Blanquefort : le site de l'ancienne usine Ford se met à l'heure H comme Hydrogène

Alors que l'ancienne usine Ford est en cours de démantèlement, l'avenir du site de Blanquefort commence à se dessiner. Hydrogène de France doit s'installer en 2023. Le projet a été retenu par la Nouvelle-Aquitaine, la ville de Blanquefort, et Bordeaux Métropole, propriétaire du terrain.

L'usine Ford de Blanquefort bientôt rayée de la carte
L'usine Ford de Blanquefort bientôt rayée de la carte © Jean-François Géa

Après plus de quarante ans de boîtes de vitesse, Blanquefort passe aux piles à combustible... Mieux qu'un changement de modèle industriel, un changement d'époque. Ce que Hanane El Hamraoui, la directrice industrielle de la PME girondine Hydrogène de France résume en une formule :

Le site de Blanquefort va passer de l'industrie du XXème siècle, à celle du XXIème.

Hanane El Hamraoui, Directrice Industrielle d'Hydrogène de France

L'entreprise installée depuis 8 ans à Lormont, sur la rive droite de Bordeaux, cherchait un terrain depuis près de deux ans pour passer de la phase recherche et développement, à l'étape de l'industrialisation. 

L'hydrogène en lice

Fondée par Damien Havard, Hydrogène de France compte aujourd'hui une trentaine de salariés. La construction de l'usine à Blanquefort devrait permettre la création d'une centaine d'emplois industriels dès 2023. Et rapidement beaucoup plus, assurent les dirigeants de la jeune société, si le marché des piles à combustible tient toutes ses promesses.

"C'est un produit très intéressant partout où le prix de l'électricité est élevé : Asie, Indonésie, Afrique du Sud, Amérique Latine ou Centrale" précise Sylvain Charrier, Directeur du développement chez Hydrogène de France.

La jeune entreprise Girondine travaille sur deux axes de développement. La création de centrales électriques d'un nouveau genre à base de stockage d'hydrogène. "Nous sommes en train, en association avec le fonds d'infrastructure français MERIDIAM,  d'implanter en Guyane, la  première grande centrale électrique à hydrogène au Monde" explique Sylvain Charrier. " D'une capacité de 10 Megawatts, elle pourra alimenter l'équivalent de 50 000 personnes"
Deuxième axe de travail : La fabrication de piles à combustible de forte puissance. Des piles de la taille de containers maritimes, capables de produire à la demande 1,5 Megawatts d'électricité verte par heure. C'est ce type de batterie qu'Hydrogène de France veut concevoir dans sa future usine de Blanquefort.

Exemple d'une pile à combustible installée en Martinique
Exemple d'une pile à combustible installée en Martinique © Hydrogène de France

La future usine s'implanterait sur un site de trois hectares. Bordeaux Métropole, propriétaire du terrain dit "des circuits" à Blanquefort, a lancé en mars 2020, "un appel à manifestation d'intérêts". 
Le projet d'Hydrogène de France a été retenu parmi d'autres candidatures, notamment un programme d'aménagement autour du bois ou une plateforme logistique dans le secteur du vin. 

Depuis l'annonce du départ de Ford, nous avons insisté sur le fait que ce site est un site industriel. Il doit le rester.

Véronique Ferreira, maire (PS) de Blanquefort

Les engins de démolition devant les restes de l'usine Ford de Blanquefort
Les engins de démolition devant les restes de l'usine Ford de Blanquefort © Jean-François Géa
Amas de tôles sur le site de l'ancienne usine Ford de Blanquefort
Amas de tôles sur le site de l'ancienne usine Ford de Blanquefort © Jean-François Géa

Les prémices d'une nouvelle vie pour le site

L'objectif est d'offrir à des entreprises en développement ou émergentes, un terrain, dans une période et un secteur où le foncier est rare et cher.
Treize hectares sont ainsi à exploiter. Bordeaux Métropole en est propriétaire depuis la rétrocession opérée par le groupe Ford. Il s'agit d'un terrain, non bâti, voisin des anciens bâtiments Ford en cours de démolition.

Après un an d'étude des différentes candidatures, Bordeaux Métropole, la Région Nouvelle-Aquitaine, et la commune de Blanquefort ont donc retenu le projet porté par Hydrogène de France.

