"Barquette d'excrément en plein visage", "agression au couteau", les surveillants de la prison de Gradignan s'indignent

La prison de Gradignan en Gironde est une des plus surpeuplées de France avec 880 détenus pour 434 places. Ces derniers jours, des gardiens ont été agressés, parfois violemment. C'est ce qui les pousse à manifester ce lundi 26 février.

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"Aujourd'hui, on est arrivé aux limites de ce qu'on peut accepter", explique Francis Vandenschrick, délégué syndical Force Ouvrière. "La semaine dernière, on a eu une agression mardi, mercredi et jeudi. Mardi, un détenu a tenté de poignarder au couteau le visage d'un de nos collègues. Heureusement, il a effectué des gestes professionnels pour pouvoir protéger sa vie. On a évité un drame de peu. Mercredi, c'était une collègue qui recevait une barquette d'excrément en plein visage. Et jeudi, c'est un collègue qui était agressé à la tête aussi. Il faut savoir qu'il y a quelques années des agressions sur le personnel, c'était quelque chose d'assez exceptionnel. C'est devenu presque notre pain quotidien chaque jour".

On passe sur les insultes mais maintenant on est sur des agressions physiques. 

Francis Vandenschrick

représentant FO des surveillants de la prison

"Sur le bâtiment A, on est à presque 230% "

Francis Vandenschrick et ses collègues ont manifesté ce lundi 26 février devant le centre pénitentiaire de Gradignan dans l'agglomération de Bordeaux. Une poignée d'hommes et de femmes réunis autour d'un feu de palette pour dénoncer la dégradation leurs conditions de travail liées à la surpopulation de cette prison. "Sur l'ensemble du centre pénitentiaire, on est sur plus de 200% de surpopulation", explique le représentant syndical. "Alors que sur le bâtiment A, on est à presque 230%. Cela se traduit par 130 matelas au sol actuellement. Vous imaginez, trois détenus qui vivent dans 9 m², dont un qui dort par terre tous les jours. Vous rajoutez dans la cellule un lavabo et un toilette. Je vous laisse imaginer la place qu'il reste pour vivre". 

Monique De Marco, sénatrice EELV de la Gironde, s'est rendue aux côtés des gardiens devant la prison ce lundi pour leur témoigner son soutien. "Je suis déjà venue précédemment ici", rappelle-t-elle. "C'était il y a deux ans pour voir les conditions de détention (..). Elles sont vraiment extrêmement précaires". 

ll y a une surpopulation ici dans cette prison de Gradignan qui n'est pas acceptable.

Monique de Marco

Sénatrice écologiste EELV de la Gironde

L'Observatoire International des Prisons  (OIP) a réalisé un rapport sur les conditions de détention dans l'établissement. Et ses conclusions étaient sans appel. Mais dans une décision du 10 novembre 2022, le Conseil d’État avait rejeté la requête formée par l’OIP, l’Ordre des avocats du Barreau de Bordeaux, le SAF et l’A3D à propos du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan qui demandait des améliorations.  

Un seul agent pour gérer le passage à la douche de 110 détenus

Aujourd'hui, on dénombrerait à Gradignan 300 agents, 40 postes vacants ainsi qu'un certain nombre de personnels en arrêt maladie. 

Le représentant syndical travaille depuis sept ans à Gradignan. "Avant, on avait à peu près 80 détenus par étage", détaille Francis Vandenschrick. "Et on était deux personnels pour gérer cette population. Aujourd'hui, il y a plus de cent détenus par étage et vous êtes tout seul pour les gérer. Au lieu de passer 40 douches à un étage, vous devez en passer 110. Ce n'est plus du tout le même métier. Vous passez votre journée à ne faire que cela : envoyer des gars à la douche avec toutes les tensions que cela crée entre eux". 

Une situation dénoncée depuis de nombreuses années par le personnel pénitentiaire.

"J'attends de notre ministère de tutelle qu'il prenne les bonnes décisions pour rendre notre travail plus facile et qu'on puisse travailler à nouveau de façon digne", poursuit Francis Vandenschrick.

"Ce n'est pas à nous de leur trouver les solutions. Ils sont là pour y réfléchir. C'est à eux de prendre leurs responsabilités. Nous, nous venons tous les jours pour travailler et faire un métier qu'on aime à la base. Donc, à eux de faire en sorte qu'on travaille dans les meilleures conditions possibles". 

La taille de la nouvelle prison questionne

Un nouveau bâtiment doit être inauguré en mai prochain. Première étape d'un nouveau centre pénitentiaire de 600 places à l'horizon 2027. "J'ai interpellé le garde des Sceaux (sur la situation à Gradignan, ndlr). Il m'a été répondu que la nouvelle prison qui est en construction allait pouvoir régler le problème de cette surpopulation".

En définitive, on se rend compte que la nouvelle prison est déjà pleine avant qu'elle soit livrée.

Monique de Marco

Sénatrice EELV de la Gironde

Une vision partagée par Francis Vandenschrick. "Cela ne sera pas suffisant", dit-il. "Quand on nous a annoncé la création de ce bâtiment, on savait déjà qu'il serait trop petit d'environ 200 places. Ça, c'était l'année dernière. Aujourd'hui, en février 2024, on est à 300 places en dessous des capacités de ce futur établissement. Donc qu'est-ce que cela va être d'ici à la fin de l'année ? À cette allure-là, on ne pourra pas tenir". 

Des renforts attendus

La sénatrice écologiste Monique de Marco a indiqué ce matin qu'elle reviendrait sur place d'ici quelques semaines afin de suivre l'évolution de la situation. "Pour savoir si en deux ans il y a eu une amélioration ou détérioration des conditions de détention", dit-elle. "Il va y avoir des stagiaires et du personnel complémentaire. Mais, est-ce que cela sera suffisant ? Nous allons voir cela très prochainement avec l'administration et le personnel quand les stagiaires et le nouveau personnel seront arrivés. Je crois qu'il y a urgence à résoudre ce problème de condition carcérale en France et les conditions de travail de ces personnels de ces prisons car tout est lié". Cette visite pourrait avoir lieu le 11 mars prochain.