Déconfinement : des commerçants entre impatience et inquiétude

À quelques jours de la réouverture, les commerçants girondins se préparent. Mais beaucoup de questions entourent encore la fin du confinement. La première d’entre elles : les clients seront-ils au rendez-vous le 11 mai ?
 
Seuls les supérettes et quelques restaurants qui proposent la livraison restent ouverts dans la rue Sainte Catherine à Bordeaux.
Seuls les supérettes et quelques restaurants qui proposent la livraison restent ouverts dans la rue Sainte Catherine à Bordeaux. © Christophe Roux - France 3 Aquitaine
Des masques chirurgicaux, un flacon de 500 ml de gel hydroalcoolique, du ruban adhésif pour le marquage au sol et le respect des distances de sécurité… 900 colis vont être distribués à partir d’aujourd’hui dans les commerces girondins.
Un kit de reprise d’activité offert aux commerçants de Bordeaux, Libourne, Langon et Arcachon par la CCI ( Chambre de commerce et d'industrie ) de la Gironde.

C’est un test, pour voir si ça correspond bien aux attentes des commerçants. En fonction des retours, nous modifierons le contenu du kit et on le complétera avec l’objectif de fournir tous les commerçants de Gironde à partir du 11 mai, explique Patrick Seguin, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux et de la Gironde.


La CCI de Gironde a investi 20 000 € pour constituer cette première vague de colis. Il faudra sans doute débourser, 10 fois plus pour équiper les 13 000 commerçants du département.

On pioche dans nos réserves. C’est difficile pour tout le monde. Les structures dans lesquelles la CCI est engagée, comme l’aéroport de Bordeaux Mérignac, sont, elles aussi à l’arrêt. Il va falloir oublier, pour quelque temps, les retours sur investissement.
 

Plus d'un tiers des entreprises menacées de fermeture définitive 


Après 52 jours de confinement, le coronavirus a fait des dégâts sur le plan économique.
La cellule de crise de la Chambre de Commerce et d’Industrie a enregistré 5 000 dossiers déposés par des entreprises : report de loyer, demande de prêt, explication des aides gouvernementales… Dont 2 770 demandes d’accompagnement renforcé.

Les petits commerces sont les plus en difficulté. Il est trop tôt pour avancer un chiffre précis, mais je crains qu’un important pourcentage de ces petites entreprises ne redémarre pas, regrette Patrick Seguin.

 

Etude d'impact du Coronavirus CCI Bordeaux Avril 2020


Depuis le début du confinement, la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Gironde a mené plusieurs études auprès des entreprises du département
La dernière en date, lancée à la mi-avril a été envoyée à 25 000 chefs d’entreprises. 8 500 ont répondu et 36 % d’entre eux évoquent un risque de cessation d’activité. 
Deux tiers des entreprises déclarent qu’elles ne pourront pas redémarrer leur activité dans de bonnes conditions au vu de leur trésorerie.

La situation est plus inquiétante encore dans l’hôtellerie et la restauration où 45 % des patrons craignent de devoir mettre la clef sous la porte.
 

Etude d'impact Coronavirus Hotellerie Restauration CCI Bordeaux Avril 2020


Port du masque indispensable


Dans ces conditions, la plus petite aide au redémarrage est la bienvenue comme l’explique Christian Baulme, président de la Ronde des Quartiers, l’association des commerçants de Bordeaux.

Le kit de reprise d’activité de la CCI, ce sont trois masques, un flacon de gel… Grosso modo, c’est le matériel nécessaire pour une journée de travail, puisqu’il faut changer de masque toutes les 4 heures. C’est parfait, notamment pour les petites structures.
 

Des masques et du gel hydroalcoolique.
Des masques et du gel hydroalcoolique. © Elsa Arnould

L’association bordelaise a elle-même passé commande de 10 000 masques pour ses adhérents, mais elle attend toujours la livraison. 
S’ils ne sont pas encore officiellement obligatoires en ville, les masques seront néanmoins indispensables selon Christian Baulme : " Les commerces doivent limiter les accès à une personne pour 4 mètres carrés. La règle de calcul est simple : surface du magasin, moins la surface des présentoirs, divisé par 4 et vous obtenez le nombre de personnes, salariés inclus, que vous pouvez accueillir sans masque. "

Difficile pour la plupart des petites boutiques de se conformer à cette règle. Conclusion pour Christian Baulme : 

Aucun commerce du centre-ville ne peut recevoir du monde sans masque.

