LGV Bordeaux-Toulouse. Après deux jours et une nuit de mobilisation, un collectif appelle "à rejoindre le mouvement" pour protester contre le projet à 14 milliards d'euros

La LGV, ils n’en veulent pas. Ce samedi 20 avril, le collectif 'LGV Non Merci' organisait une mobilisation à Cadaujac pour dénoncer le projet de ligne à grande vitesse reliant Bordeaux à Dax et Toulouse. Plus de trois cents personnes ont répondu à l'appel. Ils ont passé la nuit sur place, et annonce poursuivre la mobilisation dans les prochains jours.

Le programme 'La Grande Vadrouille' est lancé. Dans la foule, parmi les 300 manifestants, aucun Louis de Funès pourtant. Le ton est d'ailleurs bien plus sérieux. Ici, à Cadaujac, les centaines de manifestants issues de plusieurs collectifs protestaient contre le projet de ligne à grande vitesse entre Bordeaux, Dax et Toulouse.

 Expropriations

Malgré le démarrage des travaux et des études préalables au chantier, les treize collectifs, issus de cinq départements et réunis sous la bannière 'LGV Non Merci' continuent leur combat. Ils se sont rassemblés vers 14 h, à la gare de Cadaujac, où ont déjà commencé les travaux de la future ligne. “C’est un projet qui a subi une enquête d'utilité publique défavorable à 90 %, l’État est passé par-dessus. On ne nous a pas demandé notre avis, c’est un déni de démocratie”, fulmine Bernard Barrois, un des manifestants.

Sur place, des prises de paroles étaient organisées avant une déambulation dans la ville de Cadaujac. “Des arrêts sont prévus afin de visibiliser les destructions déjà occasionnées ou qu’occasionnerait un tel projet”, précise le collectif. Parmi elles, des expropriations, des maisons rasées ou encore la destruction de zones humides. Sur l’une des maisons concernées, les noms des protagonistes du dossier sont inscrits. "C'est une maison déjà expropriée, et dans toute la rue, sur un côté, les autres subiront le même sort”, précise Bernard Barrois. 

Une destruction des habitations qui touche autant les humains que les animaux, selon les collectifs. La manifestation s’est d’ailleurs achevée dans une zone humide menacée. “Il faut que les gens prennent conscience de l’inutilité de ce projet et les alternatives exposées depuis des années. Ce sont des dégâts environnementaux importants et un gaspillage d’argent”, martèle Stefan, un manifestant.

Symbole de leur ténacité, les manifestants ont investi hier soir une ferme "vouée à la destruction". Malgré la présence régulière des policiers, la quarantaine de membres du collectif appelle a la poursuite de leur action. "Les occupants lancent ainsi dès ce dimanche midi un appel général à rejoindre le mouvement avec couchages et de quoi rendre le lieu confortable", précise LGV Non Merci dans un communiqué.

14 milliards d'euros

Autre problème pointé par les collectifs : le coût du projet, évalué à 14 milliards d’euros. “Ça va simplement servir à une petite quantité de personnes alors que la masse est laissée-pour-compte, avec des trains du quotidien qui ne fonctionnent pas”, indique Laurence, une habitante de Langon.

Un montant qui pourrait être divisé par quatre selon les membres des collectifs. “Les études sur la rénovation des lignes existantes estiment à quatre milliards d’euros le projet”, répète Bernard Barrois.

Tout ça pour aller un peu plus vite d’une métropole à l’autre.

Laurence

Membre du collectif LGV Non Merci

Dans les collectifs, d’autres soulignent les impôts auxquels devront s’astreindre les communes environnantes. “On doit payer une taxe, la TSE, pendant quarante ans. C’est un projet national financé par les locaux”, rappelle Bernard Barrois.

Depuis février 2023, le collectif a déjà réalisé une dizaine d’actions en Aquitaine. Infiltration au Conseil régional, rassemblements dans les communes concernées par le futur tracé ou encore blocage du chantier, des premiers travaux, les associations multiplient les actions depuis un an pour mettre un coup d’arrêt. 

Prévue pour 2032

Invité de notre émission, Dimanche en Politique, du 17 février, Alain Rousset le président de la Région, n’en démordait pas. Selon lui, plus que jamais, cette ligne a son utilité. "Il faut convaincre encore. On peut critiquer la LGV qui va passer à 320 km/h. Mais elle va concerner des millions de personnes entre Bordeaux et Toulouse, Bordeaux et Hendaye et Toulouse et Hendaye".

À l’image des collectifs, certains politiques, dont Pierre Hurmic, dénoncent également ce projet. Des élus locaux ont également demandé un moratoire.

Large de vingt mètres, la ligne devrait transformer plus de 120 hectares de terrains agricoles en gravières, pour extraire le béton qui servira à la construction de la ligne LGV.  En Gironde, comme à l'autre bout de la ligne à Toulouse, des travaux préparatoires ont déjà démarré. Selon les prévisions du GPSO, la LGV devrait voir le jour d'ici à six à sept ans, aux alentours de 2032.

Les travaux préparatifs, fixés par le GPSO (Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest) ont commencé en décembre en Gironde à Cadaujac. D'autres ont, en parallèle, lieu au nord de l'agglomération toulousaine. En janvier, l'Union européenne a accordé une première enveloppe de 60 millions d'euros pour ces travaux.

Au total, la ligne devrait parcourir 327 km entre l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine.