Le changement climatique va-t-il perturber la cueillette des champignons ?

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Chaleur et humidité : en Dordogne les cueilleurs de champignons sont de sortie en quête du cèpe. Cette année ce savoureux emblème de la gastronomie locale est bel et bien présent, mais les habitudes devraient changer en raison du changement climatique

Si les champignons poussent... comme des champignons, c'est-à-dire abondamment et rapidement, ils ne le font que lorsque les conditions sont remplies avec précision. Acidité du sol, chaleur, humidité, lumière, les amateurs sont habitués à scruter tous les signes annonciateurs d'une bonne récolte.
Pour être prolifiques, les champignons n'en sont pas moins exigeants, voire capricieux. L'idéal pour le cèpe, par exemple : de l'humidité en septembre-octobre, une terre qui a été chauffée en début d'été, des orages à la mi-août, et une bonne grosse averse de deux jours deux semaines auparavant. Si à ce moment-là, le sol est chaud mais que les nuits sont (un peu) fraîches, environ 10° de moins qu'en journée, et qu'avec un peu de chance la lune est en phase ascendante, les chances sont optimales. En théorie.

La Dordogne, paradis des cèpes

Condition première pour que pousse le champignon, c'est bien sûr la forêt. Avec la truffe, le cèpe est le champignon roi du Périgord car il y trouve des forêts idéales. Sous-bois de chênes, châtaigners, charmes, hêtres, et même de conifères pour certains cèpes sont essentiels pour que pousse le précieux champignon, si peu que la lumière puisse y pénétrer.

Si vous avez trouvé des cèpes, et que vous êtes en manque d'idée, la recette du chef Cyril Haberland (restaurant l'Atelier à Périgueux)

Météo

L'autre condition, c'est de réunir assez d'humidité et de chaleur sur une courte période pour que le cèpe se décide à sortir. Et là, le réchauffement climatique perturbe le calendrier des cueilleurs. Depuis plusieurs années, l'hygrométrie et la température jouent au yoyo, et décalent les périodes de cueillette.
La douceur automnale et le gel tardif, ou même son abscence, ont tendance à prolonger la période de cueillette. D'autre part, les espèces aimant le froid vont avoir tendance à migrer vers le nord, les autres vont s'installer là où elles n'étaient pas encore présentes.

Changement de forêts

La chute des feuilles contribue largement au développement du champignon. Or, le stress hydrique et la douceur des arrière-saisons modifient complètement les cycles habituels, faisant parfois tomber les feuilles en plein été, et retardant le phénomène en automne.
Dans certains cas, ce surplus estival et les micro-organismes rendus plus actifs par la chaleur enrichissent davantage les sols et bénéficient aux champignons. Parallèlement, profitant d'arrière-saisons douces, les espèces tardives tendent à fructifier beaucoup plus tard, en moyenne 7,5 jours plus tard tous les dix ans.

Double récolte ?

Les arbres eux-mêmes n'ont plus le même rythme, le gaz carbonique et la chaleur accélèrent leur pousse, apportant un supplément de matière organique et de sève aux champignons. En Angleterre, une étude a montré qu'en profitant des circonstances, certains champignons poussaient désormais sur des périodes beaucoup plus longues, passant de 33 jours dans les années 50 à plus de 74 aujourd'hui, et certains autres ont désormais deux cycles de production au lieu d'un.

Bientôt une truffe du Périgord suisse ?

Durant la période 1970-2006, une équipe suisse a établi que la diminution des pluies estivales pouvait entraîner une disparition de la truffe dans ses zones habituelles et sa migration vers d'autres cieux. Entre mai et juillet, l'arbre-hôte doit capter toute l'humidité disponible pour survivre, ce qui pourrait entraîner la disparition du champignon. Une augmentation de 2°C dans le Sud de l'Europe pourrait ainsi aboutir à une migration des truffes noires vers les Alpes, en Suisse et en Allemagne, où l'hygrométrie reste plus favorable.

L'inquiétante progression des champignons pathogènes

Toujours chez les champignons, mais dans un domaine plus pathologique que gastronomique, le réchauffement climatique favorise l'émergence d'autres champignons cette fois pathogènes.
C'est le cas par exemple du Candida Auris, champignon invasif provoquant les candidose chez l'homme, dont la progression à travers le monde s'expliquerait notamment par l'augmentation globale des températures.

Les parasites des plantes profitent eux aussi de la hausse des température, comme la chalarose du frêne. Cet arbre réputé jusqu'alors résistant aux maladies fait l'objet d'une attaque massive du champignon venu d'Asie. On estime qu'un tiers des frênes français est désormais contaminé, au point qu'il pourrait connaître le même sort que l'orme qui a pratiquement disparu de nos forêts en une cinquantaine d'années suite à l'attaque de graphiose, un autre champignon.

Particulièrement réactif aux conditions extérieures, le champignon est un excellent indicateur des perturbations climatiques, mais une bonne récolte de cèpes ne signifie pas, malheureusement, que la situation s'améliore.