Confinement : le salon de coiffure, dernier lieu d’échanges et de lien social

Contre toute attente, les salons de coiffure sont ouverts pour ce troisième confinement, un soulagement pour des clients qui profitent d’un service bien plus qu’esthétique.

Dolores réalise une mise en plis pour Ginette, une technique de plus en plus rare dans les salons de coiffure
Dolores réalise une mise en plis pour Ginette, une technique de plus en plus rare dans les salons de coiffure © Stéphanie Letournel

C’est une histoire de salon de coiffure qui commence dans un immeuble résidentiel. Ginette a 88 ans, « je vais sur mes 89 ans ! » précise-t-elle. Méloée, assistante coiffeuse est venue la chercher à son domicile, à quelques mètres du salon, pour l’aider à descendre les deux marches qui la séparent du monde extérieur. Avant la crise sanitaire, quand les restaurants du quartier étaient ouverts, il y avait toujours quelqu’un pour l’aider à sortir de chez elle.

C’est donc sa seule sortie de la semaine. Chaque vendredi, Ginette se rend au salon de coiffure à quelques mètres de son appartement du quartier Saint-Pierre, dans l'hyper-centre de Bordeaux. « Je ne peux plus lever les bras, donc je ne peux ni me laver les cheveux, ni me coiffer » se désole l’octogénaire.
Pour cette ancienne coiffeuse, il est impensable de manquer ce rendez-vous hebdomadaire, même s’il lui faut une demi-heure pour s’habiller - seule - avant de sortir. « Je n’ai jamais été négligée, et tant que je le pourrai, je ne serai pas négligée ! » affirme-t-elle.

Méloée, assistante coiffeuse, lave les cheveux de Ginette avant sa mise en plis hebdomadaire
Méloée, assistante coiffeuse, lave les cheveux de Ginette avant sa mise en plis hebdomadaire © Stéphanie Letournel

Un trajet de quelques mètres en déambulateur orthopédique et voilà Ginette installée au bac à shampoing du Salon Saint-Pierre de Dolores Lambert. « Ah, ça fait du bien… Allez-y hein, frottez bien ! » lance-t-elle à Méloée qui lui masse le cuir chevelu…

Dolores est toujours de bonne humeur, elle nous fait rire ! 

Jacqueline, cliente du Salon Saint-Pierre

Si elle déclare ne venir que pour se faire coiffer, la machine à laver qui tombe en panne et les petits bobos du quotidien de Ginette n’ont pas de secret pour les coiffeuses du salon. « Et puis je vois Jacqueline », avoue-t-elle.

Jacqueline, c’est sa copine du salon de coiffure. Elle vient aussi tous les vendredis matin. Née en 1935, la Bordelaise souffre énormément de cette crise sanitaire. « Ça réveille des souvenirs de devoir faire la queue pour acheter du pain » soupire-t-elle. Ce qui lui manque, c’est le contact.
Si elle vient au salon toutes les semaines, c’est pour passer un bon moment : « Dolores est toujours de bonne humeur, elle nous fait rire ! » Au point que parfois ses amis lui demandent « Tu vas chez le coiffeur ? Mais tu es déjà coiffée ! » s’amuse-t-elle. « C’est comme un soin, c’est bon pour le moral ! » ajoute Nadine, qui vient d’arriver pour une couleur.

Un lieu de rencontres

Selon Dolores la gérante, les rencontres sont plus propices chez le coiffeur que dans un bar : « Je vois beaucoup de clients échanger entre eux, alors qu’ils ne se connaissent pas, des amitiés qui se créent ». Les discussions tournent autour de la cuisine, des précédents voyages, et bien sûr, de l’incontournable Covid et des vaccins ! « Venir ici et ne pas parler, ce serait difficile ! » plaisante Monique, pendant son brushing.

Dolores termine de coiffer Monique, qui vient chaque vendredi après-midi "pour voir du monde"
Dolores termine de coiffer Monique, qui vient chaque vendredi après-midi "pour voir du monde" © Stéphanie Letournel

« On est les seuls commerces à pouvoir joindre l’utile à l’agréable. Boire un café, ou même acheter une bière à côté et discuter. » Dolores ne néglige pas le protocole sanitaire pour autant : « il y a assez de place pour que chacun ait son coin ».

On n’est pas là que pour coiffer.

Dolores Lambert, gérante du Salon Saint-Pierre

Le lien social est essentiel, surtout pour les personnes isolées ou âgées. Selon Dolores, cela fait partie du métier. « On n’est pas là que pour coiffer » insiste-elle. « Un jour, Bernadette une cliente, ne trouvait pas de taxi pour venir. Et bien je suis allée la chercher ! ». 

Pendant cette première semaine de confinement, Dolores a vu son chiffre d’affaires divisé par trois. Aurore, coiffeuse salariée du salon, est au chômage partiel mais le carnet de rendez-vous commence à se remplir pour la semaine prochaine. La gérante se réjouit : « Les vacances scolaires arrivent et comme les gens ne peuvent pas partir, ils prennent rendez-vous. J’ai plein d’enfants à coiffer la semaine prochaine, je vais pouvoir rappeler Aurore ! »

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