Examens à l'université de Bordeaux : distanciel, présentiel et abandon des étudiants

Les 54 000 étudiants de l'université de Bordeaux voient arriver leurs partiels de premier semestre. Pour certains, ceux-ci auront lieu en présentiel, pour d'autres il faudra les passer de chez eux. Enfin restent ceux qui ont tout simplement lâché leur année. 

Retour des étudiants dans les amphi
Retour des étudiants dans les amphi © Romain Boulanger/Max PPP

Charles a 20 ans. A l'issue de son baccalauréat, il a été pris en droit à l'université de Périgueux, tout en habitant à Bordeaux. "Le fait de faire des aller-retour était hyper dur"dit-il, mais il se lance quand même dans sa matière avec l'envie de commencer sa vie d'étudiant. Il assiste à ses premiers cours: "j'ai adoré dans la mesure où c'était hyper intéressant et hyper spécifique". Mais il en parle au passé, car dès les mesures de confinement mises en place, cet élève, qui aurait pu bénéficier de ne plus avoir de trajet à faire, décroche.

Le fait qu'il n'y ait plus de présentiel et plus de collectivité, ça change le rapport aux cours. Le fait qu'on soit tout seul devant notre cour empêche de se mettre dedans.

Charles, 20 ans

Reprendre le chemin du présentiel

S'il avait continué de suivre ses cours, Charles aurait passé ses premiers examens en amphi. Car le droit en première année fait partie des matières qui retrouvent les bancs de la fac pour les sacro-saints examens. Toutes les matières ne sont pas logées à la même enseigne. 

Ainsi dans la même fac, les partiels d'éco-gestion se font eux en distanciel. Un choix qui a été fait pas les professeurs, et dans l'objectif également de pouvoir respecter les consignes de sécurité à l'Université de Bordeaux avec un nombre suffisant d'amphi pour pouvoir installer les élèves à bonne distance.

Consignes pour les examens en présentiel

A l'Université de Bordeaux les matières concernées dès le 3 mai sont:


Les dernières consignes envoyées aux étudiants leur demande d'arriver avec 30 minutes d'avance, au lieu des 20 minutes habituelles, pour éviter les cohues, de conserver leurs masques, de ne pas échanger de stylo et autre outils et enfin de ne pas lêcher la partie encollée de leur copie où est dissimulé leur nom. Il leur est demandé, pour cacheter le rabat, de prévoir un tube de colle. 

Une organisation difficile à mettre en oeuvre pour laquelle n'a pas opté Bordeaux-Montaigne. Dans la Faculté de sciences humaines, tous les examens restent en distanciel, afin de simplicité et d'équité. 

Pour nous, tout reste en distanciel. Beaucoup d'étudiants ne sont plus sur site et on ne voulait pas créer d'inégalités.

Isabelle Froustey, Université Bordeaux Montaigne

 

Le retour au présentiel peut faire peur

Pour la Présidente de l'UNEF (Bordeaux), Amandine Baesel, ces partiels en amphi de dernières minute posent deux problèmes majeurs: le manque d'entraînement des élèves de premier cycle qui n'en ont jamais eu, et la peur du Covid. Elle pense notamment aux élèves de 1ère année qui n'ont pas eu à passer l'examen du bac et qui ne savent pas forcément gérer leurs 3 heures d'épreuves. Mais surtout, elle revient sur la difficulté de créer un environnement asseptisé. "Si on est cas contact ou porteur de covid, on va devoir passer l'examen au rattrapage. On n'a pas le droit à une seconde chance et on est forcément pénalisé" dit elle. Une mesure qui pourrait inviter certains étudiants à resquiller selon elle.

C'est hyper problématique, car il y aura forcément des porteurs de Covid sur place et c'est super anxiogène

Amandine Baesel, Présidente UNEF

Et puis pour elle, la mesure arrive déjà trop tard dans l'année, si elle visait à rassembler les élèves isolés. Selon elle, la pandémie a déjà fait des ravages pour la motivation des premières années. 

Une hémorragie au sein des premières années?

La représentante étudiante souligne une "totale perte de motivation, perte d'envie d'apprendre et de se présenter aux examens". "Il y a plusieurs professeurs qui m'ont dit que les élèves rendaient copie blanche" rapporte-t-elle. 

Tandis que l'Université de Bordeaux, pour le 1er semestre des Licence 1, ne parle que d'une légère chute des notes globales par rapport aux autres années, sans abandon pour autant de leurs études, Amandine Baesel, parle elle, de "Décrochage massif" qui ne sera quantifiable qu'à l'issue de l'année scolaire en cours.

Il y a une importante partie des étudiants qui ont arrêté dès le 1er semestre. Et certain ont arrêté en disant qu'ils reprendraient quand la crise aura cessé.

Amandine Baesel, Présidente UNEF

"Le distanciel, ça m'a tué mon année"

Maïtena, 19 ans, fait partie de ces "Décrocheurs". Venue de St Jean-de-Luz à Bordeaux pour tenter médecine, la jeune femme, qui souhaite devenir pédiatre, met tous les atouts de son côté pour plancher dans les meilleurs conditions possibles. Avec sa bourse, elle peut habiter sur le campus en résidence étudiante, et en parrallèle, elle souscrit un emprunt de 10 000 euros afin de se payer la bonne Prépa privée qui organise des cours de soutien pour cette matière si difficile.
Mais très vite, confinement venant, la chambre de 13 m² si propice à une vie studieuse, devient juste une prison et les deux contacts qu'elle a pu se faire lors du mois et demi de cours n'habitent pas sur le campus. Tellement isolée et pas habituée, elle craque, et repart à St Jean de Luz quatre mois après la rentrée, quand la prépa elle aussi met fin à ses cours en présentiel. Tandis que le distanciel est bien organisé par la fac, la Prépa peine à l'organiser et à procurer les fiches dévolues aux étudiants, "certainement pour qu'on n'envoie pas les fiches à d'autres étudiants en médecine qui n'ont pas payé la prépa" suppose-t-elle.
Dans un premier temps, les supports de travail sont imprimés et à récupérer dans l'établissement bordelais. "Au bout d'un moment, une copine m'a récupéré les fiches et me les envoyaient par la poste. Ensuite ils les ont mis en PDF pour nous les envoyer, mais c'était déjà trop tard". 

Le distanciel, ça m'a tué mon année, encore en Terminale c'était passable mais là en médecine c'était pas possible. Avec la famille, quatre frères et soeurs, et à partager ma chambre avec ma petite soeur, c'était trop dur.

Maitena, 19 ans

Maïtena, 19 ans
Maïtena, 19 ans © Photo personnelle

 

Aujourd'hui elle ne mise plus rien sur son année, mais elle a quand même fait l'aller-retour à Bordeaux pour passer ses examens "juste pour conserver sa bourse". Car si la médecine n'est plus d'actualité, son prêt étudiant à régulariser dans 4 ans, lui, est bien présent dans sa tête. Retournée en janvier sur le site de Parcoursup, elle s'est inscrite "un peu partout, en psycho, socio et fac de bio à Anglet en premier choix , Pau et Bordeaux en dernier choix" Car "Bordeaux ça m'a dégoûté" dit elle.  

Ce qu'elle espère aujourd'hui, c'est être prise en Bio à Anglet pour se trouver un job en parrallèle ."L'année prochaine je vais plus penser à l'argent qu'à ce que je vais faire plus tard". 

Celle qui se destinait à être pédiatre n'est même pas allée voir ses résultats aux derniers examens de médecine disponible depuis le 27 avril. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
université éducation société covid-19 santé