Elections en juin : les maires de Gironde disent non à un report et taclent l'exécutif

L'exécutif a demandé dans l'urgence aux maires de se prononcer sur un éventuel report des élections régionales et départementales. Mais la méthode agace les élus favorables au maintien du scrutin en juin. Faire campagne en pleine pandémie et organiser le vote, ça s'annonce compliqué.

© André Abalo - France Télévision

"C'est tout même très cavalier comme méthode ! " Bernard Lauret est maire de Saint Emilion et président de l'association des maires de Gironde. La méthode qu'il pointe ainsi du doigt est celle choisie par l'exécutif pour une consultation express lancée vendredi 9 avril au soir. Les élus locaux devaient rendre leur copie ce lundi 12 avril à midi afin de se prononcer pour ou contre un report des élections régionales et départementales de juin.

Nous envoyer un email le vendredi soir pour une réponse avant lundi midi, alors que beaucoup de petites mairies sont fermées le week-end voire le lundi, c'est tout de même très cavalier comme méthode ! D'autant que nous nous sommes déjà officiellement prononcés ces dernières semaines contre un nouveau report.

Bernard Lauret, président de l'association des maires de Gironde

Une manoeuvre politique pour cautionner un avis ?

Même son de cloche chez le président de l'association des maires ruraux de Gironde.
Daniel Barbe se dit choqué par cette façon de faire. Maire de Blasimon, il se demande même si l'exécutif ne cherche pas à mettre sur le dos des élus locaux la prise de décision d'un éventuel report : "Je ne sais pas si c'est pas perdant-perdant cette consultation. Si les maires disent oui au report, l'exécutif affirmera que ce sont les élus locaux qui le demandent. Et si nous disons non au report et qu'il y a des problèmes avec la crise sanitaire, l'exécutif dira que ce sont les maires qui ont insisté pour que le vote se déroule !"

"On reporte la question du choix sur nous", s'insurge Bernard Lauret, porte-voix des maires de Gironde en tant que président départemental de l'association des maires de France.
Et son collègue Daniel Barbe d'ajouter :

J'aurais bien aimé que le gouvernement nous questionne directement avant, par exemple, de réduire les dotations aux communes... Et puis, en quoi suis-je compétent pour juger à la place du conseil scientifique s'il est opportun de maintenir le vote en juin ou pas ?

Daniel Barbe, président des maires ruraux de Gironde

Car dans sa consultation aux élus, le gouvernement demande aux maires d'indiquer "par oui ou par non si les conditions préconisées par le comité scientifique [leur] semblent réunies pour tenir les deux scrutins".
Le retour des questionnaires servira à lancer les débats parlementaires prévus ce mardi 13 avril.  

Si la méthode agace, les questions de fond demeurent

L'éventualité d'un report des élections à l'automne questionne les maires de Gironde. Nous avons besoin de ce moment démocratique explique Daniel Barbe :

Cet été, ce sera difficile de mener une campagne électorale (encore plus qu'aujourd'hui) car nos concitoyens auront autre chose à penser à ce moment-là. Comment expliquer aux gens l'enjeu de ces élections jumelées (régionales et départementales) et leur donner envie de voter. Cela n'arrangera pas les chiffres de l'abstention galopante.

Daniel Barbe, maire de Blasimon, vice président de l'AMRF

Un éventuel report des élections aurait également un impact sur le calendrier électoral, fait remarquer le président des maires de Gironde. Pour Bernard Lauret, reporter à nouveau ce scrutin à l'approche de la présidentielle puis des législatives n'est pas le bon choix.

Pour le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, il faut également maintenir le calendrier électoral :

Le report d'une échéance démocratique ne peut se justifier que par des motifs impérieux (...) C'est pourquoi nos services municipaux pourront être en mesure de mettre en application un protocole sanitaire strict pour garantir les opérations électorales.

Pierre Hurmic, maire de Bordeaux

Si ces questions de fond agitent le débat politique, l'organisation-même du scrutin interroge les élus locaux.
Le maire de Bordeaux souhaite d'ailleurs qu'une campagne de vaccination spécifique puisse être proposée à tous les citoyens et agents municipaux qui assureront le fonctionnement des bureaux de vote, s'ils le souhaitent.

Celui de Saint Emilion, président de l'association des maires de Gironde, s'inquiète aussi des modalités pratiques. "Il va falloir doubler tous les bureaux de vote, l'un pour les régionales, l'autre pour les départementales. Il faudra donc plus de personnel. A cela s'ajoutera, le protocole sanitaire avec probablement une jauge limitée. J'ai la chance d'avoir une grande salle des sports pour organiser le suffrage, ce ne sera pas le cas dans toutes les petites communes." déplore Bernard Lauret. 

Les débats sur cet éventuel report des élections s'ouvrent demain, mardi 13 avril, à l'Assemblée nationale puis le lendemain au Sénat. Ils promettent d'être animés. D'autant que le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand s'est prononcé en faveur d'un report à octobre, une position inverse à celle de son parti LREM. Le président LR du Sénat Gérard Larcher a lui demandé leur maintien en juin. 

Ce lundi en fin de journée, le ministère de l'Intérieur annonce le résultat de la consultation. Au plan national, les maires sont donc pour le maintien du scrutin en juin selon sa communication. 

 

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