La plupart des commerçants vont donc imposer le port du masque à leurs clients. 

À la tête d’un magasin de bricolage en plein centre ville, Christian Baulme a lui même pris ses dispositions. 

À l’entrée, les clients devront se laver les mains au gel hydroalcoolique de façon à ce que nous n’ayons pas à désinfecter chaque produit qu’ils auront touché. Les manches des caddys seront lavés après chaque utilisation. Et le port du masque sera obligatoire. 

Les commerçants fourniront le matériel à leurs salariés, mais les clients devront arriver équipés. 

Un plan de déconfinement pour la rue Sainte-Catherine


Les masques sont déjà obligatoires dans les transports publics, les taxis, les stations de tramway… Le maire de la capitale girondine envisage aussi de l’exiger sur les quais de Bordeaux, dans les parcs et jardins et les grandes rues commerçantes de la ville. Des arrêtés municipaux sont en préparation.

Plus grande artère piétonne d’Europe, avec ses 1250 mètres de long, la rue Sainte-Catherine à Bordeaux fait d’ailleurs l’objet de toutes les attentions.
 
Samedi 4 avril 2020 en plein confinement, la ville quasi déserte est redevenue la Belle Endormie Rue Sainte Catherine à Bordeaux
Samedi 4 avril 2020 en plein confinement, la ville quasi déserte est redevenue la Belle Endormie Rue Sainte Catherine à Bordeaux © David Thierry MAXPPP


La préfète de Nouvelle-Aquitaine s’est rendue sur place en début de semaine avec le maire de la ville, des représentants des commerçants et de la CCI, pour étudier les divers scénarii de réouverture.

L’hypothèse retenue est une division de la chaussée en fonction de la couleur des pavés. Le dallage gris de chaque côté de la rue sera réservé aux files d’attente à l’extérieur des magasins. Le dallage beige au centre de la rue, sera réservé à la circulation des clients. Les vélos seront interdits par arrêté municipal. 
Des distributeurs de gel hydroalcoolique en libre accès seront disposés en plusieurs endroits de la rue. Aucun sens de circulation n’est pour l’instant envisagé.

On va expérimenter et au premier jour d’ouverture, on fera le bilan de ce qui a marché ou non. Ce que nous souhaitons, c’est rester souples, adaptables et toujours dans le respect de la meilleure sécurité possible par rapport à l’épidémie.
Fabienne Buccio - préfète de Nouvelle-Aquitaine -


Ce dispositif sera mis en place pour le 11 mai. Le week-end des 16 et 17 fera figure de test.

Un fonds d'urgence

Reste à savoir si les clients seront au rendez-vous. Pour faciliter la reprise, la Chambre de commerce et d’industrie de la Gironde, a demandé aux maires des grandes villes du département la gratuité des parkings. La question est encore à l’étude. Mais à Bordeaux, la place des Quinconces pourrait être transformée en grand parking éphémère et gratuit. Comme ce fut le cas en décembre dernier pour favoriser les achats de Noël.
Des annonces devraient être faites ce jeudi après-midi.

Pour soutenir l’activité, un fonds d’urgence de 15,7 Millions d’euros vient aussi d’être créée par Bordeaux-Métropole en partenariat avec la CCI Bordeaux Gironde, la Chambre des métiers et de l’Artisanat de la Gironde et la Chambre d’Agriculture de la Gironde.

Ce fonds exceptionnel permettra aux entreprises de moins de cinq salariés, de bénéficier d’une aide de 1500 euros. Ce soutien pourra être étendu aux entreprises de l’agglomération bordelaise, de moins de 10 salariés dont le chiffre d’affaires a baissé d’au moins 40 % pendant cette crise. Une plateforme internet centralisera les demandes à partir du 11 mai.

Pour aider à la relance du commerce, la CCI et les associations de commerçants demandent par ailleurs la possibilité, sur la base du volontariat, d’ouvrir le dimanche pendant quelques mois. Certains d’entre eux, souhaitent également le report des soldes au mois de septembre. Des mesures qui, selon la préfecture de Nouvelle-Aquitaine, ne peuvent être prises qu’au niveau national pour éviter une concurrence entre les villes.

Totalement privés d’activités pour les uns, frappés par une chute vertigineuse de leur chiffre d’affaires, pour les autres, les entreprises en général, les commerces en particulier attendent avec impatience la levée progressive du confinement. En espérant que la reprise d’activité, sonne rapidement, la reprise économique.


 
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