Marie, victime de violences conjugales : “ il faut qu'elles parlent ”, conseille-t-elle aux autres femmes

Nous l'appellerons Marie. Elle témoigne des violences conjugales qu'elle a subies pour inciter les autres femmes en détresse à parler, à demander de l'aide. / © Christine Le Hesran
Nous l'appellerons Marie. Elle témoigne des violences conjugales qu'elle a subies pour inciter les autres femmes en détresse à parler, à demander de l'aide. / © Christine Le Hesran

De ses années de galère, de peurs et de détresse, Marie a appris une chose : parler, appeler à l'aide, ne pas s'enfermer dans le déni. Elle a subi des violences conjugales psychologiques jusqu'au déclic où elle est partie avec ses deux enfants en bas-âge. Elle veut témoigner pour aider les autres. 

Par Christine Le Hesran

Nous l'appelerons Marie car elle souhaite garder l'anonymat. Voilà neuf ans qu'elle a quitté le foyer conjugal dans un coin de l'ouest de la France. Elle a trouvé refuge dans le sud-ouest, avec ses deux enfants en bas âge à l'époque. 


Elle souhaite témoigner pour encourager toutes les femmes victimes de violences conjugales à parler. Faire ce qu'elle n'a pas forcément fait à l'époque. " La honte et le déni" l'en ont empêchée reconnaît-elle aujourd'hui. 

Il faut qu'elles osent le dire à quelqu'un pour s'en sortir, il ne faut pas qu'elles restent. Partir comment, quand, et pour aller où... c'est toute la question, mais il faut qu'elle osent parler car ce sont elles les victimes. 
Marie

 
VOUS AVEZ LA PAROLE


Mari a subi des années de brimades, de violences psychologiques, jamais physiques. Des humiliations comme " grosse vache ", des menaces de mort... La peur qui gagne, la détresse aussi. Mais comment partir quand on a deux enfants en bas âge, et un toit conjugal ?

" Moi, je pensais que les violences conjugales c'était les femmes battues, je m'arrêtais à ce cliché là, explique-elle. C'est vraiment de la méconnaissance. Dans l'intime, j'assimilais ça à des problèmes de couple, je ne voyais pas ça comme de la violence, même si je savais que ce que je vivais n'était pas normal. "

Ensuite, ça se traduit par un isolement familial, amical, voire géographique. Par des phrases immondes, par des yeux qui vous font froid dans le dos, des phrases abominables qui vous marquent à vie
Marie


Petit à petit, au cours des dix ans de vie commune, la peur la tétanise, empêchant toute réaction. " La peur que quelque chose de pire nous arrivera ensuite, alors qu'on est déjà en train de vivre le pire... mais on ne s'en rend pas compte ", analyse-t-elle aujourd'hui.


Porter plainte fait peur


Marie a bien pensé à porter plainte, puis a reculé. Elle s'est retrouvée comme beaucoup de femmes, prise au piège.  Porter plainte et après ? L'après peut être encore pire en raisons des représailles.
 

La personne victime ne va pas porter plainte car les suites sont préjudiciables, c'est pour ça qu'on ne porte pas plainte.
Marie


Partir où, quand, comment ?


Et puis un jour, le départ. Pour Marie, il y a eu un déclic.  L père de ses enfants a porté la main sur l'un d'entre eux. " Là on se dit que ce n'est pas qu'une affaire de couple.... "

Elle prend son courage à deux mains. Elle ne rentrera pas de ses vacances, alors qu'elle est partie avec ses deux enfants. Elle a la chance d'être hébergée dans la famille, ne pas avoir à se poser dans l'urgence la question du logement. Un obstacle qui en freine plus d'une à partir.
 
Le numéro d'urgence pour lutter contre les violences conjugales. / © ERIC FEFERBERG AFP
Le numéro d'urgence pour lutter contre les violences conjugales. / © ERIC FEFERBERG AFP


Une fois cette étapie franchie, le temps file à vive allure, trop vite, et les tâches se succèdent : consulter un avocat pour savoir quoi faire en pareille situation, scolariser les enfants, trouver un emploi, un logement, s'occuper des enfants encore petits, compter chaque pièce pour tenir tout le mois... Il lui faut déployer une énergie que des femmes n'ont plus parfois. Marie s'accroche, c'est dans son tempérament. Malgré les pleurs et les angoisses qui viennent la nuit, les insomnies qui se succèdent.
 

" On le paie encore "


En dépit de sa ténacité, les galères restent nombreuses. Des démarches judiciaires à n'en plus finir, des pensions alimentaires qui ne viennent pas, un huissier négligent, l'argent qui ne rentre pas et pour finir, la saisie sur salaires pour le crédit de la maison qu'elle a déjà quittée depuis des années : son ex-compagnon est insolvable. La descente aux enfers continue, la dépression s'installe avec la fatigue et l'épuisement.  Marie donne tout pour préserver les enfants. 


" Je n'ai pas été aidée. Le bourreau s'en sort, et nous on essaie de s'en sortir, on ose dire les choses, et finalement, on le paie encore, même après. "

On paie le prix de la liberté et rien n'est jamais vraiment fini. 
 


" Se faire aider, on ne fait rien toute seule "


Heureusement, il y a de belles rencontres, des coups fils qui vous sauvent. Marie, dans la détresse, reçoit le conseil d'un avocat bénévole du CIDIFF, le centre d'information sur les droits des femmes et des familles. "Ca a été un élément essentiel de ma survie. Cet avocat m'a dit comment m'en sortir pour pouvoir rester ic, quelles démarches accomplir. Il était très bien"

 

L'avocat bénévole lui donne la voie à suivre : surtout ne pas rentrer au domicile conjugal ou à proximité, favoriser l'éloignement, faire des démarches immédiatement pour la garde des enfants, les inscrire à l'école. 


Malgré toutes ces démarches très lourdes, le risque pris et l'incertitude dans l'avenir, Marie ne regrette surtout rien. "Je suis heureuse, même si j'ai un passé douloureux, malgré les insomnies et les problèmes d'argent. Je suis heureuse", répète Marie, enfin libre et capable de décider de son destin.


Les violences conjugales en France  en quelques chiffres : 


 

Le CIDFF à Bordeaux : une chance pour les femmes

Le CIDFF accueille les femmes victimes de violences, quelle que soit la nature des violences subies (au sein du couple, harcèlement au travail, dans l'espace public, viols, prostitution...).

► C'est un accueil « diagnostic » avec différentes portes d'entrée (juristes, conseillères insertion,) sur l’antenne de Libourne et sur l'ensemble de nos permanences en Gironde.
Cet accueil vise à autoriser les personnes à exprimer la violence sans être stigmatisée et sous couvert d’anonymat, donner les premières informations et proposer un accompagnement.

► L'accompagnement est un processus qui s'inscrit dans la durée et dont le rythme varie en fonction des besoins de la victime et des contraintes judiciaires.

► En matière de victime de violence l’urgence consiste à écouter, rassurer
et permettre un retour à la vie normale.

► Le CIDFF Gironde est très sollicité par les victimes de violences, principalement dans le cadre des
violences de couple. Chaque année le centre reçoit environ 1500 femmes victimes de violences. 
► pour le joindre : 05 56 44 30 30
► Pour s'y rendre : 13 rue Thiac 33000 Bordeaux
► quand :  Le CIDFF à Bordeaux est ouvert de 9h00 à 13h00 et de 14h00 à 17h00 du lundi au vendredi

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