Dordogne : le patron du GIGN raconte la traque du forcené du Lardin-Saint-Lazare

L’homme a été maîtrisé peu avant 13h ce lundi, il est blessé. « Il est dans un état stable », précise Gislain Réty, le patron du GIGN, pour qui cette opération est une réussite. Il nous raconte comment s'est déroulée la longue traque de Terry Dupin à Lardin-Saint-Lazare et Condat. 

Les gendarmes ont été appuyés par 60 hommes du GIGN pour neutraliser Terry Dupin.
Les gendarmes ont été appuyés par 60 hommes du GIGN pour neutraliser Terry Dupin. © Emilie Bersars

On sent la satisfaction dans la voix de Gislain Réty. Le forcené a été neutralisé. « S’il s’en sort vivant, on peut dire que c’est une très belle opération", avoue Gislain Réty.
"Elle a démontré la complémentarité du GIGN et de la gendarmerie, elle a mis en exergue les capacités du GIGN, nos capacités en termes de renseignement et de gestion des contacts. Il n’y a aucune victime parmi la population. Pareil du côté des forces de l’ordre
 ».
Depuis le début de l’année, le GIGN a été engagé sur plus de 600 interventions dont 13 visant à maîtriser un forcené, comme cela a été le cas ce week-end en Dordogne.

« Son état est stable »

Le forcené a été neutralisé vers 12h30 ce lundi 31 mai après 36 heures de traque dans le secteur de Lardin-Saint-Lazare, à l'est de la Dordogne. « Son état est stable », précise Gislain Réty. « Il a été touché par une balle au niveau de la gorge mais la carotide n’a pas été touchée », sans dire plus précisément si l’homme demeure en urgence absolue ou non. Les secours sont intervenus sur place. 

Voici les images des secours sur place, Vidéo signée Eric Moisy > 

durée de la vidéo: 00 min 58
Video amateur arrestation de Terry Dupin


Un assaut en deux temps

Ce lundi en fin de matinée, les gendarmes ont pu parler de vive voix avec l’homme retranché. L’échange s’est fait par l’intermédiaire d’un porte-voix. Jusque-là, les échanges avaient eu lieu par téléphone. Une négociation qui n’a pas abouti. « Le GIGN a été vraiment en contact jusqu’au bout pour négocier et l’avoir vivant », précise Gislain Réty.

Des échanges qui n’ont pas permis qu’il se rende. Le forcené a tiré au total une dizaine de balles. « Il était armé d’un 762 AM1, une arme de guerre », précise le patron du GIGN.
 

Il a d’abord tiré sur les véhicules et le personnel de la gendarmerie. Il était situé à une centaine de mètres d’eux. Nous avons alors resserré le dispositif, il a effectué une deuxième salve de tirs. Un homme du GIGN a riposté par un tir, un seul.

Gislain Rety - responsable du GIGN -

L’homme repéré grâce à l’appel à témoin

Ce lundi matin, un appel à témoin a été lancé, notamment auprès de la population des villages environnants. Terry Dupin apparaissait barbu, habillé de noir. Et c’est grâce à cet appel à témoin qu’un habitant de Condat sur Vézère a pu joindre les forces de l’ordre. « Un habitant du village nous a signalé un individu ressemblant au forcené près du hameau, en dehors de la zone délimitée par les forces de l’ordre », relate Gislain Réty.
« Nous avions plus de 200 gendarmes et un périmètre de 6km2 au moment le plus large, imaginez… Cela doit faire à peu près un gendarme tous les 50 mètres. Cela paraît proche mais ce n’est pas énorme pour autant".

Le périmètre n’était pas étanche complètement avec cette végétation très dense.

Gislain Réty

Le fugitif avait donc réussi à sortir de la zone bouclée par les forces de l’ordre pour se retrouver proche des habitations.

C’est au bas de cette Colline à Condat-sur-Vézère en Dordogne que l’interpellation du forcené a eu lieu après échanges de tirs
C’est au bas de cette Colline à Condat-sur-Vézère en Dordogne que l’interpellation du forcené a eu lieu après échanges de tirs © F3 Nouvelle Aquitaine / Philippe Niccolaï

Il avait réussi à retirer son bracelet électronique

Les gendarmes ne parvenaient pas à le localiser précisément depuis la veille. Dimanche matin 30 mai, des échanges téléphoniques avaient bien eu lieu entre les négociateurs et le forcené puis plus rien. Celui-ci avait coupé son téléphone qui du coup, ne « bornait » plus. 

