Cinq livreurs de l'entreprise Deliveroo vont relier Bordeaux à Paris à vélo afin de dénoncer le changement de grille tarifaire de l'entreprise. Tout au long de leur parcours, ils recueilleront les revendications de leurs collègues afin de les porter à la direction de Deliveroo France à leur arrivée
Plus d'un millier de kilomètres à vélo. Le défi ne fait pas peur à Jérémy Wick. Livreur pour l'entreprise britannique Deliveroo depuis 2017, le jeune homme parcourt environ 3 000 kilomètres par mois, sur son vélo, pour livrer des repas à des clients dans tous Bordeaux.
Mais cette fois-çi, la démarche est toute autre. Jérémy Wick ne part pour livrer des petis plats, mais pour faire entendre sa voix, et celles de ses collègues, tous auto-entrepreneurs. Lundi 16 septembre, à 7 heures, cinq livreurs à vélo bordelais prendront le départ depuis la Bourse du Travail pour se rendre à Paris.
Porter les revendications au siège
Les cyclistes entendent relier les deux villes en 9 jours en passant par La Rochelle, Poitiers, Nantes, Rennes, le Mans, Orleans. A chaque ville traversée, ils recueilleront les doléances des livreurs de Deliveroo, afin de les porter au siège parisien le 24 septembre.
Un périple initié par Jérémy Wick, las des changements de politiques tarifaires de Deliveroo. A l'été, l'entreprise a modifié le tarif minimum de ses livreurs, les contraigants à travailler beaucoup plus, s'ils voulaient gagner la même somme à la fin du mois. "Nous avons essayé à plusieurs reprises de nous faire entendre, rapporte Jérémy Wick.
Mais à Bordeaux, ils ont juste une annexe. A chaque fois, nous avons été reçus dans un espace de co-working, et on se retrouvait face à des interlocuteurs qui nous expliquaient qu'ils n'avaient aucun pouvoir de décision, qu'ils allaient juste faire remonter l'information"
Au début, j'ai lancé l'idée presque comme une blague, disant que s'il le fallait j'irais jusqu'à Paris pour me faire entendre. Et finalement, j'ai trouvé d'autres livreurs prêts à relever le défi.
Six cent kilomètres de plus par mois
Jérémy Wick s'estime "privilégié", car "il roule à l'électrique". Mais il assure que les nouvelles conditions tarifaires de l'entreprise contraignent les livreurs à rouler entre 20 et 30 kilomètres de plus par jour. Soit 600 kilomètres par mois, sous peine d'une baisse de revenus d'environ 30%. Il raconte également les longues minutes d'attente dans les restaurants, les restaurateurs qui refusent de les faire patienter à l'intérieur par temps de pluie, ou encore la crainte des chutes à vélo.
Les revendications ne s'arrêtent pas là;. Le coursier dénonce notamment une politique tarifaire floue et variable.Ils jouent sur notre précarité
"Une même course peut être facturée 4,50 euros un jour, et 3 euros le lendemain", assure-il. Tout dépend du nombre de livreurs en activité sur le créneau. Plus nous serons nombreux, plus ils se disent qu'on sera prêt à accepter de faibles tarifs.
Alors que c'est Deliveroo qui gère l'agenda, c'est quelque chose qui peut-être planifié. Ils jouent sur notre précarité", dénonce-t-il.
Cagnotte en ligne
Dans une pétition, publiée cet été recueillant près de 40 000 signatures, outre le retour à un tarif minimum par course "décent et fixe", d'autres revendications sont exposées, telles que le retour des primes intempéries, ou encore l'organisation d'un corps représentatif des coursiers pouvant intervenir dans des négociations.
Pendant leur circuit entre Bordeaux et Paris, les livreurs ne seront pas rémunérés. Afin de limiter les frais, ils ont prévu de dormir à la belle étoile et ont mis en place une cagnotte en ligne à destination de leurs soutiens.