Reprise de cours : dans quel état d’esprit sont les enseignants ? Paroles de profs en Nouvelle-Aquitaine

Impatience, lassitude mais aussi inquiétude. Voilà les sentiments qui dominent parmi les enseignants du second degré. À moins d’une semaine de la rentrée scolaire après les vacances de Pâques, ils sont nombreux à réclamer plus de clarté de la part du ministère de l’Éducation nationale. 

Photo d'illustration. Un distributeur de gel hydroalcoolique dans la cour d'un lycée.
Photo d'illustration. Un distributeur de gel hydroalcoolique dans la cour d'un lycée. © Damien Meyer / AFP

Le retour en classe des élèves du premier degré est prévu le 26 avril. Pour les lycéens et collégiens, la scolarité se déroulera dans un premier temps à la maison, avec un retour en classe à compter du 3 mai. Pour la communauté éducative, cette rentrée, marquée par la crise sanitaire, peut être source de stress.

"Comment remotiver les élèves ?" 

"Notre plus grande crainte, c’est que l’on reprenne les cours dans de mauvaises conditions avec une plus forte proportion de cours en distanciel. Il y a des jeunes que je ne vais pas revoir physiquement avant cinq semaines ! C’est long !", regrette Guillaume Léglise, professeur d'histoire géographie au lycée Brémontier de Bordeaux.

Fataliste, il reconnaît qu'enseigner derrière son écran d'ordinateur, ce n'est pas l'idéal, ni pour les élèves ni pour les profs. "Mon cœur de métier, c'est le contact et ça me manque énormément !".

Autre source d'inquiétude : le niveau des élèves: "il y a des jeunes qui m'ont dit 'bonnes longues vacances' alors que ce ne sont que les congés de printemps ! Certains sont persuadés que l'année scolaire est terminée... On va avoir beaucoup de mal à les remotiver", conclue-t-il.

"Il faut alléger les programmes" 

Mathieu Dumoulin est professeur de mathématiques au lycée François Mauriac de Bordeaux.  Et il s'inquiète pour ses élèves de terminale à l'approche du baccalauréat."Ils sont dans le stress le plus total. Nous aussi, nous ne savons pas vraiment comment les préparer".

Et de réclamer "un cadrage national plus fort : nos élèves sont perdus. Nous souhaitons un allègement du contenu des programmes, car tous n'ont pas le même niveau d'apprentissage. Les cours en visioconférence, ce n'est pas la panacée. Ils permettent de maintenir le lien social, mais je ne peux pas me permettre de faire comme si de rien n'était : certains de mes élèves ont carrément perdu les bases de calcul lors du premier confinement. Il aurait fallu en tenir compte et alléger les programmes. Le problème, c'est qu'on leur demande beaucoup d'autonomie dans leur travail, or tous ne l'ont pas".

"Nos élèves sont perdus à l'approche du bac", déplore le professeur Mathieu Dumoulin.
"Nos élèves sont perdus à l'approche du bac", déplore le professeur Mathieu Dumoulin. © DR

Quid du nombre d'élèves dans les classes? Là aussi, certains dénoncent une disparité sur le territoire en fonction de l'établissement. Pour Mathieu Dumoulin,"il faudrait qu'il y ait une demi-jauge partout dans le secondaire, sinon, c'est inégalitaire. Pour l'instant, rien n'est tranché", regrette-t-il.

"On demande la neutralisation du grand oral"

Un manque de clarté que déplore également le représentant académique du SNES, Jean Pascal Meral : "Il y a une réelle inquiétude sur la capacité de l'éducation nationale à maintenir l'examen du bac. Pourquoi n'annule-t-on pas purement et simplement le grand oral ? Cette épreuve phare de la réforme Blanquer a été mal définie et mal préparée dès le départ. On demande donc la neutralisation de ce grand oral pour les élèves de terminale."

"Tenir jusqu’au bout, pour que l’année scolaire soit la moins incomplète, la moins chaotique possible dans le contexte sanitaire actuel," c'est l'objectif affiché du syndicat. "On réclame aussi une meilleure anticipation de la rentrée de septembre 2021. C’est un énorme enjeu. À chaque fois, le ministère de l'Éducation nationale nous dit qu'on est prêt, mais c’est faux. Il y a une absence d’anticipation" conclue-t-il.

"Un manque d'anticipation et de retour d'expérience" 

Nathalie Grégoire est professeur d'histoire géographie au collège Henri de Navarre à Coutras en Gironde et elle ne mâche pas ses mots à l'encontre de l'Éducation nationale.

"Je constate qu'il y a un manque de préparation à chaque rebond de la crise sanitaire". La fermeture anticipée des établissements, elle la déplore : "On est passé du tout ouvert au rien !". Même si elle reconnaît qu'elle a vécu le retour à l'enseignement à distance plus sereinement par rapport au confinement du printemps dernier, elle aurait aimé "plus d'échanges, des aménagements de temps entre collègues pour discuter sur notre retour d'expérience. Rien de tout cela, c'est un fiasco général !"

En ce qui concerne le protocole sanitaire mis en place, Nathalie Grégoire espère que la réouverture des écoles après les vacances de Paques se fera dans le respect de tous : élèves, profs et familles. "On demande les mêmes choses depuis le début de la pandémie : des effectifs réduits de moitié dans toutes les classes, ce n'est pas le cas dans les collèges et je le regrette !". Et de réclamer un plan de vaccination anti-covid "plus ambitieux" pour tous les enseignants.

Bref, la colère monte dans le monde enseignant. Ce vendredi 23 avril, Jean- Louis Nembrini, vice-président du conseil régional de Nouvelle- Aquitaine en charge de l'éducation, présentera ses mesures pour "bien préparer la rentrée scolaire".

Il fera notamment un point sur l'ensemble des contributions du conseil régional : mesures d'adaptation à la situation sanitaire, mise en oeuvre de la continuité pédagogique, mesures de solidarité en faveur des familles les plus précaires, aides à l'orientation et à l'insertion professionnelle.

Autant de mesures très attendues, à la veille de la reprise des cours pour les lycéens et les collégiens.

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