Les drones et hélicoptères engagés au-dessus de cette zone de 4 km2 ne parvenaient pas à localiser le fugitif, la végétation était trop dense.

Gislain Réty

"Il faisait chaud et les caméras thermiques ne parvenaient pas à obtenir une empreinte thermique satisfaisante », poursuit le patron du GIGN, « donc ne restait que le visuel ». « Les chiens avaient donné des orientations mais pas de point précis, et le forcené était en plus très mobile ».

Par ailleurs, l’homme était parvenu à se dessaisir du bracelet électronique qu’il était contraint de porter depuis sa sortie de prison. C’est vraisemblablement à l’aide d’une grosse pince coupante qu’il a réussi à s’en débarrasser. « Moi je pense qu’il s’en est séparé juste après l’agression du conjoint de son ex-compagne », avance Gislain Réty sans nous en dire plus.

L’ex-militaire était parti trois fois en opérations extérieures

Que sait-on de cet homme âgé de 29 ans, Terry Dupin, ancien militaire ? "Il aurait effectué plusieurs opérations extérieures dont une au Mali », annonce Gislain Réty qui est aussi l’ancien patron de la gendarmerie de la Gironde.
« Il n’était pas dans les unités les plus en pointes. Il n’était pas dans les forces spéciales, il n’a pas de faits d’armes particuliers. Il était dans un régiment d’infanterie donc il était formé, il a été trois fois en opérations extérieures, notamment au Mali, mais jamais au feu ». Pourquoi a-t-il quitté l’armée ? « C’était de son fait a priori », répond Gislain Réty.

Un profil clairement suicidaire

« Il était dans une logique clairement suicidaire », confirme la patron du GIGN. « Ce matin, lors de la dernière négociation, il a fait mine de vouloir se tuer en mettant son arme sous son menton. Il savait bien qu’en tirant, le GIGN allait devoir riposter ». Avait-il l’intention de s’attaquer globalement aux forces de l’ordre ? Voulait-il tuer l’un d’entre eux de manière plus ou moins symbolique ? « Ce n’est pas aussi certain », doute le patron du GIGN.

De la même manière, avait-il l’intention de tuer le nouveau conjoint de son ex-compagne ? On sait que celui-ci a été blessé lors de l’altercation. « On ne sait pas, à ce stade, s’il l’a visé avec son arme », conclut Gislain Réty.

Une opération atypique

Depuis le début de l’année, les opérations se sont enchaînées pour le GIGN. « Parmi les plus médiatisées il y a eu Saint-Just où le GIGN est arrivé une fois l’auteur décédé, il y a donc eu un sentiment de frustration », relate Gislain Réty.
"Puis il y a aussi eu l’affaire des Cévennes où nous avons eu un rôle majeur, où le forcené, acculé, s’est rendu. Puis cette affaire en Loire-Atlantique, avec le sentiment de frustration de ne pas être arrivés plus tôt mais au final il n’y a pas eu de blessé chez nous ».  Ce week-end, le GIGN a fait face à un ancien militaire, de quoi donner un aspect particulier à cette nouvelle intervention.

C’est un ancien de l’armée, on l’a pris en compte, tout comme son passé judiciaire, médical, professionnel.

Gislain Réty

"On sait qu’il manipule les armes, qu’il peut avoir une formation militaire avec des notions de survie notamment, on prend en compte sa détermination", pousuit le directeur du GIGN. "Là, le GIGN a été vraiment en contact jusqu’au bout pour négocier et l’avoir vivant ».

Opération terminée. « Les hommes vont vite remonter à Versailles », conclut Gislain Réty qui rappelle que ce lundi matin, le GIGN était également engagé sur une autre opération à Montpellier.
Les 50 hommes du GIGN mobilisés en Dordogne sont déjà sur la route. Certains remontent par voie terrestre avec les véhicules blindés et tout le matériel logistique. Les équipes d’alerte ont été récupérées par un Puma de l’armée de terre. Place à l'enquête judiciaire.

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