A Bordeaux, une sage-femme réagit aux annonces d'Olivier Véran : "Nous sommes toutes écœurées"

Ce jeudi 16 septembre, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé une revalorisation de la rémunération des sages-femmes. Insuffisantes, selon ces dernières, qui déplorent que sur ce sujet, les recommandations de l'Inspection générale des affaires sociales n'aient pas été suivies.

"On se fout de nous". Au lendemain des annonces du ministre de la Santé Olivier Véran, Anne-Laure, sage-femme à l'hôpital Pellegrin, ne comprend pas. "J'ai cru que c'était une blague", souffle-t-elle. Ce jeudi, Olivier Véran a pourtant annoncé une revalorisation salariale pour la profession à compter de janvier 2022 : 100 euros de prime, puis 100 euros brut de plus sur le salaire.
"Depuis 2014, on nous annonce une revalorisation salariale, rappelle Anne-Laure. Lors du Ségur de la Santé, nous étions déjà les grandes oubliées. Lorsque nous avons protesté, on nous a demandé d'attendre le rapport de l'Igas, l'Inspection générale des affaires sociales. Tout ça pour entendre ça…"

Le précédent du Ségur de la Santé

Publié le 10 septembre, ledit rapport conclut une mission déclenchée en avril 2021. Il devait répondre à la colère des sages-femmes, exprimée notamment à l'issue du Ségur de la Santé en 2020. 
À l'époque, les sages-femmes avaient déjà dénoncé un sentiment d'exclusion de cette grande réunion, visant à refonder le système de soins français. Classées dans la catégorie "personnel non médical", les sages-femmes n'avaient alors eu droit qu'à une revalorisation de 183 euros net par mois.

Un rapport sur l'évolution de la profession

Un an plus tard, l'Igas revient donc en 109 pages sur l'évolution de la profession. Parmi la trentaine de recommandations, entre la création d'un statut spécifique pour les sages-femmes encadrantes ou la mise en place d'une mission d'évaluation sur la formation initiale, figure une mention sur les salaires.
Ainsi la recommandation n°12 enjoint à "revaloriser sensiblement le niveau de rémunération dès l’entrée dans la carrière de sage-femme hospitalière, mesure à étendre aux professionnelles des autres types d’établissements".

2 000 euros en début de carrière

Selon ce rapport, le salaire moyen d'une sage-femme exerçant dans des établissements publics de santé s'élève à 2 757 euros net en 2017, contre 2 305 euros pour les infirmières. 
En début de carrière, après cinq années d'études dont une commune aux étudiants en médecine, une sage-femme perçoit 2 055 euros net. Elle finira sa carrière sur une rémunération de 3 320 euros.
"On nous demande de plus en plus de responsabilités, nous faisons face à un nombre d'accouchements qui ne cesse d'augmenter. Pour autant, nous ne sommes pas plus nombreuses, il y a même une pénurie de sages-femmes. Forcément, où est l'attractivité du poste ?", commente Anne-Laure

"Une revalorisation salariale significative semble justifiée pour repositionner, plus harmonieusement et logiquement, les sages-femmes dans l’échelle des rémunérations de toutes les professions soignantes, médicales ou non au sein de l’hôpital", précise le rapport. Celui-ci émettait plusieurs hypothèses de revalorisation salariale, avec des montants oscillant entre 356 et 624 euros net.
"Ces préconisations n'ont pas du tout été suivies par le ministre de la Santé, se désole la sage-femme de Pellegrin. La Bordelaise relate avoir échangé, via les réseaux sociaux, avec ses collègues de toute la France. Nous sommes toutes écœurées qu'on nous présente une revalorisation aussi minime, surtout après avoir autant attendu".

Dans les faits, dans la pratique et devant le juge, si un jour notre responsabilité est engagée, nous sommes considérées comme une profession médicale. Pourtant, notre rémunération est indexée sur celles des professions paramédicales.

Anne-Laure, sage-femme à l'hôpital Pellegrin

Dans un communiqué, l'ordre des sages-femmes a, également regretté des revalorisations, "bien insuffisantes pour redonner de l'attractivité à la profession et améliorer la prise en charge des nouveaux-nés. "

De son côté, Anne-Laure assure que la profession n'entend pas en rester là, et prévoit des actions de protestation. "Nous n'avons vraiment plus envie d'être sages", prévient-elle. 

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