Getrag Blanquefort : trois salariés menacés de licenciement, appel à la mobilisation ce mardi

Trois représentants du personnel de Getrag à Blanquefort (Gironde) sont convoqués par leur direction dans le cadre d'une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement. Les syndicats dénoncent un climat de répression et appellent à un nouveau rassemblement mardi 27 avril à 13 h.

Les salariés se sont réunis à Blanquefort ( archives 10 septembre 2020 )
Les salariés se sont réunis à Blanquefort ( archives 10 septembre 2020 ) © Cendrine Albo - France 3 Aquitaine

"On veut nous dissuader de toute mobilisation et de toute action." Pour le secrétaire CGT de Getrag Ford Transmissions à Blanquefort, également élu au conseil économique et social (CSE), le message envoyé par son employeur est clair.

Vincent Teyssonneau fait partie des trois salariés convoqués par la direction de l'usine de transmission automobile, désormais propriété du canadien Magna. Comme lui, un autre élu du CSE ainsi qu'un délégué syndical Force Ouvrière (FO) sont visés par une procédure disciplinaire qui, dans le pire des cas, pourrait déboucher sur un licenciement. "A part s'être garé sur un bout de pelouse ou avoir oublié de mettre nos bouchons d'oreille dans l'usine, on ne voit pas ce qu'on a pu faire qui justifie cette convocation, s'étonne Vincent Teyssonneau. On a eu le droit à une petite communication en interne disant qu'on affolait tout le monde, juste parce qu'on n'aurait pas respecté un point du règlement intérieur."

Carte : l'usine Getrag Ford Transmissions à Blanquefort

Pour ce secrétaire CGT, le fait que seuls des représentants du personnel soient visés sur une courte période ne peut pas être un hasard, bien que 70% de salariés sont syndiqués. "Un tir groupé sur trois délégués en même temps avec risque de licenciement, ce n'est jamais arrivé depuis 1972, affirme-t-il. C'est une attaque contre l'intersyndicale."

"C'est une simple coïncidence"

Olivier Boidin, directeur des ressources humaines du site

"Il n'y a aucun but derrière, c'est une simple coïncidence, réfute Olivier Boidin, directeur des ressources humaines du site. Les faits n'ont rien à voir les uns avec les autres. Ils essaient de faire passer cela pour de la répression syndicale parce qu'ils sont élus, mais au même titre que n'importe quel salarié, ils n'ont pas de passe-droit et doivent respecter les règles."

Ferme, le DRH se dit toutefois compréhensif face aux inquiétudes et tente de rassurer : "Ce qui a créé cet emballement, c'est que dans le cadre de leur convocation, on a effectivement indiqué que les sanctions pourraient aller jusqu'au licenciement. Mais avant d'en arriver à cette extrémité, il faut qu'on en discute au cours de l'entretien."

Pour Vincent Teyssonneau, la convocation est prévue ce mardi à 14 h. D'où cette mobilisation, prévue une heure plus tôt, qui permettra aux équipes matinales de rejoindre le rassemblement, voire à certains d'user de leur droit de grève. Philippe Poutou, ancien salarié de Ford et leader du mouvement Bordeaux en Luttes, sera de passage tout comme Fabien Gay, sénateur communiste de Seine Saint-Denis originaire de la capitale aquitaine. Une pétition en ligne a également été lancée.

Le spectre de licenciements massifs

Au-delà de ces trois convocations, ce rassemblement représente une nouvelle occasion pour les salariés d'alerter sur l'avenir de leur usine et de leurs emplois. Plus de 500 départs ont été actés depuis l'annonce du retrait de Ford en 2017. "En 2020, on a encore eu 93 départs volontaires, mais aucune arrivée, affirme le secrétaire de la CGT. Presque 100 personnes sur une année, ça montre qu'ils ont déjà commencé leur tactique de dégraissement des effectifs."

Selon les syndicats, un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) devrait entrer en vigueur en 2022. Avec un carnet de commandes de moins en moins rempli, l'usine se retrouverait en sureffectif et 350 personnes, soit près de la moitié des salariés, seraient poussées vers la sortie... avant une fermeture définitive du site d'ici fin 2024. "C'est ça le vrai combat : maintenir une activité, trouver un nouveau produit, de nouveaux clients, martèle Vincent Teyssonneau. Magna ne peut pas reprendre le site sans apporter de nouvelles perspectives et de nouveaux projets."

Magna est l’actionnaire unique de l’usine depuis le 1er mars 2021.
Magna est l’actionnaire unique de l’usine depuis le 1er mars 2021. © S.Delalot

Du côté de la direction, le discours est tout autre. "Il n'y a pas de PSE prévu en 2022, dément Olivier Boidin. Aujourd'hui, nous avons un plan d'investissement de 10 millions d'euros pour améliorer et moderniser nos infrastructures, et rendre l'entreprise autonome par rapport à l'ancienne usine. Il est très important qu'on soit indépendant de Ford pour qu'on puisse prendre la main sur l'entreprise et commencer à développer le site."

Alors que l'entretien du représentant FO a déjà eu lieu début avril, le dernier convoqué rencontrera la direction le 4 mai. Comme Vincent Teyssonneau, ils disposent d'un statut de salarié protégé grâce à leur mandat syndical ou d'élu au CSE, qui devrait leur permettre d'éviter le pire. Seule une faute grave, une faute lourde ou une inaptitude avérée justifierait leur licenciement.

 

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