En Dordogne, l'agriculture se prépare au régime sec

Le phénomène se banalise, en cette fin juillet. La sécheresse menace déjà l'agriculture dans le département. Des récoltes qui se dessèchent, des prairies deshydratées où le fourrage se fait rare, et l'eau qui menace de manquer dans les réserves, le monde agricole craint de revivre l'épisode de 2019

Affamés, les troupeaux consomment déjà le fourrage normalement destiné à passer l'hiver
Affamés, les troupeaux consomment déjà le fourrage normalement destiné à passer l'hiver © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï
L'état de la sécheresse au 28 juillet dans le département, tenu en temps réel sur le site de Propluvia
L'état de la sécheresse au 28 juillet dans le département, tenu en temps réel sur le site de Propluvia © Propluvia

Souvenez-vous, l'été dernier. Des mesures draconiennes pour éviter la pénurie d'eau, les professionnels comme les particuliers contraints au strict minimum, des cours d'eau entiers complètement asséchés, la faune et la flore gravement impactées, des maisons destabilisées par les mouvements de terrain. Se dirige-t-on vers le même scénario en 2020 ?
Un paysage desséché au milieu de l'été ne présage rien de bon pour le reste de la saison si la pluie n'intervient pas
Un paysage desséché au milieu de l'été ne présage rien de bon pour le reste de la saison si la pluie n'intervient pas © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

La sécheresse catastrophique en 2019

C'est en tout cas la crainte du monde agricole, déjà touché par les premiers effets directs sur les cultures et les élevages. Pour l'exploitation d'Éric Sourbé, vice-président de la Chambre d'Agriculture en charge de la gestion de l'eau, la situation n'est pas encore dramatique.
Dans les parcelles précoces où il est encore possible d'irriguer, le problème devrait être limité
Dans les parcelles précoces où il est encore possible d'irriguer, le problème devrait être limité © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

Semer plus tôt, irriguer tant que c'est possible, et récolter au plus vite

Son maïs, qu'il a semé tôt, au tout début avril, arrivera peut-être à terme au 15 août sans trop de problème. D'autant que la Vézère, où il puise son eau pour irriguer, n'est pas encore soumise à restriction. Mais pour sa châtaigneraie, il faut voir, car la saison sera encore longue avant la récolte. Et il est peu probable que l'irrigation soit autorisée pendant longtemps encore. C'est pour cela que tous les quinze jours, les professionnels redoutent les annonces faites par la Préfecture de Dordogne lors du comité d'étiage .
Les châtaignes ont encore une longue période à traverser avant d'atteindre leur maturité... sous quelles conditions climatiques ?
Les châtaignes ont encore une longue période à traverser avant d'atteindre leur maturité... sous quelles conditions climatiques ? © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

La moitié des cours d'eau en restriction

Un comité qui suit pas à pas l'évolution de la situation hydrologique et qui pointe surtout des défaillances dans les plus petits cours d'eau. L'absence de pluie significative depuis 4 semaines et les températures élevées font que la moitié des cours d'eau du département ont franchi les seuils de restriction. 11 cours d'eau sont désormais en situation d'alerte renforcée, et pour la première fois des restrictions sont prises sur le bassin de l'Isle. Les restrictions qui portent sur 27 cours d'eau de plus ou moins grande importance vont de l'interdiction de prélèvement 2 jours par semaine à l'interdiction totale de prélèvement pour tous les usages non prioritaires. (Tous les détails sur le site de Propluvia et de la Préfecture de Dordogne). Le 4 août, le prochain comité d'étiage devrait probablement durcir encore les restrictions en cours.
La situation au 24 juillet établie par la Préfecture laisse apparaître plusieurs situations de crise
La situation au 24 juillet établie par la Préfecture laisse apparaître plusieurs situations de crise © Préfecture de Dordogne

 

Au niveau du bétail, il va falloir taper dans les réserves d'hiver !

Pierre Veysset, éleveur

Pour Pierre Veysset, éleveur de 90 limousines dans le Terrassonnais, le manque de pluie a une conséquence directe sur l'alimentation de son troupeau. Privées de pâturage, les bêtes ont déjà entamé la réserve de foin et l'enrubannage* qu'il se réservait pour l'hiver. Lui comme d'autre se souvient que l'été dernier, le foin comme substitut au pâturage a fait défaut.
Pour l'agriculture, certains agriculteurs ont la chance d'avoir une réserve d'eau parfois alimentée par des sources
Pour l'agriculture, certains agriculteurs ont la chance d'avoir une réserve d'eau parfois alimentée par des sources © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

*L'enrubannage consiste à mettre sous film plastique les boules ou bottes d'herbes vertes récoltées précocement et pressées afin qu'elles soient conservées par le manque d'oxygène, augmentées en qualité nutritives par des sucres fermentés et des protéines.
Agriculture : la sécheresse commence à se faire sentir en Dordogne
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