L'emploi saisonnier dans le rouge : “ la double peine ” engendrée par la crise du coronavirus

Restaurant à Arcachon, Avril 2018 / © AFP
Restaurant à Arcachon, Avril 2018 / © AFP

Contrats annulés, pas de chômage partiel... Pas de travail, pas de droits pour être indemnisés par l'assurance chômage plus tard. La situation des travailleurs saisonniers inquiète. Les employeurs naviguent à vue et la saison estivale est incertaine. 

Par Denis Salles

C'était l'une des craintes de cette période de confinement : les conséquences économiques sur les entreprises et l'emploi. Parmi les métiers particulièrement touchés, les saisonniers.
La saison d'hiver a été raccourcie dans les stations de ski et personne ne sait comment va se passer celle d'été.
Une source d'angoisse pour des travailleurs dont l'équilibre financier tient sur ces mois de forte activité.
C'est le cas de Camille et Hugo, un jeune couple qui travaillait dans les Alpes durant l'hiver et qui devait rejoindre Mimizan, sur la côte atlantique dans les Landes, dès ce mois d'avril, pour commencer la saison estivale dans la restauration.
 

Pour eux, le confinement a été comme un coup de massue. D'abord, ils ont dû quitter leurs postes d'hiver en montagne en moins de 48 heures, ensuite ils se sont retrouvés sans emploi pour les six prochains mois.

Pour nous, c'était un coup dur. Cela fait plusieurs années qu'on fait la saison dans cette entreprise de Mimizan, et on adore les patrons. Mais l'établissement restera fermé jusqu'à juillet et même là on n'est sûrs de rien.

Alors Camille et Hugo ont dû chercher des solutions en urgence. Ils se sont donc tournés vers le seul secteur qui embauche de saisonniers en ce moment : l'agriculture.
Et leur bonne étoile leur a souri puisqu'ils ont réussi à trouver deux postes sur une exploitation où ils effeuillent les plans de tomate.

On s'adapte pas mal, même si ce n'est tout de même pas le métier que nous avions choisi. La rémunération n'est pas la même, la situation est précaire, compliquée... mais nous n'avons pas le choix!


Et encore, tous n'ont pas la chance de retrouver un emploi. Michel Larralde, de la CFDT Pays basque, voit passer bien des cas alarmants :

C'est vraiment très grave pour les saisonniers. Certains sont arrivés et avaient déjà trouvé un logement. Mais comme ils étaient en période d'essai, ils ont été remerciés au moment du confinement. Eux n'ont pas droit au chômage partiel et se retrouvent sans aucun revenu... mais ça n'est pas encore le pire. Comme ils ne travaillent pas en ce moment, ils ne pourront pas non plus acquérir les droits qui leur permettraient d'être indémnisés par l'assurance chômage des saisonniers.

Une double peine qui pourrait plonger certains travailleurs dans une très grande précarité. Aujourd'hui, pour le syndicaliste Michel Larralde, les pouvoirs publics doivent répondre à cette problématique. "Il y a des solutions. Par exemple, nous nous battons depuis des années pour que les travailleurs saisonniers puisse bénéficier de formations professionnelles. En cette période d'inactivité forcée, cela leur permettrait de se perfectionner dans leur métier, d'obtenir un certificat, tout en continuant à être rémunérés et à conserver leurs droits". 


Des saisonniers en situation précaire... un constat fait par l'ensemble des professionnels. A Mimizan, la plateforme NOMAD est un des interlocuteurs privilégiés des saisonniers pour tout le nord-ouest des Landes. Mise en relation avec les employeurs, solutions pour l'hébergement... la structure organise même chaque année des forums de l'emploi pour préparer la saisons estivale. Cette année, seulement deux ont pu se tenir, le troisième a été annulé pour cause de confinement. Un véritable crève coeur, d'autant plus que la saison s'annonçait bonne. En effet, il n'y avait jamais eu autant d'entreprises représentées sur ces manifestations, presque une centaine, en tout. 
 

Aujourd'hui Melissa, responsable de la plateforme, essaie tout de même de mettre en relation les saisonniers qui appellent avec de potentiels employeurs, mais la situation est loin d'être simple :

Normalement, les premiers postes sont pris en avril, mais cette année les contrats commenceront en juin voire juillet/août. Il y a beaucoup d'incertitude : tant qu'on ne qu'on n'a pas la date de réouverture des établissements touristiques, on ne peut rien prévoir. Certaines entreprises pourraient bien rester fermées cette année et d'autres risquent de travailler en effectifs réduits.

Selon l'INSEE, les saisonniers représentent 1,2% de l'emploi salarié de Nouvelle-Aquitaine en 2013. Ce sont 150 000 personnes qui sont concernées par ce type de contrats.
 

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