Un nouveau variant du Covid-19, surnommé Pirola, a été détecté pour la première fois en France fin août. Quelle est la particularité de cette version du virus ? Faut-il la craindre particulièrement ? Le professeur Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux, nous fournit quelques éléments de réponse.

Une nouvelle version du Covid-19 s'invite en France pour la rentrée. Baptisé "Pirola", ce sous-variant d'Omicron a été observé pour la première fois dans l'Hexagone dans la région Grand Est. Attentivement surveillé par l'Organisation mondiale de santé (OMS), Pirola était déjà présent aux États-unis, au Danemark et en Israël.

Le professeur Denis Malvy, infectiologue au CHU de Bordeaux et membre du Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires (Covars), répond à quelques questions concernant ce virus.

Quelle est la particularité de Pirola ?

Ce n'est pas un nouveau venu : il est observé depuis de nombreuses semaines et fait l'objet d'une attention toute particulière.

Pirola est un sous-variant d'Omicron, le variant très actif au printemps 2022, et qui a une originalité : par rapport aux précédents, il est capable de davantage de mutations du gène Spike, présent sur la protéine qui forme l'enveloppe hérissée du virus. Cela le rendrait-il davantage transmissible ? Sans doute. On parle d'une trentaine de mutations différentes, c'est interpellant.

Faut-il le craindre particulièrement ?

Le virus, sous sa forme EG5, a énormément circulé cet été - par des rassemblements estivaux à Arcachon ou les férias de Bayonne - sans qu'il y ait un impact majeur sur notre système de santé. Il circule à bas bruit mais attend de ressurgir lors de ces grands rassemblements.

Mais le variant EG5 risque d'être rapidement remplacé par un autre, Pirola par exemple. Le virus mute pour contourner le système immunitaire humain, mute dans le sens de la transmission, c'est ainsi qu'il survit. Ce jeu du chat et de la souris, c'est ce qu'on appelle l'échappement immunitaire.

Aujourd'hui, on s'éloigne des périodes de vaccination depuis plusieurs mois maintenant, la population est moins immunisée. (...) Il faudrait mettre en place une nouvelle campagne à l'automne. Alors, le vaccin actuel est toujours efficace contre Pirola, mais il s'agirait de l'adapter, d'anticiper les prochains variants. Les virus ont toujours une longueur d'avance sur nous !

La mutation du Covid-19 est-elle sans fin ?

Il faut comprendre que nous devrons vivre en permanence avec le Covid-19, il ne nous quittera plus. Nous sommes actuellement dans une phase intermédiaire. Nous sommes sortis de la pandémie - où le virus circule de manière anarchique - mais nous ne sommes pas encore rendus à l'endémie, c'est-à-dire le stade où notre système immunitaire s'accommode du virus qui circule alors de façon saisonnière.

Un jour, notre niveau d'immunité sera suffisamment élevé pour que nous évitions des cas groupés, les clusters, en dehors de l'hiver - saison où nous avons tendance à nous regrouper à l'intérieur et le virus apprécie le froid - et que nous ne connaissions que des cas sporadiques. D'où l'intérêt de poursuivre la recherche pour comprendre la dynamique virale et toujours anticiper et retarder l'apparition de mutations. Comme disait Victor Hugo dans Les Misérables, "il faut étonner la catastrophe par le peu d'effroi qu'elle nous fait."

Des précautions particulières pour éviter une contamination à Pirola ?

Les préconisations restent les mêmes : gestes barrières, autotests et s'isoler si on ressent les symptômes. On complète avec le port du masque dans les établissements de soin et en contact avec les personnes fragiles. Et quand on est une personne fragile, on ne va pas aux fêtes de Bayonne ! Ou alors masquée, si elle y est vraiment obligée.