"Il nous a permis d’avoir cette vie, d’avoir des enfants et des petits-enfants" : les descendants des juifs sauvés par le consul Sousa Mendes à Bordeaux témoignent

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Écrit par J. Chapman avec T. Elobo

"Candelabro" était plus qu’une exposition sur le “consul rebelle” portugais, Sousa Mendes jeudi 12 mai. Dans l’enceinte du musée d’Aquitaine, à Bordeaux, le passé a rejoint le présent, avec ses témoins : les descendants du consul portugais, mais aussi les petits-enfants des Juifs qu’il a sauvés.

Dans les allées de l’exposition, le visage d’Aristides de Sousa Mendes se mêle à des dizaines d’autres. “Il y a beaucoup d’images sur ces millions de réfugiés qui tentent de fuir le combat et le régime nazi. C’est une autre manière d’évoquer la réponse de Sousa Mendes, sa désobéissance”, explique Laurent Védrine, directeur du Musée d’Aquitaine.

La désobéissance du consul

Sa désobéissance : celle d’avoir délivré plus de 30 000 visas portugais aux Juifs qui fuyaient l’invasion nazie aux portes de Bordeaux. “Face à l’avancée des Allemands, Bordeaux et Sousa Mendes voient arriver des milliers de personnes. Contre les ordres de Salazar, alors au pouvoir au Portugal, il signe des visas pour que ces réfugiés puissent entrer au Portugal, avant de fuir aux Etats-Unis notamment”, raconte Laurent Védrine.

Leah Rozenfeld Sills n’a pas connu le résistant portugais. Elle est pourtant présente, pour témoigner et présenter l’étoile juive de sa grand-mère, ainsi qu’une photo, de son père et de ses grands-parents, qui ont fui aux Etats-Unis grâce à Aristides de Sousa Mendes. “Je me sens à la fois emplie d’émotion, fière et pleine de gratitude. Sousa nous a permis d’avoir cette vie, d’avoir des enfants et des petits-enfants”, sourit cette petite-fille de rescapés.

Américaine depuis sa naissance, elle descend d’une famille juive polonaise. “Mon père vient de Lodz, une ville en Pologne où seulement 4 % des Juifs ont survécu. À l’école, quand j’étais jeune, c’était difficile d’expliquer cette histoire et le courage d’Aristides de Sousa Mendes”, raconte Leah Rozenfeld Sills.

Reconnaissance tardive

Figure locale, Juste de la Nation, Aristides Sousa Mendes est entré au Panthéon portugais en octobre 2021. Une reconnaissance attendue par son petit-fils. “J’ai eu connaissance de notre histoire à dix ans. Mais il a fallu attendre 1986 pour que mon père nous parle de cette histoire”, raconte Gérald de Sousa Mendes, le petit-fils du consul.

C’est le début de la reconnaissance. Pourtant, son père hésite encore à mettre en avant cette histoire. “Au Canada, où j’habitais, à l’époque, la religion était très présente et Salazar était considéré quasiment comme un homme d’église et mon grand-père lui avait désobéi”, rappelle Gérald de Sousa Mendes.

Aujourd’hui, il a créé une fondation en hommage à son grand-père. Une histoire qui résonne tout particulièrement, alors que la guerre a fait son retour en Europe. 

Aujourd’hui, nous voyons des millions de réfugiés ukrainiens, mais aussi syriens, ou d’ailleurs, victimes de leur différence. Je souhaite que son histoire serve à rappeler les leçons, et inspirer des hommes et femmes courageux à faire la différence.

Gérald de Sousa Mendes, petit-fils d'Aristide de Sousa Mendes

L’exposition dévoilera les actions de ce “consul en résistance” jusqu’au 2 octobre prochain. Une exposition entre Bordeaux et le Portugal, qui marque le début de cette année “France-Portugal 2022”.