[ MA TERRE ] Changement climatique : notre forêt est-elle en danger ?

© France 3 Aquitaine
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Réponse avec Sylvain Delzon, le "Monsieur Arbre" à l'Inra Bordeaux. Directeur de recherche au département écologie de l'arbre, c'est l'un des spécialistes mondiaux de l'impact des changements climatiques sur les forêts du globe et de la sécheresse sur les végétaux.

Par America Lopez

Est-ce que les forêts sont en danger ? C'est une question que l'on me pose souvent.
Sylvain Delzon, directeur de recherche à l'Inra Bordeaux

Certaines forêts sont en danger immédiat

Sylvain Delzon travaille à l'Inra ( Institut national de recherche agronomique ) au département écologie de l'arbre, et plus particulièrement de l'impact de la sécheresse sur les populations d'arbres dans le monde. Selon lui, l'état des lieux est différent selon où l'on se trouve sur le globe.

Si on parle de la forêt tropicale notamment en Amazonie, alors oui la forêt humide est en danger et la déforestation est extrêmement rapide.
Sylvain Delzon, directeur de recherche à l'Inra

"En revanche, si l'on parle des forêts en Europe, leurs superficies sont en constante augmentation ces dernières décennies. Malgré tout, il y a des différences selon les aires de répartition : par exemple, les forêts de hêtres vont mal au Sud de la France"
 
Sylvain Delzon dirige un laboratoire de recherche à l'Inra sur l'impact de la sécheresse sur les arbres et les végétaux comme la vigne. Il a créé des appareils, les cavitrons, qui testent la résistance d'échantillons de bois à la sécheresse. / © América Lopez/France 3 Aquitaine
Sylvain Delzon dirige un laboratoire de recherche à l'Inra sur l'impact de la sécheresse sur les arbres et les végétaux comme la vigne. Il a créé des appareils, les cavitrons, qui testent la résistance d'échantillons de bois à la sécheresse. / © América Lopez/France 3 Aquitaine


Comment se porte la forêt des Landes de Gascogne ?

Le massif forestier du sud-ouest qui est le plus grand massif cultivé en Europe avec plus d'un million d'hectares de pins maritimes, se porte très très bien.
Sylvain Delzon 

Sur le site de l'Inra Cestas-Pierreton, en Gironde, les chercheurs de l'Inra observent des parcelles d'arbres dont le pin maritime de souche landaise. L'une de ces parcelles expérimentales compte une trentaine d'essences. Appelée "arboretum", elle fait partie d'un réseau européen de recherche qui va de l'Ecosse au Sud du Portugal.

Dans cet arboretum, on mesure les arbres (taille et circonférence des troncs) pour voir comment ils se comportent avec le changement climatique.
Frédéric Bernier, chercheur à l'Inra


Anticiper la forêt de demain 


Christophe Plomion, généticien à l'Inra, étudie la variabilité des essences pour anticiper la forêt de demain. Un travail essentiel pour la forêt des Landes de Gascogne, qui est le massif forestier le plus grand en Europe avec plus d'un million de pins maritimes cultivés. La filière bois-papier emploie 225 000 personnes en Nouvelle-Aquitaine.

"Par exemple, on observe le comportement d'un pin landais et d'un pin de souche marocaine. Aujourd'hui, le pin maritime de souche landaise est très bien adapté à son milieu (sécheresse en été et les racines dans l'eau en hiver). Mais, les prévisions climatiques pour les prochaines décennies sont très alarmistes et annoncent des périodes de chaleur plus intenses et plus longues dans notre région", explique Christophe Plomion.

Anticiper la forêt de demain est donc un enjeu économique et écologique pour la forêt des Landes de Gascogne.
Chritophe Plomion, généticien à l'Inra

Les recherches de Sylvain Delzon sont utilisées par ces collègues pour comprendre l'impact de la sécheresse sur notre forêt et trouver les essences qui résisteront le mieux aux changements climatiques dans le futur.

VIDEO► L'interview de Sylvain Delzon, spécialiste de l'arbre à l'Inra ►
Réchauffement climatique : notre forêt est-elle en danger ?
Retrouvez l'interview de Sylvain Delzon, le "Monsieur arbre" de l'Inra Bordeaux. Directeur de recherche au département écologie de l'Inra, il est un des spécialistes mondiaux de l'impact du réchauffement climatique sur les forêts du globe. Pour lui, il n'y pas d'inquiétude pour l'instant concernant la forêt des Landes de Gascogne...


Son labo de recherche est l'un des mieux équipés au monde

Sylvain Delzon est reconnu mondialement pour ses travaux en hydraulique et ses résultats sur la résistance à la sécheresse des arbres, et "il a fait évoluer à toute vitesse les recherches sur l’adaptation des forêts aux changementx climatiques. Il a reçu le 8 décembre 2015 le Laurier Espoir", précise l'Inra.

