Anne-Laure, sage-femme à Pellegrin : "on a été complètement oubliées du Ségur de la Santé"

La revalorisation des salaires des sages-femmes, décidée lors du Ségur de la Santé,  est bien en dessous de leurs espérances. A Bordeaux, Anne-Laure témoigne de sa lassitude, et déplore un "mépris" venu d'en haut. 
Les sages-femmes regrettent d'avoir été mises à l'écart du Ségur de la santé (image d'illustration)
Les sages-femmes regrettent d'avoir été mises à l'écart du Ségur de la santé (image d'illustration) © LAURENT THEILLET/MaxPPP

Elle se dit écoeurée. Pour Anne-Laure, sage-femme à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux, l'attitude du gouvernement envers sa profession à l'occasion du Ségur de la Santé a été "la goutte d'eau de trop".

"On a été complètement oubliées, nous les sages-femmes. Nous n'étions même pas conviées au Ségur. Personne n'était là pour nous représenter ou nous défendre. 

Anne-Laure, sage-femme à l'hôpital Pellegrin 


A la sortie du confinement le 17 mai, le ministre de la Santé Olivier Véran annonçait un Ségur de la Santé, soit une grande réunion entre représentants du gouvernement et les syndicats du monde de la Santé afin de discuter ensemble de la refondation du système de soin français. 

Le 9 juillet, un accord est trouvé autour d'une revalorisation des salaires des soignants du secteur public, dont les conditions de travail ont été mises à rude épreuve pendant la crise sanitaire. Il est donc décidé que 8,2 milliards d'euros seront consacrés à la "revalorisation des métiers des établissements de santé et des EHPAD et à l’attractivité de l’hôpital public". 
Soit 183 euros net par mois supplémentaires pour les professionnels non médicaux. Le même texte comprend notamment plusieurs revalorisations pour les médecins hospitaliers. Ceux qui travaillent dans le public sans avoir recours aux dépassements d'honoraires verront leur prime, actuellement entre 490 et 700 euros brut, passer à 1010 euros.

"Professionnels non médicaux"

Et pour les sages-femmes ? Ces dernières sont associées à la catégorie des professionnels non médicaux, contrairement au texte du Code de la Santé publique. 

Anne-Laure, comme ses collègues, a découvert cette qualification via un courrier adressé par le ministre de la Santé aux soignants. "Ca nous a fait bondir, raconte Anne-Laure qui assure que la colère est partagée parmi l'ensemble de la profession. Monsieur Véran doit bien savoir que nous sommes des professionnelles médicales. C'est un titre lié à nos études, notre responsabilité et nos compétences." 

Revalorisation insuffisante

Le diplôme de sage-femme s'obtient après cinq années d'études, et permet ensuite à la profession non seulement d'assister pleinement les femmes dans leur accouchement, mais également d'assurer le suivi de grossesse, le suivi gynécologique en l'absence de pathologie lourde, les IVG, la vaccination de la mère et du nouveau-né…
"En début de carrière, une sage-femme est payée 1 700 euros à l'hôpital, rappelle Anne Laure. Un dentiste, qui a étudié six ans, soit un an de plus que nous, touchera lui 3 800 euros. Même en fin de carrière, je ne suis pas certaine que la sage-femme puisse atteindre la rémunération du dentiste débutant."

Le stress du Covid-19

La crise sanitaire a durci les règles d'accouchement, contraignant de nombreuses mères à accoucher sans être entourées par leurs proches, interdits de visite. "Nous nous sommes retrouvées avec des patientes seules, particulièrement vulnérables. C'était très éprouvant".
A ces difficultés s'ajoute l'angoisse, comme pour tous les soignants, de transmettre le virus. "On rentre toujours chez soi en espérant avoir bien fait tous les gestes, afin de ne pas infecter la famille. On a beau prendre toutes les précautions, on n'est jamais très sereines". 

Des revendications qui durent

Eprouvées par la crise sanitaire, les sages-femmes ont d'autant plus mal vécu ce qu'elles interprètent comme un manque de reconnaissance de leur ministère de tutelle. Les années 2013 et 2014 avaient déjà été marquées par des manifestations de la profession. En 2001, un grand mouvement de grève national avait marqué les esprits. Déjà à l'époque, la rémunération et la question de leur statut étaient au centre des revendications.

"Ca a toujours été comme ça, soupire Anne-Laure. On se demande si c'est parce que nous sommes une profession de femmes que nous sommes si peu entendues, ou parce que nous sommes peu nombreuses (24 000 sages-femmes en France, ndlr) que nous devons nous battre pour essayer d'être reconnues"

La réponse d'Olivier Véran

Le 22 juillet, Olivier Véran répondait à ce sujet sur le plateau du 20 heures de France 2. "J'ai vu qu'il y avait une mobilisation des sages-femmes. Elles ne sont pas du tout abandonnées", assurait alors le ministre.

Les syndicats ont souhaité que tout le monde ait une revalorisation de près de 200 euros net par mois.  Les sages-femmes la perçoivent au même titre que tous les professionnels de santé à l'hôpital. Elles bénéficieront également d'un contrat d'engagement collectif (...) et elles pourront toucher également 100 euros net de plus par mois.

Olivier Véran, ministre de la Santé et des Solidarités


 Une réponse insuffisante pour Anne Laure. Partout en France, comme elle, des sages-femmes mobilisent médias, élus et politiques afin, elles l'espèrent, de faire porter leur message.  "Nous sommes une minorité, mais on espère que ça va enfin faire bouger les choses" .







 
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