Rentrée scolaire : qui va payer les masques obligatoires de nos enfants pour lutter contre la Covid-19 ?

Des masques pour tous les élèves dès 11 ans : la problématique de la rentrée est au coeur des interrogations du corps enseignants et des familles. Certains demandent la gratuité des masques. Le gouvernement annonce ce mardi soir ne pas donner suite.
Le sujet est sensible. Car avec un compte rapide, il faudrait une dizaine de masques par élèves de plus de 11 ans par semaine dès cette rentrée.
À 95 centimes le masque chirurgical (prix plafonné), c'est un budget de 9, 50 euros par semaine et entre 38 et 42 euros par mois pour chacun, ce qui commence à représenter un sacré budget surtout si la famille est nombreuse.

C'est pourquoi, on s'oriente aujourd'hui vers l'usage et une éventuelle fourniture de masques textiles dits alternatifs, efficaces avec le respect des gestes barrières, distanciation, lavages des mains.

Mais qui va payer ? Pour le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, cela fait partie de "fournitures scolaires", mais des associations de parents d'élèves, des politiques demandent à l'Etat de prendre ces masques à sa charge.
 

Il ne s'agit pas de fournitures scolaires.

Lionel Causse, député LREM des Landes

Plusieurs voix s'élèvent contre cette notion. Et notamment Lionel Causse qui prône la gratuité des masques pour les collégiens, lycéens et étudiants. Le député LREM des Landes souhaite que ces masques soient fournis pour les élèves "de 11 ans jusqu'à la fin des études". Il préconise la fourniture de cinq masques textile par élève.
Il estime que, s'agissant de santé publique dans un contexte épidémique, cet achat va au-delà de simples "fournitures scolaires" comme évoqué par le gouvernement ou le ministre de l'éducation, même s'il devrait être gratuit "pour les plus modestes".

Il ajoute: " C'est bien que les collectivités territoriales s'impliquent, c'est à l'Etat d'être le garant de cette santé publique" parce que l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans et pour des raisons d'égalité entre les territoires.
Mais il faut aussi les fournir aux lycéens et "ne pas oublier les étudiants" qui vont commencer l'année avec pour certains un budget réduit car "beaucoup n'ont pas pu travailler cet été".

Selon lui, la mesure pourrait coûter 150 millions d'euros qu'il faudrait intégrer au plan de relance. L'occasion aussi de soutenir l'industrie textile.

Les départements mettent la main à la poche

Dans les Landes justement, le président du Conseil départemental, Xavier Fortinon, a annoncé qu'en l'absence de dotation de l'Etat, le département fournira deux masques textiles lavables aux collégiens landais pour la rentrée. Parallèlement, le département a également "équipé" les agents départementaux des collèges publics landais de masques et visières de protection.


En Gironde, la présidente de l'association de parents d'élèves FCPE Gironde, Stéphanie  Anfray, demande, elle aussi, la gratuité des masques "au même titre que les professeurs et agents".

Non, ce ne sont pas des fournitures scolaires, on est en période de pandémie.

Stéphanie Anfray - présidente de la fédération de parents d'élèves FCPE GIRONDE -


Et le "coup de pouce" de l'allocation de rentrée scolaire, 100 euros, ne suffira pas non plus. Elle rappelle que " Famille de France" a évalué à 200 euros par mois le budget masques pour une famille de quatre personnes, en tous cas pour les masques jetables.
Ce coût, selon elle ne devrait peser "ni sur les finances des familles, ni des collectivités locales".
Sa fédération a d'ailleurs lancé une pétition en ligne pour réclamer les moyens adéquats pour cette rentrée particulière dont la problématique du coût des masques. Elle demande que : "des masques soient pris en charge gratuitement par la puissance publique, et que des masques FFP2 soient mis à disposition des enfants et personnels fragiles".

Des inquiétudes et une demande qui ont été entendus et partagés puisque, ce vendredi 28 août, Jean-Luc Gleyze, président du Département de Gironde, a décidé de doter gratuitement les 133 collèges (publics et privés) en masques réutilisables soit prés de 79 000 élèves.
Par ailleurs, les 1 300 agents présents dans les collèges, sont dotés de masques, de visières et de gel hydroalcoolique. 
 

Dans les Pyrénées-Atlantique, le Conseil départemental,  par la voix de son président Jean-Jacques Lasserre, a décidé "dans un esprit de responsabilité" d'équiper les collégiens de "10 masques textile lavables", "pour chacun des 31 500 collégiens des Pyrénées-Atlantiques".
"Ils seront distribués dans les 49 collèges publics et les 38 collèges privés du département dès la rentrée
."

Parallèlement, le Département équipe également les 2 600 agents départementaux et notamment ceux qui interviennent dans les collèges publics. 
 

Au lycée, un coup de pouce pour les familles en difficulté

La Région Nouvelle-Aquitaine "met à disposition des proviseurs un stock de masques afin d'aider les familles les plus en difficulté. Un premier stock toujours disponible leur avait été transmis dès juin, afin de palier en cas d'incapacité des familles".
La distribution sera donc, dès la rentrée, à discrétion des chefs d'établissement qui "sauront apprécier au plus près en dialogue avec les familles" les besoins de masques pour les lycéens.

Et les étudiants ?

Qu'ils soient de Bordeaux, Paris, Pau ou Agen, les syndicats étudiants de l'UNEF réclament la gratuité des masques. Pour Amandine Baesler, représentante du syndicat à Bordeaux, le coût des masques jetables a été évalué à 230 euros à l'année pour chaque étudiant. 

Cette rentrée 2020 est sans doute plus difficile que les autres années. Car si depuis quelques temps on assiste à de plus en plus de précarité parmi les étudiants, la Covid-19 a fragilisé le statut et le mode de vie des étudiants qui n'auront pas pu assurer un revenu complémentaire depuis le confinement et surtout pendant la saison estivale. Une augmentation du coût de la vie estudiantine que le syndicat a chiffrée à +3,60 % cette année encore. Et cette précarité touche bon nombre d'étudiants "boursiers ou non".

L'opposition s'empare du sujet

A la mi-journée ce mardi 25 août, plusieurs dirigeants de l'opposition, dont Yannick Jadot (EELV) et Damien Abad (LR), ont réclamé des distributions gratuites de masques dans les collèges et les lycées où son port sera obligatoire à la rentrée.
"C'est le rôle du ministère de l'Éducation nationale de s'assurer d'une distribution gratuite des masques dans les écoles et dans les collèges, ça nous semble indispensable et nécessaire", a estimé sur Franceinfo Damien Abad, qui, en revanche, "n'est pas favorable à la gratuité généralisée des masques pour l'ensemble de la population française".
Yannick Jadot sur Franceinfo a réclamé que le coût soit pris en charge par l'Etat et non par les collectivités locales.
Pour l'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, interrogée sur France 2, " Il faut qu'il y ait un accord entre l'État et les collectivités locales (...) et qu'il y ait un partage de cette prise en charge de la dépense pour les familles".
"Si les masques sont obligatoires à l'école, ils doivent être gratuits. Car l'école dans notre pays est gratuite et obligatoire", avait demandé dimanche le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon.
Plusieurs élus communistes, dont le député Sébastien Jumel, ont fait la même demande dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Jean Castex.
Ce mardi soir, le gouvernement fait savoir, à l'issue d'un conseil de défense, que l'Etat ne fournira pas de masque gratuitement.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société éducation