Les acteurs économiques face à la crise du coronavirus : peut-on éviter le choc ?

Avec une économie mise en veille, le confinement n’est pas vécu de la même façon par tous. Les petites et moyennes entreprises qui constituent 90% du tissu économique local en Gironde craignent de payer un très lourd tribut, les autres veulent rester optimistes.

Comment éviter le choc pour les entreprises à l'arrêt ou au ralenti. La galerie bordelaise dans le centre de Bordeaux, les commerces sont fermés.
Comment éviter le choc pour les entreprises à l'arrêt ou au ralenti. La galerie bordelaise dans le centre de Bordeaux, les commerces sont fermés. © Marie Neuville
Après presque quatre semaines de confinement, les inquiétudes commencent à flamber :
«Avec un rideau baissé, ça devient un tunnel sans fin et la casse sera terrible si on n’a pas plus de  garanties » craint ce restaurateur.

Au début il y avait de l’espoir, on disait on va rattraper après. Avec un confinement qui se rallonge, des clients qui sont plus rares, aujourd’hui notre moral est au plus bas.
Un responsable de TPE, très petite entreprise

En Gironde, un tiers des établissements seraient contraints à la fermeture.

Restaurants, fleuristes, pharmacies, artisanat, chantiers de travaux, starts-up constituent le poumon du quotidien. Aujourd’hui, nombreux sont ceux frappés de plein fouet .
Les chiffres des entreprises enregistrés par les professionnels en Gironde en témoignent :
Les Fleuristes ont fermé leur boutique. Comment repartir ?
Les Fleuristes ont fermé leur boutique. Comment repartir ? © Marie Neuville

Alors des voix s’élèvent comme celle de Philippe Loiseau, à la tête de la CPME de la Gironde (500 adhérents). 


Le commerce et l’artisanat lui coulent dans les veines. Les TPE et PME, c’est son ADN.  Aujourd’hui, Philippe Loiseau est sur tous les fronts et parle sans ambages :

«Quand tout s’arrête, pour éviter le crash social et humain, il va falloir que tout le monde joue le jeu : assurances, banques, état, c’est une question de responsabilités, celles de chacun ».   


Pour lui, la réussite d’un plan de reprise doit passer par trois leviers : en commençant par compenser la marge brute de l’entreprise et indemniser.

Les assurances doivent, en effet, ouvrir impérativement le fond des catastrophes naturelles  à celui de catastrophes sanitaires. 

Il est préférable de sauver les entreprises en place et les emplois qu’elles génèrent, plutôt que de créer de nouvelles  entreprises avec tout ce que cela implique.


Les banques devront, selon lui, faire les mêmes efforts pour tous, sachant que 90 % des aides seront prises en charge par l’état.
Et, pour lui, pas question de laisser quiconque sur le bord du chemin.

" Les banques qui n’ont que 10 % à sortir disent :  on ne prêtera pas à celles qui étaient en difficulté. Très bien mais où vont-elles mettre le curseur, qu’est-ce que cela veut dire ? Dans les campagnes des petites entreprises vivotent, dans les villes des petites starts-up sont fragiles… Il n’est pas question de donner au gros, laisser crever les petits pour avoir demain des gens ruinés."

Enfin le président de la CPME estime qu’il va falloir trouver des solutions afin d’assouplir les responsabilités pénales des chefs d’entreprises pour ce qui est des cas non délictuels :

" Dans la restauration ou le BTP par exemple ils seront frileux, l’emploi ne repartira pas, ils auront peur d’avoir des cas de décès liés au Covid-19  si ils ne sont pas protégés pénalement."

L’homme sait de quoi il parle, chiffres à l'appui :
1742 demandes traitées
1586 dossiers « accompagnement renforcé »


Jour après jour, pour éviter une fracture sociale et l’émergence de nouveaux pauvres, Philippe Loiseau prépare le redémarrage en  actionnant  tous les leviers et termine en glissant une touche d’humour : il y aura une reprise mais dans quelles conditions :  

Vous imaginez quand on pourra retourner au restaurant comment fera t-on pour manger avec un masque ou se parler si on est à 2 mètres ? fini les confidences…. sans compter que les petits restaurateurs n’auront pas les moyens de pousser les murs. "

Des secteurs à 100 %


Si, d’un côté, des sonnettes d’alarme sont tirées, d’autres secteurs néanmoins connaissent moins d'incidences. 

Le transport, l’alimentaire par exemple tournent à 100 %. Le numérique  et le service sont aussi plus préservés grâce à une mise en télétravail mais cela à un coût.  Tout le monde n’a pas le budget.
 
Les grandes surfaces tirent leur épingle du jeu durant la crise du coronavirus.
Les grandes surfaces tirent leur épingle du jeu durant la crise du coronavirus. © Marc Olivier MAXPPP

Interrogé sur la situation actuelle, Franck Allard le patron du Medef de la Gironde, qui représente 12 000 entreprises, parle de brouillard, d’absence de cap pour raison sanitaire car  personne ne sait comment l’épidémie va se comporter Aquitaine. Il regarde, pour sa part, avec satisfaction les dispositifs économiques qui ont été débloqués :

L’Etat a été très réactif, très positif. Certes, on en attendait pas moins mais globalement, il a mis en place les moyens pour essayer de maintenir les entreprises hors de l’eau.

Les jeunes entreprises plus fragiles


Et  Franck Allard de reconnaître : " Certaines comme les jeunes, par exemple, si elles ne sont perfusées en oxygène par les pouvoirs publics, auront du mal à s’en remettre à la reprise. "

Et si certains imaginent qu’être dans une région moins touchée par l’épidémie est un atout dans le cadre du redémarrage économique, il n’en est rien. Le patron du Medef de la Gironde estime que si rien n’est cassé, la tension est là et cela n’offre en rien des garanties de reprises plus faciles :

Aucune région ne sera épargnée économiquement, il n’y aura pas moins de dégâts ici qu’ailleurs; il y aura partout une addition à payer. 

D’autant que les industries locales sont vulnérables. La Gironde comme le reste de la région est peu ou pas industrialisée en dehors de l’aéronautique. C’est de fait une terre principalement d’agriculture, de viticulture, de tourisme.

" Il est difficile de trouver des alternatives pour les entreprises qui font face à une pénurie de main d’œuvre ou qui sont clients. En plus, nous avons beaucoup d’entreprises à capitaux familiaux il faudra voir si elles peuvent remettre de l’argent dans leur entreprise ".


A ce jour, 86 % des entreprises ont déclaré une baisse de chiffres d’affaires, 55% une baisse de fréquentation, 32% des difficultés d’approvisionnement.

Franck Allard est lui-même à la tête d’un groupe d’assurances  avec des implantations  en Gironde et en Espagne et des centaines de salariés.
Les services font partie des secteurs qui tirent bien leur épingle du jeu. Il conclut avec cette certitude que le travail à domicile là, où c’est possible, aura fait bouger les lignes, il faudra le maintenir le plus possible dans la sortie de crise quand l’objet professionnel le permet.     
En Gironde, les chiffres à retenir
 
  • 20 000 : c’est le nombre de demandes d’entreprises enregistré pour bénéficier de l’activité partielle soit :
  • 165 000 salariés
  • 73 millions de volume d’heures
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