Dans son laboratoire situé sur le campus universitaire de Bordeaux-Talence, qu'il a baptisé "Cavi Place", les chercheurs viennent du monde entier tester des échantillons d'arbres dans des machines appelées "cavitrons". Ce sont des sortes de centrifugeuses qui testent la résistance du bois à la sécheresse. Il y a seulement trois laboratoires de ce type dans le monde.
 
Image de cavitation de l'arbre : depuis 2005, les chercheurs de l’Inra ont réalisé plusieurs avancées marquantes dans la compréhension de l’embolie gazeuse, principale cause de mortalité des arbres en cas de sécheresse sévère. / © Sylvain Delzon/INRA
Image de cavitation de l'arbre : depuis 2005, les chercheurs de l’Inra ont réalisé plusieurs avancées marquantes dans la compréhension de l’embolie gazeuse, principale cause de mortalité des arbres en cas de sécheresse sévère. / © Sylvain Delzon/INRA
Image d'illustration de l'embolie de l'arbre (bulles d'air dans les vaisseaux), principale cause de mortalité des arbres frappés par la sécheresse. / © Sylvain Delzon/INRA
Image d'illustration de l'embolie de l'arbre (bulles d'air dans les vaisseaux), principale cause de mortalité des arbres frappés par la sécheresse. / © Sylvain Delzon/INRA


Les recherches de Sylvain Delzon portent sur "l’embolie gazeuse (ndlr comme l'embolie chez l'homme) qui représente une des causes principales de la mortalité des arbres lors de sécheresses sévères. L’embolie gazeuse est une conséquence de la cavitation, c’est-à-dire une entrée d’air dans le circuit de circulation d’eau des arbres, ce qui entraîne la rupture de ce circuit. Dans un contexte de réchauffement climatique, ce dysfonctionnement hydraulique est devenu un sujet de préoccupation majeur".
 

L'arbre le plus résistant au monde est australien


Pour ses recherches, Sylvain Delzon voyage régulièrement. En Australie, il a découvert avec des collègues austaliens un arbre particulièrement résistant à des sécheresses extrêmes : il s'agit du cyprès australien, le callitris tuberculata.

Le cyprès australien résiste à des sécheresses extrêmes, avec moins de 80 mm de pluie par an, c'est quasiment un désert. Grâce aux appareils qu'on a développés à Bordeaux, on a pu déterminer les mécanismes physiologiques et anatomiques des vaisseaux de cet arbre qui lui permettent de résister.
Sylvain Delzon, Inra

Sylvain Delzon mène par ailleurs des recherches sur la vigne dont l'enjeu économique est important pour la région et la France. La vigne souffre aussi de la sécheresse et la production diminue ces dernières années.


VIDEO
Voici notre reportage sur l'impact de la sécheresse sur le milieu aquatique et forestier dans  notre région avec Sylvain Delzon qui parle de son travail de recherche et le l'état de santé du massif des Landes de Gascogne :
 
L'impact de la sécheresse sur le milieu aquatique et forestier en Aquitaine


"Pas assez d'arbres en ville, et c'est un énorme problème en écologie urbaine"

Qui s'intéresse aux arbres en 2019 ? Pas grand monde à en croire Sylvain Delzon. "L'arbre c'est du long terme, car ceux que l'on plante aujourd'hui, ce seront des forêts dans 150 ou 200 ans. Or, les politiciens s'intéresssent davantage au cours terme, du coup ce n'est pas évident de les intéresser à la recherche forestière".

La recherche sur le blé ou la vigne intéresse bien plus, car c'est plus rentable. La sylviculture ne rapporte pas beaucoup.
Sylvain Delzon

Du coup, il y a peu d'argent public investi dans la recherche sur l'arbre. Et pourtant, l'arbre est sans aucun doute notre meilleur ami pour le futur en particulier dans les villes.

A Bordeaux, par exemple, ça manque de "vert". C'est très minéral. Il y a énormément de places au sein de la ville où il n'y a pas un seul arbre. On voit bien que la place de l'arbre n'a pas été faite et que les gens n'ont pas considéré qu'il était important. Et ça, c'est un énorme problème en écologie urbaine. Sylvain Delzon.

Or, "les arbres permettent par exemple de maintenir en ville une température plus basse en cas de canicule parce que ça fait de l'ombre et il y a aussi moins de rayonnements au sol". Le chercheur cite l'Australie où dans de nombreuses grandes villes, "les arbres sont obligatoires pour protéger les aires de jeux d'enfants sinon ils ne pourraient pas sortir en extérieur".

Petit clin d'oeil : le prénom Sylvain est un dérivé du mot latin "silva" qui signifie "forêt", Sylvain Delzon était sans doute prédestiné à devenir un passionné d'arbres. Ses préférés sont les conifères...

►Plus d'info sur l'aspect "végétalisation des villes"avec le travail de Yves Brunet scientifique à l'unité ISPA du Centre INRA Nouvelle-Aquitaine ,  cliquez ici

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