Face à la baisse du volume du courrier, la direction de La Poste envisage de réorganiser la distribution en profondeur. Avec en alternance des tournées plus denses sur certains quartiers et allégées sur d'autres. Les syndicats redoutent l'allongement du kilométrage, l'épuisement professionnel et une vague de suppressions de postes.
Voilà l'exemple d'une réorganisation de tournée, telle qu'ont pu la découvrir les syndicats de La Poste il y a quelques mois.
Zones denses et zones allégées
Dans ce schéma, la distribution quotidienne du facteur est partagée en deux zones : l'une dite "dense", l'autre "allégée".
"Cela montre une répartition les lundis, mercredis et vendredis pour une zone et les mardis et jeudis pour l'autre" décrypte Willy Dhellemmes, représentant du syndicat Sud PTT à Bordeaux, syndicat majoritaire pour la branche courrier en Gironde.
Dans la partie allégée, on distribuera uniquement les courriers dits urgents
Willy Dellhemmes - Sud PTTà France 3 Aquitaine
Parmi ces courriers urgents, on retrouvera "la presse quotidienne ou les recommandés. Et dans la zone dense, ce sera le courrier accumulé à J+2, J+3 ou plus", précise le syndicaliste.
Des milliers de postes de facteurs supprimés ?
Pour lui, l'objectif est limpide. "On économise du temps d'arrêt, on augmente la distance parcourue et on a moins besoin de personnel. On estime à 30 000 le nombre de postes qui pourraient être supprimés avec ce système, peut-être dès 2025" s'inquiète Willy Dellhemmes.
Il explique que, pour la Gironde, c'est la plateforme industrielle de Cestas, chargée du pré-tri automatique, qui décidera de la répartition. "Elle dira par exemple cette lettre, on a jusqu'à après-demain pour la distribuer donc on la garde. On la regroupe avec d'autres lettres. C'est comme ça qu'ils vont arriver à densifier les tournées".
Neufs sites expérimentaux en Nouvelle-Aquitaine
Ce nouveau système sera expérimenté dans soixante-huit villes cette année, dont neuf en Nouvelle-Aquitaine.
En Gironde, la commune de La Sauve-Créon serait concernée. Mais la liste est "susceptible d'évoluer" précise la direction régionale, qui assure, "à ce stade", ne pas avoir "encore la confirmation que le secteur de La Sauve-Créon fera bien partie de cette expérimentation".
Ailleurs en Nouvelle-Aquitaine, ce sont certains quartiers de Limoges (87), Dax (40), Cozes (17), Roullet (16), Salies-de-Béarn (64) et Châtellerault (86) qui ont été retenus pour ce test prévu pour commencer le 1er mars.
Une adaptation nécessaire
La Poste tient à démentir toute suppression de la tournée quotidienne, mais explique cette adaptation à venir comme nécessaire.
L'organisation actuelle date d'une époque où "le courrier en J+1 représentait la majorité des envois" assure-t-elle, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui".
Les lettres prioritaires ne représentent plus que 1,5% de la sacoche du facteur
Direction de La PosteCommuniqué de presse
Le projet est directement lié à la suppression du timbre rouge qui obligeait l'organisme de service public à une distribution à J+1. Désormais, c'est J+2 ou J+3 au mieux.
Risque de perte de sens et d'épuisement professionnel
"Il y a eu un test de ce système l'année dernière en Guyane pendant trois mois. À la fin, la moitié des facteurs étaient en arrêt maladie et il y avait jusqu'à un mois de retard dans le courrier" affirme Willy Dellhemmes, très inquiet pour l'avenir de sa profession.
"Avec cette méthode, toutes les tournées augmentent énormément. Et plus une tournée est vaste, plus c'est épuisant et plus les risques d'erreurs sont importants" prévient-il.
Il redoute aussi une charge à transporter considérablement alourdie pour les facteurs. "Ce sera plus de poids au quotidien et plus de courrier à manipuler. Actuellement, on a entre 500 et 1200 plis selon les endroits, ça pourrait augmenter de 30 à 50%". Le représentant syndical compare la tâche à un travail d'usine.
Le même geste répété des centaines de fois, c'est épuisant moralement et physiquement
Willy Dellhemmes - Sud PTTà France 3 Aquitaine
"Les répercussions sur les conditions de travail seront énormes" assure-t-il. "A Bordeaux, on pourrait passer de 70 tournées à 45 élargies, donc autant de facteurs en moins. La direction n'aura même pas besoin de PSE et de payer des frais de licenciement puisqu'elle a multiplié les postes d'intérimaires ces dernières années. Ce sera très facile de les supprimer sans rien justifier".
Le syndicat réclame une concertation publique avant toute réorganisation pour que les avis des habitants, des élus, des collectivités territoriales et des agents soient pris en compte.
"La Poste veut tuer le courrier qui ne rapporte pas assez au profit des colis et des produits financiers, banque, assurance, placement. Le problème, c'est cet objectif de rentabilité. Est-ce-qu' il correspond à notre mission de service publique ?", interroge Willy Dellhemmes.