfants qui jouent. C’est une vraie histoire de famille, une institution. Quand vient l’hiver, c’est notre passe-temps". Depuis le temps, le bouche-à-oreille suffit de lui-même pour faire venir le public en nombre. "Il y a tellement de monde qui vient, que l’on est obligé d’en refuser. Pour ce dernier week-end, cela fait déjà deux semaines que tout est complet, on a refusé pas loin d’une centaine de personnes".

Une vente qui fait mal au cœur

Monique Giraud estime qu'elle fait partie d'une "troupe assez reconnue. Les gens qui aiment le théâtre savent qu’ici, il y a du bon théâtre". Situé à quelques kilomètres de la frontière vendéenne, de nombreux spectateurs viennent du département voisin, du nord des Deux-Sèvres ou de Charente-Maritime dans cette salle. "Et même de Mayenne, pas loin de Laval !", s'exclame un des bénévoles de l'association.

Mais ce petit conte de fées pourrait connaître la dernière page de son histoire. Depuis plusieurs années, le diocèse de Poitiers souhaite se séparer de plusieurs bâtiments dont il est propriétaire, un peu partout dans le Poitou-Charentes, afin de faire des économies. Se produisant dans une de ces salles privées, l'association de théâtre La Vaillante est, à ce jour, dans l'incapacité la plus totale de pouvoir la racheter.

Une situation qui crève le cœur de tous les bénévoles, y compris Timothée. "Si c’est la dernière fois, je suis un peu triste. C’est peut-être la dernière fois qu’on revit ça... Avec tout ce qu’on a vécu ici, tout le monde serait triste". Le constat est le même pour Monique, que cette situation "ne fait pas rire du tout. Tout ce bénévolat, toute cette salle... pour au final, tout laisser, raconte-t-elle avec amertume. Une association qui existe depuis 1938 qui va tomber comme ça, c’est un crève-cœur immense".

Tout ce que l’on veut, c’est continuer notre loisir dans cette salle.

Christine Perotteau

Présidente de l'association La Vaillante

Pour la présidente de La Vaillante, cette décision est un non-sens. "Le diocèse souhaite mettre en vente le bâtiment, on est vraiment dans l’expectative. C’est une salle qui sert régulièrement et que l’on entretient : c’est très désolant. Chauffage, agrandissement de la salle... l’association a même fait un emprunt à l'époque. Tout l’argent de notre association passe dans cette salle. Je trouve que l’on n'est pas assez remercié pour le service rendu. C’est un bâtiment qui ne leur coûte pas cher. En dehors de la taxe foncière et de l’assurance, ils ne déboursent rien. C’est notre association qui paye tout. Tout ce que l’on veut, c’est continuer notre loisir dans cette salle".

"Aucune décision prise pour le moment"

Le public aussi serait déçu si cette troupe venait à s'arrêter de se produire. "Je trouve que les acteurs jouent très bien et que tout est bien présenté. Ce serait dommage que ce théâtre n’existe plus : il y a de bons acteurs, une bonne troupe... On perd encore un peu plus ce côté culture en milieu rural", évoque Marie-Andrée Bertrand, retraitée habitant à Moutiers-Sous-Chantemerle.

Un des bénévoles s'arme d'un brigadier. Le silence règne dans la salle pleine. Le public se tait. Les neuf, puis, les trois coups sur le plancher se font entendre dans toute la salle. Le rideau s'ouvre, mais pour encore combien de temps ?

Si l'association ne peut pas se permettre d'acheter le bâtiment, la commune de Saint-Laurs pourrait se porter acquéreur. Mais "aucune décision n’est prise pour le moment", selon la mairie. Toujours selon elle, "la mairie n’a pris aucune décision concernant la potentielle vente du bâtiment. Nous souhaitons avoir plus de renseignements auprès de l’évêché pour avoir plus de précisions sur les conditions de vente".

Contacté, le diocèse de Poitiers n'a pas donné suite à nos sollicitations. Si l'avenir de la troupe est pour l'heure incertain, des échanges entre l'association de théâtre La Vaillante, le diocèse et la commune auront lieu dans l'année pour trouver une solution.

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