Coursiers bordelais, « le dernier kilomètre » social et écologique

Depuis deux ans, "Coursiers bordelais", une Scop (société coopérative et participative) bordelaise parcourt les rue de la ville pour livrer entreprises et particuliers. Un pari gagné pour ses trois fondateurs. 

Par Julie Chapman

Arthur Hay, Arthur Petitjean et Théo Meltz ont lancé, en 2017, "Coursiers bordelais", une entreprise coopérative où chaque coursier est à la fois collaborateur et patron. L’objectif ? S’émanciper des entreprises ubérisées tout en continuant de pédaler. Armés de vélos ou de vélos cargo, ils sillonnent les rues de Bordeaux Métropole.

Fleurs et prothèses dentaires


En deux ans, Coursiers bordelais a réalisé 3 612 livraisons et parcouru 16 254 km, allant de Gradignan au Haillan en passant par Parempuyre et même Carignan-de-Bordeaux. Ils le revendiquent : « Bordeaux est la ville idéale pour leur activité avec ses nombreux aménagements pour le vélo ».

On a commencé avec des fleurs et des prothèses dentaires. Aujourd’hui, on livre de tout, des bières, des vêtements, des courriers… Même s’il l’on s’adresse plutôt aux entreprises, tout le monde peut prendre commande.
Arthur Hay - l'un des fondateurs de Coursiers bordelais.


Il suffit,en effet, de commander via leur site web ou de leur téléphoner directement.
 
Les Coursiers Bordelais, écologiques et coopératifs
 

Uber, plus jamais


Depuis quelques mois, ils sont désormais cinq, avec Simon Pralong et Morgan Lamart, à faire tourner la Scop, entre administratif, communication et livraisons. Et si chacun avoue des difficultés au démarrage, aucun ne veut revenir à son statut de coursier Uber. 

On est plus seulement des jambes. On a nos commandes, on les gère et on se répartit le travail. Contrairement aux coursiers Uber, on est payés à l’heure et non plus à la tâche. Et on a enfin pu prendre des congés payés.
Arthur Hay, un des cinq coopérateurs de la Scop.


Ils sont d’ailleurs toujours proches de leurs anciens collègues, qui, depuis quelques mois, font des grèves perlées, pour augmenter leurs rémunérations.

La sécurité, aussi, a fait pencher la balance. Arthur Petitjean s’est cassé la jambe peu avant été. "Ça m’a fait du bien de me rendre compte que ce n’était pas grave, et que je n’allais pas perdre de l’argent à cause de cet accident."

Les cinq coursiers perçoivent aujourd’hui un SMIC et assurent que leurs conditions de travail se sont nettement améliorées par rapport à leur début : ils avaient fait le pari de ne pas se payer. Avec une nouvelle recrue, Morgan Lamart il y a quelques mois, les projets d’agrandissement de l’équipe sont dans leur tête. 

On espère pouvoir se poser la question d’ici la fin de l’année. Mais on est toujours face à un dilemme : recruter ou augmenter nos salaires.

 

Dernier kilomètre écolo


Quitte à créer leur propre entreprise, les Coursiers bordelais ont tenu à s’inscrire dans une voie écologique. 

Le dernier kilomètre, c’est ce qui sépare les acheteurs des camions qui acheminent les objets à travers la France. Cela représente 40% des émissions en ville. Pour améliorer la qualité de l’air et essayer de réduire l’impact écologique de ces achats, nous avons souhaité le rendre le plus propre possible, et le vélo était un bon moyen.
Théo Meltz, l'un des co-fondateurs de Coursiers bordelais.


Écolo oui, mais solidaire et coopératif avant tout. Les cinq coursiers sont inscrits sur le réseau Coop Cycle qui, d’une part propose une application de mise en relation avec leurs clients, mais qui les aide surtout dans leurs démarches grâce à l’ensemble des Scop présentes. 

Pourtant, ils préfèrent encore les méthodes traditionnelles, privilégiant le « rapport humain » à la facilité technologique. Rester proches de leurs clients et tisser des liens au plan local, une méthode que les cinq coursiers espèrent pouvoir appliquer encore longtemps.

 

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