Langues régionales : après le vote, quels changements pour l'enseignement du Basque, de l'Occitan ou du Gascon ?

Pour de nombreux Français, ce vote pour préserver ces langues vivantes n'est pas anecdotique. L'apprentissage du Basque, Gascon ou l'Occitan devrait être facilité notamment en Nouvelle-Aquitaine.

Au Pays basque français, la signalétique est bilingue depuis longtemps.
Au Pays basque français, la signalétique est bilingue depuis longtemps.

L'assemblée nationale a adopté la loi en faveur des langues régionales, ce 8 avril, et contre l'avis du gouvernement. C'est un député breton, Paul Molac, qui en avait fait la proposition.

La proposition vise à protéger et promouvoir les langues régionales a été adoptée définitivement, après son vote surprise à l'Assemblée, malgré les réticences du gouvernement. Adoptée début 2020 par l'Assemblée mais vidée de sa substance, la proposition de loi avait repris des couleurs au Sénat en décembre avec l'ajout de nouvelles mesures éducatives qui touchent tant au financement qu'à la pédagogie. 

Jeudi, dans un atmosphère électrique, les députés ont finalement adopté le texte dans la version votée par les sénateurs alors que le gouvernement avait prévu d'en alléger encore sensiblement la portée. Cela vaut adoption définitive par le Parlement. 76 voix seulement ont voté contre. Suite à une mobilisation inter régionale, pour que les députés ne votent pas selon leur partis, le collectif "pour que vivent nos langues" a grandement influencé le choix des députés. Le texte doit encore passer devant le conseil constitutionnel avant d'être appliqué. 

Que va changer ce texte?

Deux dispositions, finalement adoptées, ont fait particulièrement débat: l'instauration de l'enseignement immersif (effectué pour une grande partie du temps scolaire dans une langue autre que la langue dominante) et celui d'un forfait scolaire. Celui-ci avait été introduit par le Sénat mais retiré initialement en commission de l'Assemblée nationale par un amendement Modem.

Il prévoit que la participation financière des communes à la scolarisation des élèves en langue régionale dans le privé "est due" lorsque la commune de résidence ne dispose pas d'école dispensant cet enseignement. Selon M. Molac, il ne concernerait que 0,02% des enfants et son coût serait négligeable.

Pour les défenseurs des langues régionales, ce vote est historique car la dernière loi datait de 1951. 70 ans après, cela devrait permettre essentiellement de favoriser l'enseignement et préserver ce patrimoine culturel.

Selon trois axes:

- le développement de l'enseignement immersif dans l'enseignement public. Tous les établissements publics devront proposer un enseignement, par exemple, du Basque ou en Basque (si ce sont des cours de maths ou d'histoire). 

- facilitation pour créer des établissements de type ikastola ou calandreta

- la création d'un forfait communal 

Par exemple, si un enfant de la commune A qui ne possède pas d'école enseignant une langue régionale, s'inscrit dans une école sur une commune B, la commune A où habite l'enfant paiera un forfait à cette école.

Réactions en Nouvelle-Aquitaine

C'est tout d'abord un satisfecit de la part de la sénatrice de Gironde Monique de Marco et rapporteure de la loi au Sénat. Les sénateurs et sénatrices écologistes saluent le vote définitif à l’Assemblée nationale de la proposition de loi du député Paul Molac relative à la protection patrimoniale et à la promotion des langues régionales, ce jeudi 8 avril en seconde lecture. 

La navette parlementaire a donc pu se poursuivre mais les apports du Sénat sur l’enseignement immersif ainsi que le versement obligatoire du forfait scolaire étaient gravement menacés, l’un risquant la suppression en séance publique par le gouvernement et l’autre étant supprimé en commission. 

Pour Monique de Marco, sénatrice de la Gironde et rapporteure : “Leur maintien et rétablissement en séance publique contre l’avis du gouvernement est une victoire. Ses dispositions, issues de nos amendements et venant du terrain, donnent un nouveau souffle pour faciliter l’enseignement des langues régionales. ”

Selon Vincent Bru, député des Pyrénées-Atlantiques, "c'est un vote historique car il y a peu de législature au cours desquelles on vote un texte sur les langues régionales... Et vous savez qu'en France nous sommes très marqués par une tradition jacobine. Donc il y a le discours officiel où tout le monde est favorable aux langues régionales mais quand il s'agit de faire voter une loi très précise, il y a toujours des principes qui vous sont objectés..."

Un vote salué par les Régions de France 

Et chacun de rappeler que ces langues régionales (plus d'une vingtaine en métropole et outre-mer) ne sont pas des "patois" comme ont pu les qualifier certains commentateurs ces derniers jours... Le Picard, le Breton, le Corse, l'Alsacien, le Flamand, le Basque, l'Occitan, le Créole, etc. Sur tous les bancs, des députés ont clamé leur attachement aux langues régionales.

Très applaudi, M. Molac a défendu avec verve "le trésor national" constitué par les langues régionales, "mais cette richesse est classée en grand danger d'extinction par l'Unesco". Le pourcentage des élèves les apprenant "est totalement insuffisant pour leur pérennité, on a besoin de mettre l'accélérateur" a souligné le député qui arbore en toutes circonstances un masque anti-Covid aux couleurs du Gwen-ha-Du, le drapeau breton.

Des réticences 

Du côté du ministre de l'éducation, on parlerait de prudence : "Nous sommes tous favorables au développement des langues régionales mais nous avons le droit d'être attentifs aux modalités", a souligné le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, accusé par Marc Le Fur (LR, Côtes d'Armor) d'avoir "la nuque raide". Les arguments contre la pédagogie en "immersion" n'ont pas davantage convaincu l'hémicycle. "Il y a une graine" que M. Blanquer ne voulait pas voir semée et qui selon lui comporte des risques dans les décennies à venir "si nous voulons que tous les enfants apprennent le français".

D'autres sont plus réticents face à cette démarche pro-langues régionales comme le chef de file des députés LREM Christophe
Castaner ou de l'insoumis Alexis Corbière. 
Attention à ne pas "remettre en cause certains principes fondamentaux de notre école publique", a prévenu sans succès M. Castaner en rappelant les équilibres précaires qui ont mis fin à la guerre scolaire entre public et privé.

Malgré l'appel à repousser le texte par le groupe LREM, la proposition de loi a finalement été largement adoptée par 247 voix pour, 76 contre et 19 abstentions sous les vivats d'une grande partie de l'hémicycle. Une démonstration rare. Comme le "Bro gozh ma zadoù" (Vieux pays de mes ancêtres), entonné à pleins poumons par les députés bretons sur les marches du Palais Bourbon peu après.

 

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