"Un deuxième été comme en 2022 serait dévastateur" : les arbres toujours menacés par la sécheresse.

Feuillage automnal en plein printemps, arbres qui dépérissent du jour au lendemain, les épisodes caniculaires de l’été dernier continuent de faire des ravages dans la végétation, près d’un an plus tard, dans le Sud-Ouest.

Au fond d’un jardin, les feuilles récentes d’un hêtre, normalement d’un vert vif en cette saison, ont subitement viré au marron. Au bord de la route menant au Cap-Ferret, à l'ouest de Bordeaux, de jeunes pins maritimes alignés se dessèchent et finissent par laisser tomber leurs épines. Ces arbres ne sont pas simplement fatigués, mais bien morts, et ne repartiront pas dans la plupart des cas. Un phénomène de plus en plus visible en Gironde, alors même que la météo s’est montrée généreuse en pluie ces dernières semaines.

Pour Sylvain Delzon, chercheur à l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) à Bordeaux, spécialiste des forêts, cette hécatombe est certainement due à la sécheresse de l’été dernier.

On observe un effet ‘lag’, un décalage, qui peut aller jusqu’à trois ans entre l’épisode de sécheresse subi par l’arbre et sa mort.

Sylvain Delzon - Chercheur à l'INRA de Bordeaux

En apparence, l’arbre semble bien se porter pendant ce laps de temps. Mais c’est derrière l’écorce que se joue sa survie.

On pense que la sécheresse peut entraîner un dysfonctionnement du système vasculaire de l’arbre, le xylème, qui lui permet d’acheminer l’eau depuis ses racines via la sève. Au printemps suivant le coup de chaud, l’arbre produira un système affaibli. Il risque alors de mourir d’embolie vasculaire

Sylvain Delozn, Chercheur à l'INRA de Bordeaux

Des sécheresses qui s’enchaînent accentuent le phénomène, ne laissant aux arbres aucun répit.

"Un deuxième été comme 2022 serait dévastateur" craint Sylvain Delzon. 

Les feuillus, chênes, hêtres, frênes, semblent plus touchés par ce phénomène. Mais des cas ont pu être observés sur des pins maritimes en bordure de route en Gironde : 

Un courant d’air chaud, accentué par l’asphalte et le passage des véhicules, augmente certainement les effets de la sècheresse.

Sylvain Delzon - Chercheur à l'INRAE de Bordeaux

Les chercheurs au chevet des arbres

L’ampleur de ces embolies vasculaires est pour l’instant inconnu, mais au cœur de l’été 2022, alors qu’un mega-feu ravageait les alentours de Landiras en Gironde, la mort de plusieurs centaines d’hectares de forêts à l’est de la région Nouvelle-Aquitaine est passée sous les radars.

Les observations menées par les chercheurs de l’INRAE au sein de la forêt expérimentale de l’université de Bordeaux permettent aux scientifiques de mieux appréhender les effets de la sècheresse sur les arbres, et ainsi tenter d’identifier les essences les plus résistantes au phénomène pour en limiter l’impact. Mais les couleurs d’automne hors saison risquent de devenir un paysage commun malgré tout, dans les années à venir.