Une entreprise deux-sévrienne au service des jardins du Trianon

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Écrit par Yann Salaün
Les jardins du Trianon, un chantier de prestige pour la PME deux-sévrienne.
Les jardins du Trianon, un chantier de prestige pour la PME deux-sévrienne. © D.Saulnier

Spécialisée dans l'aménagement des espaces verts, l'entreprise Poitou-Décors a été retenue par le jardinier Alain Baraton pour ce chantier de prestige. Une réussite pour Christophe Mouthon qui est à la tête de cette PME de Saint-Pardoux depuis six mois seulement.

"En février dernier, quand on m’a donné ce dossier qui était très difficile, tous mes collègues me disaient qu’on n’y arriverait pas et que je perdais mon temps. Pendant trois mois, j’ai cherché la solution et j’en ai trouvé une" ; "Penn Kaled", tête dure comme on dit dans ses Côtes d'Armor natales. Devant l'adversité, le Breton Christophe Mouthon n'est pas du genre à baisser les bras trop facilement. Ainsi, il y a deux ans, quand il décide de reprendre en main l'entreprise Poitou-Décors, peu nombreux sont ceux - et surtout pas les banques - qui auraient parié sur cet ancien cadre de l'industrie plasturgique.

Les parterres des Quatre Nymphes

"Tout le monde m’a dit que j’étais trop vieux et que j’étais fou", confesse le chef d'entreprise, "mais moi je pense que l’être humain il est fait pour être en mouvement et il a des capacités d’adaptation qu’on ignore". Cela fait maintenant une dizaine d'années que Poitou-Décors a réorienté son activité vers l'aménagement des espaces verts et s'est notamment spécialisée dans les techniques de plantation d'arbres et de murs végétalisés. Un univers que Christophe Mouthon découvre depuis qu'il a repris l'entreprise en février dernier et qui donc l'a conduit jusqu'au château de Versailles.

Il y a encore peu, comme la plupart d'entre nous, il n'avait jamais entendu parlé de Michel Le Bouteux, deuxième du nom. Neveu du fameux Le Nôtre, c'est lui qui a dessiné en 1687 le parterre des Quatre Nymphes pour ce qui était alors la résidence d'été de Louis XIV, le Trianon. Face au bassin du même nom, il avait voulu épater le Roi Soleil avec de grands espaces de gazon en forme d'arabesques et de très raffinés massifs de fleurs et de buis. Alain Baraton, le très médiatique jardinier de Versailles, cherchait donc l'excellence et c'est à Saint-Pardoux qu'il a trouvé la perle rare.

Les lettres de noblesse de la botanique

"C’est un dessin très géométrique et très complexe qui va donner au parterre du Grand Trianon sa forme définitive pour le siècle à venir. Ce n'est pas rien !", s'exclame Alain Baraton, "on est dans l’expression même du jardin à la française. Du temps de Louis XIV, les jardins du château étaient fort peu fleuris et ce que l’on appelait le domaine de flore, c’était à Trianon. C’est là que les jardiniers rivalisaient de talent. A Trianon, on y plantait les plantes les plus rares. C’était le lieu où la botanique avait toutes ces lettres de noblesse. Ce parterre des Quatre Nymphes, nous le remettons dans l’état où il était sous Louis XVI et Marie-Antoinette".

C'est un paysagiste professionnel qui sera chargé de réaliser les travaux. Mais, c'est bien dans les ateliers des Deux-Sèvres que sont nées les volutes et ellipses qui orneront les jardins versaillais. "Ils veulent des jardins symétriques à la française avec quatre massifs formés de seize ellipses et volutes, mais la forme géométrique demandée n’est pas symétrique", explique Christophe Mouthon, "il a fallu prouver que notre solution répondait au cahier des charges et que cela correspondait exactement aux demandes du jardinier en chef".

Un savoir-faire deux-sévrien

"J’aime bien l’idée de faire travailler des entreprises françaises parce que j’estime que l’administration devrait davantage montrer l’exemple", poursuit Alain Baraton, "quand on a la chance d’avoir des fournisseurs comme ça, on n’est pas seulement capable de leur apporter du travail, mais aussi de la fierté".

Et c'est peu dire que ce chantier fait la fierté de toutes les équipes de Poitou-Décors. "On allie un niveau de technicité qui est élevé parce qu’on travaille avec des logiciels 3D et des machines à commande numérique, mais tout une partie de l’entreprise est constituée de compagnons qui travaillent à la main", explique Christophe Mouthon, "on combine donc ce savoir-faire séculaire avec de la technique de pointe". La marque de fabrique de l'entreprise, ce sont ses voliges en acier qui dessinent les bordures de jardins avec un alliage de cuivre qui s'auto-patine naturellement. C'est ce qui a visiblement séduit Alain Baraton.

Aujourd'hui, Poitou-Décors emploie une trentaine de salariés. Son savoir-faire a été reconnu par des sites aussi prestigieux que Disneyland Paris ou le château de Chenonceau. Une PME qui se bat au quotidien pour défendre le made in France. "Je suis convaincu que la clé de création de valeur, c’est l’association des matériaux. Du coup, moi je rajoute de la lumière, du bois et du métal et ça fait tout de suite quelque chose de très beau. Je me suis formé chez un maître verrier à Lyon et je me suis dit que si j’éclaire mon fer vieilli, je peux aussi mettre du plomb et du verre pour faire quelque chose d’unique. J’aurai alors des clients qui ne discuteront pas du prix et je pourrai continuer à fabriquer en France. C’est mon credo et mon rêve". Visiblement, Christophe Mouthon a choisi la voie royale.

 

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