"Onze personnes ou sociétés ont répondu à cet appel à manifestation d'intérêts", explique Véronique Ferreira, maire (PS) de Blanquefort et Vice-présidente de Bordeaux Métropole. 
L'élue girondine se réjouit que le site se tourne vers une énergie d'avenir.

Image de synthèse de la future usine d'Hydrogène de France à Blanquefort
Image de synthèse de la future usine d'Hydrogène de France à Blanquefort © Patriarche

La future usine d'Hydrogène de France devrait s'étendre sur environ trois hectares. Mais l'appel à manifestations d'intérêts a aussi permis aux élus métropolitains de rencontrer d'autres industriels, et d'engager des discussions pour occuper les 10 hectares encore disponibles.

Des discussions sont engagées. Mais depuis Ford, j'ai pris l'habitude de ne pas parler trop tôt. Nous avons envie d'aller au bout avec Hydrogène de France. C'est un long processus et nous n'en sommes qu'au début.

Véronique Ferreira, maire (PS) de Blanquefort

Le projet est bien engagé, mais rien n'est encore signé. Hydrogène de France doit finaliser son plan de financement. Viendra ensuite le temps de négocier les conditions de mise à disposition du terrain.  Mise à disposition qui ne sera pas gratuite.

Pour lancer la phase d'industrialisation, l'entreprise prévoit d'investir 15 millions d'euros. Une campagne de levée de fonds est en cours. L'avancée des discussions est confidentielle, mais les dirigeants de la jeune société se disent "confiants dans (leur) capacité à réunir l'argent et espèrent annoncer une levée de fonds au-delà des 15 millions d'Euros, dés cet été"

Pour développer leur pile à combustible révolutionnaire, les jeunes entrepreneurs se sont associés avec le groupe canadien Ballard Power Systems bien connu en Nouvelle-Aquitaine puisqu'il équipe le bus à hydrogène Fébus à Pau.  

Fébus, le bus à hydrogène de Pau
Fébus, le bus à hydrogène de Pau

En exclusivité mondiale, Hydrogène de France a négocié un transfert de technologie,  pour utiliser, à Blanquefort, le savoir-faire de Ballard Power Systems, (Fabrication de "coeurs de piles") et produire en série, des piles à combustibles plus grandes et plus puissantes.

Ces piles à combustibles, fonctionnent comme un groupe électrogène, sans le bruit, ni l'odeur, ni la pollution.

Sylvain Charrier, Directeur du développement Hydrogène de France

Les piles à combustible, comme les centrales à hydrogène, viennent en complément des énergies renouvelables alternatives, comme les éoliennes ou les panneaux photovoltaiques.

Image de synthèse d'une piles à combustible
Image de synthèse d'une piles à combustible © Hydrogène de France

L'électricité produite par les panneaux solaires ou les éoliennes permet de faire tourner un électrolyseur. La réaction chimique sépare la molécule d'hydrogène (H) de l'eau (H2O). L'hydrogène ainsi obtenu est ensuite stocké puis utilisé pour mettre en marche la pile à combustible et produire de l'électricité, lorsque le vent se calme ou que le soleil se cache. 

Avant même, le lancement de la fabrication, Hydrogène de France assure avoir prospecté et séduit de futurs clients. Le carnet de commande serait déjà bien rempli. 

Si les conditions financières sont réunies et que le projet va à son terme, la première pile à combustible devrait sortir d'usine à l'été 2023.  

Implantation sous conditions

A cette période, les travaux de déconstruction et surtout de dépollution de l'ancienne usine Ford seront achevés. Soixante-dix hectares seront alors disponibles. Ford toujours propriétaire de cette parcelle pourra la vendre au plus offrant. Mais Bordeaux Métropole compte malgré tout garder un œil sur ce site.  

"A l'automne dernier, les élus ont pris une délibération pour un périmètre de prise en considération" explique Véronique Ferreira "En clair Bordeaux Métropole s'accorde un droit de regard sur les futurs projets d'implantation, pour étudier très largement leur intérêt pour le territoire".  

Une façon de rappeler encore une fois le caractère industriel du site de Blanquefort.  Une manière aussi très politique de dire que Bordeaux-Métropole ne veut pas d'une grande plateforme logistique quand bien même se nommerait-elle Amazon.
 

 
 

 
 

 
 

 

 

 

 

 

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