Coronavirus: les pharmaciens veulent distribuer des masques alternatifs et surtout accompagner leur usage

© F.Martial
© F.Martial

Après une pénurie de masques FFP2 et chirurgicaux, un réapprovisionnement difficile et une épidémie qui n'a pas encore atteint son pic en Nouvelle-Aquitaine, on commence à autoriser les masques dits alternatifs en tissu. Les pharmaciens voudraient pouvoir être autorisés à en vendre.

Par CB

Les pharmaciens souhaitent pouvoir vendre ces masques, à des prix cadrés de la même façon que l'a été le gel hydroalcoolique. Pour eux, il s'agit de renforcer les gestes barrières dans notre vie de tous les jours. Car ces masques ne sont pas destinés au corps médical.

Des masques d'abord décriés

Ces fameux masques avaient fait l'objet, dans un premier temps, de partages sur internet des "tutos à faire soi-même", mais ils ont aussi, très vite, été la cible des foudres des institutionnels de santé.
Car bien-sûr, ils ne doivent pas remplacer les masques étanches des personnels de santé. Mais il faut se rappeler le contexte, la pénurie de masques inquiétait tous les acteurs soignants de notre système de santé, et encore aujourd'hui.

Au 24 mars dernier, l'ARS de Nouvelle-Aquitaine répondait à la question :

Les masques en tissus sont inefficaces pour la protection des professionnels en contact avec des malades Covid-19.
Pour le public (non professionnel de santé) qui souhaite se doter ou fabriquer des masques en tissus, il doit être conscient qu’à défaut d’apporter une protection (non nécessaire si l’on respecte les gestes barrières), ces derniers peuvent simplement réduire les quantités d’excrétions (postillons, toux).
La mesure la plus efficace pour freiner la diffusion du virus reste la mise en œuvre systématique par tous des gestes barrières, en respectant la consigne de rester chez soi pour sauver des vies.


Aujourd'hui, et peut-être aussi dans l'optique d'une future fin du confinement progressif, ces masques pourraient être envisagés dans le même temps que l'application strictes "des gestes barrière".

Bien-sûr, les pharmaciens rappellent que "la distribution des masques de protection de type FFP2 et chirurgicaux à destination des professionnels de santé reste inchangée".


Selon Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, dans un communiqué du 6 avril dernier:

Cette possibilité permettrait de s’adapter à l'évolution de la position du gouvernement de la fin de semaine dernière, dans un objectif de santé publique.

Un masque oui, mais pas n'importe comment!

De la même façon, en Nouvelle-Aquitaine, les pharmaciens sont déjà mobilisés, au contact quotidien avec la population.

Selon le Président régional, Pierre Béguerie, qui a sa pharmacie à Bidart, au Pays basque, les pharmaciens d'officines veulent relayer cette démarche recommandée par l’Académie nationale de médecine lors des dernières déclarations du Ministère des Solidarités et de la Santé :

Mais, en pharmacie nous ne voulons pas vendre n'importe quoi.
Des masques alternatifs d'accord, mais avec du tissu à la trame suffisamment serrée pour filtrer... mais pas trop! Car si c'est inconfortable, les gens ne les mettront pas...
Ensuite, il faut bien les porter ! Les mettre et les enlever avec les élastiques, ne pas baisser son masque ni le toucher en permanence...

Une vente et du conseil

Les pharmaciens sont dans leur rôle habituel de vérification des ordonnances, conseil d'usage et mesures d'hygiène...
Ils ont été confrontés, ces derniers jours, à un bombardement de questions sur le covid-19 et ont eu, aussi, à répondre sur le sujet de ces masques en tissu.

Le Dr Vincent Jimenez est pharmacien à Floirac. Depuis plusieurs semaines, le sujet des masques professionnels est sensible:

C'est tendu... Bien-sûr on m'en demande des masques.... Il faut dire que le discours est compliqué car tout le monde s'en mêle. C'est inaudible.
Il faut rappeler que ces masques chirurgicaux et FFP2 c'est UNIQUEMENT pour les soignants!

