Deux suicides en une semaine dans la prison surpeuplée de Gradignan en Gironde

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Écrit par A.L avec Candice Olivari

Un détenu s'est pendu mardi 10 mai dans le centre pénitentiaire de Gradignan près de Bordeaux. C'est le deuxième suicide en moins d'une semaine, les syndicats dénoncent la surpopulation dans cet établissement qui est de 230 % pour les hommes et de 160 % pour les femmes.

La victime s'est pendue alors qu'elle était placée à l'isolement, échappant à la surveillance des gardiens.

La victime était en attente de jugement

Le détenu décédé était en détention provisoire à Gradignan depuis le 18 avril, en attente d'un jugement comme la moitié des détenus.

Interrogé par France 3 Aquitaine mercredi 11 mai, Hubert Gratraud, secrétaire local FO du centre pénitentiaire de Gradignan estime qu'"à partir du moment où on est dans une crise suicidaire, la personne qui a envie de le faire, elle le fait. Cela affecte le personnel des agents pénitentiaires".

Manque de moyens ? "Le personnel se sent soutenu par la direction, car cela reste des événements choquants, mais en même temps, on a aussi un manque de moyens en plus de la surpopulation carcérale qui n'arrête pas de grandir, et c'est là notre inquiétude", explique Hubert Gratraud, secrétaire local FO du centre pénitentiaire de Gradignan.

La direction de l'administration pénitentiaire n'a pas souhaité communiquer sur ce suicide, précisant qu'une enquête est en cours pour rechercher les causes de la mort. Dans un message adressé à France 3 mercredi 11 mai dans la matinée, la direction écrit que "les investigations sont confiées à un officier de police judiciaire qui va faire des constations sur le corps et perquisitionner la cellule puis entendre les personnes susceptibles d'apporter des informations".

Est-ce que ce suicide a un rapport avec les conditions de vie carcérale ? Une enquête pour recherche des causes de la mort est ouverte au parquet de Bordeaux, qui  a confirmé auprès de France 3 Aquitaine le suicide du détenu, sous le coup d'une information judiciaire pour "tentative de meurtre, violences aggravées par deux circonstances, suivies d'une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours, conduite sous stupéfiants". Des faits remontant au 17 avril.

Il était actuellement placé au quartier d’isolement du fait de comportements problématiques en détention et faisait l’objet d’une attention toute particulière du personnel de surveillance.

Parquet de Bordeaux

Source : France 3 Aquitaine

Trois détenus dans 9 m2

Xavier Denecker est le président de l'ANVP section Bordeaux, l'association nationale des visiteurs de prison. Il visite les détenus de la prison de Gradignan depuis huit ans et a pu constater la dégradation des conditions de détention.

"Effectivement, il y a une dégradation liée à la situation de surpopulation carcérale. La situation actuelle est très difficile, car énormément de cellules sont occupées par trois personnes. Une cellule, c'est 9 m2 avec les meubles, donc l'espace de vie est microscopique.
Il y a des matelas déposés par terre, c'est-à-dire que les personnes détenues n'ont même pas la possibilité de s’asseoir sur un lit pendant la journée",
déplore le président de l'ANVP.

Lors d'un reportage sur le vote en prison le mois dernier, notre équipe avait pu échanger avec des détenus qui faisaient part également de cellules surpeuplées, rendant la vie quotidienne très compliquée, avec un taux d'occupation de 230 %. Un des détenus avait décrit cette surcharge : "avec trois à quatre personnes par cellule, c'est assez dur et les gens ont du mal à comprendre, quand on n'a pas fait de la prison. Ici, c'est pas les vacances", avait-il témoigné, anonymement. 

Cette situation est aujourd'hui préoccupante, "les conditions sont extrêmement difficiles", selon le président de l''ANVP qui précise que "l'administration pénitentiaire essaie de protéger les plus faibles".

Les solutions ? "Des solutions sont très clairement indiquées depuis longtemps par le contrôleur général des lieux de privation des libertés. Cela consiste à mettre en place un système de numerus clausus : lorsqu'un détenu arriverait en sus des 100 % d'occupation, il y aurait un mécanisme de libérer par anticipation des détenus selon des critères parfaitement définis".   

Voir notre reportage diffusé mercredi 11 mai sur ce nouveau suicide au centre pénitentiaire de Gradignan ►