Pénurie de main d’œuvre : comment les entreprises peuvent-elles faire face ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marie-Luce Rigout & Caroline Hubert

Le manque de candidats à l’embauche s’est clairement accentué au cours de ces derniers mois. Il existe une réelle pénurie de candidats dans un très grand nombre de secteurs d’activité et particulièrement dans les transports, le bâtiment et la restauration.

Comment les entreprises peuvent-elles faire face à cette pénurie de main d’œuvre ? Doivent-elles repenser leurs critères de recrutement ?  

De nombreux secteurs rencontrent des difficultés de recrutement. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

En effet, tous les indicateurs le démontrent. Un nombre d'offres d'emploi record au Pôle Emploi, et selon l'APEC, le volume trimestriel d’offres d’emploi cadre a dépassé celui de 2019, à trimestre comparable (+8 % au 3e trimestre ). Dans le secteur d'activité du digital qu'adresse le cabinet de recrutement Altaïde, c'est une hausse de + 50% d'offres en 2021 versus 2019. C'est énorme !
Plusieurs explications à cela :  
- les sorties de crise (ou en tous cas un retour presque à la normalité pour celle du Covid), sont toujours génératrices de recrutement actif. Les entreprises ont levé le pied en 2020, ont moins recruté et aujourd'hui il faut rattraper le retard et accompagner l'embellie économique,
- le turnover (départs volontaires de salariés) repart à la hausse, en particulier chez les cadres. Pour certains frustrés de ne pouvoir changer pendant un an et demi sans prendre de gros risques, l'horizon s'est éclairci et les opportunités sont là,
- la crise Covid a été un formidable "booster" de l'innovation et de la transformation digitale des entreprises. Les conséquences se traduisent par des réorganisations internes avec des créations de postes à la clé. Le Digital au sens large en est le principal bénéficiaire. Des secteurs sous-estimés tirent aujourd'hui la croissance du marché de l'emploi. Le secteur du e-commerce génère à lui seul 120 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2020. Ce chiffre devrait progresser de 15% en 2021 (Source FEVAD). Derrière, c'est bien entendu des milliers d'emplois et des emplois induits. Quand Dassault annonce un contrat du siècle à 16 Milliards d'euros pour son Rafale, contrat qui sera étalé sur plusieurs années, le e-commerce fait près de huit fois plus chaque année ! 

Y a-t-il une inadéquation entre la formation et les compétences recherchées par les entreprises ?

Très clairement, l'adaptation de la formation ne va pas aussi vite que l'évolution des demandes des entreprises. Dans une période où l'on parle beaucoup de recrutement sur les seules compétences pour compenser le manque de formation, il faut fortement nuancer. En effet la performance d’une personne est la combinaison de ses “hard skills” (formation + expérience) et de ses “soft skills” (traits de personnalité).  Recruter des talents ne veut pas dire se concentrer sur l’un ou l’autre, c’est bien la combinaison des deux qui fera la différence. Chez Altaïde, nous observons que tous les voyants actuels du recrutement IT / Digital sont au rouge ou à l’orange que ce soit pour des profils techniques / IT et pour de plus en plus de métiers du marketing digital. La France manque d'étudiants formés au code informatique, à la maîtrise des algorithmes, mais aussi du marketing digital. Or, cela fait des années que les professionnels tirent la sonnette d'alarme.  C'est le cas dans beaucoup d'autres branches également. Allez donc recruter un soudeur-chaudronnier, c'est aussi un métier en pénurie comme les informaticiens. Point positif, de nombreuses écoles privées ouvrent en étant accessibles à tous par l'alternance. Le monde universitaire doit encore se transformer, être plus proche des entreprises et non pas les fuir. L'accès à la connaissance n'a jamais été aussi facile grâce à la formation à distance. Les entreprises prennent aussi les choses en main. Former ses futurs salariés est un des meilleurs moyens de faciliter son recrutement.                

 

Les entreprises ne doivent elles pas rendre leurs offres d emplois plus attractive et peut être même repenser leurs critères de recrutement ?

Cela fait vingt ans que l'on nous parle de la guerre des talents. Aujourd'hui nous sommes en plein dedans ! Il est donc impératif aujourd’hui que les recruteurs en entreprise renforcent à court terme leurs moyens de recrutement.
Quelques pistes pour les recruteurs :
- définir et marketer leur marque employeur pour proposer une promesse employeur attractive,
- améliorer la vie au travail (locaux, animation, management, remote hybride…),
- professionnaliser son process de recrutement pour apporter plus de transparence,
- instaurer un rapport de confiance avec les candidats,
- développer les moyens de sourcing et bien sûr les offres d'emploi proposées (souvent succinctes et mal écrites)
- se rendre plus visible dans son écosystème développer une véritable politique de stagiaires / alternants,
- consolider leur partenariat avec les meilleurs cabinets de recrutement.
Le moyen terme se prépare aussi maintenant !  Les entreprises les plus conscientes ont déjà pris des mesures. Entre autres : attraction d’alternants, création de formation interne, ouverture de poste aux freelance,...
Enfin, les entreprises gagnent à devenir ambassadrices de leur territoire en communiquant sur leurs atouts en complémentarité avec les acteurs institutionnels. Une action essentielle pour aider les candidats potentiels à s’y projeter.

Chaque semaine, dans Ô boulot,  Jacques Froissant vous donne des conseils pour optimiser vos recherches d’emplois 

 

Au programme d’Ô boulot également :

  • Mode d’emploi avec Aurore Vinzerich : chefs d’entreprises, comment retenir vos talents ?  
  • Bien joué : Bernicia, un des leaders en Nouvelle-Aquitaine de la communication par l’objet, recrute.
  • Pierre-Olivier Crespi, directeur associé, nous rappelle que cette communication reste une stratégie marketing très performante.
  • Métier de Ouf : découvrez avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Nouvelle-aquitaine le métier de chocolatier.