Quant aux masques alternatifs annoncés, même éventuellement distribués par les municipalités ?

Il faut que les gens soient éduqués... De toutes façons, pour l'instant, moi, je n'ai pas le droit d'en vendre. Ces masques dits alternatifs ne sont pas considérés comme des EPI ( Equipements de Protection individuels)...  Il faudra que ce soit officiel.
Et bien rappeler aux gens que ce n'est pas une protection. Ça n'empêche pas la contamination. C'est une mesure barrière de plus. Ça empêche la personne contaminée (ou porteuse asymptomatique, NDLR) de ne pas postillonner...

L'accompagnement des pharmaciens

Pour le Dr François Martial de l'Union Régionale des Professionnels de Santé Pharmaciens (Nouvelle-Aquitaine), l'ensemble de la profession est d'accord sur le fait qu'une vente éventuelle de ces masques doit être accompagnée. 

Et là nous sommes dans notre rôle  de faire cette éducation :
Comment les mettre, les enlever, le rappel des gestes barrière avec CHAQUE patient et à l'occasion de cette mise à disposition des masques. Nous avons ce rôle-là.
Je ne pense pas que les municipalités vont pouvoir prendre ce temps-là. 
Vous savez, on voit de tout. Il faut s'adapter... Il y a bien des gens qui ont lavé leurs légumes à la Javel...
Le pharmacien a cette confiance auprès du public...
 

Des masques en tissu certifiés par le CHU de Lille / © Le Souffle du Nord
Des masques en tissu certifiés par le CHU de Lille / © Le Souffle du Nord
 

Des masques mais quelles normes ?

Les pharmaciens demandent donc que les autorités sanitaires déterminent précisément quels sont les masques qu'ils sont autorisés à vendre, et de quelle catégorie. Et bien-sûr pas ceux faits par des couturières amatrices, aussi dévouées soient-elles :

Car nous avons à la vente des équipements de protection individuels (EPI) et ces masques ne font partie de ces EPI...
Il faut qu'ont puisse vendre des masques avec des normes, testés...

Pour président régional, vendre ces masques c'est aussi parce que la "source" des masques professionnels est rare.

Il fournit aux soignant (médecins, infirmiers, kiné...) régulièrement selon la dotation d'Etat : 18 par semaine (12 chirurgicaux, 6 FFP2), ce qui reste très réduit...
Alors ces autres masques pour les actes non médicaux peuvent être utilisés par tout le monde mais il insiste, pas n'importe comment !

Sachez entendre nos conseils sur les mesures barrières: sur le port des masques, sur le port des gants. Vous avez accès à des masques dits alternatifs, portez-les convenablement sans les toucher tout le temps ! C’est en tissu... Lavez-les régulièrement à 60°. Repassez-les à la vapeur.

Pour les gants, ce n’est pas la peine d’en porter. Si vous les gardez toute la journée et que vous touchez tout avec, il vaut mieux se laver les mains, plus souvent, et après chaque acte de la vie courante...

L'ordre des pharmaciens indiquent dans leur communiqué :

Face à la forte demande en masques de la population, des initiatives industrielles ont permis la fabrication de prototypes de masques en tissus, testés par la Délégation Générale de l’Armement.
 

Il est aussi utile de rappeler que ces masques permettent une protection individuelle qui n'a d'intérêt que si d'autres s'équipent aussi de ces mêmes protections et, on l'aura compris, gardent leurs distances, se lavent les mains,...
Ils ne font que limiter la propagation de vos propres postillons.

Une démarche qui s'accompagne aussi d'une certaine logistique : en avoir 2 à 3 par jour et par membre de la famille, pouvoir les laver à 60°, les sécher et les stocker sans les contaminer...

Cette démarche, associée aux précautions susdites, pourrait alors accompagner la fin du confinement.
D'autant plus que notre Région a été plus tardivement et moins touchée. Donc ses habitants seront, en quelque sorte, plus fragilisés à ce moment. 

Une période critique durant laquelle il faudra à tout prix éviter un relâchement pour ne pas créer une nouvelle vague de contaminations.


 

 

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