Incendies et sécheresse dans le sud-ouest : comment la forêt va-t-elle survivre ?

Incendies géants, sécheresse, canicule. La forêt souffre beaucoup cet été 2022. Le point avec Sylvain Delzon, spécialiste de l'arbre à l'INRAE.

La forêt a souffert encore un peu plus durant cet été, particulièrement dans le sud-ouest. Les pins maritimes se sont enflammés, le feu menace encore, et les scientifiques ont constaté des records de mortalité chez les feuillus qui ont perdu leurs feuilles dès le mois de juillet.

Mieux gérer la forêt

Sylvain Delzon est écophysiologiste à l'INRAE, l'institut de recherche public œuvrant pour un développement cohérent et durable de l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Spécialiste de l'arbre, il dirige un laboratoire de recherche sur l'impact de la sécheresse sur les arbres.

Selon lui, les incendies cet été étaient "prévisibles, mais pas leur ampleur". "Le risque d'incendie était hautement élevé car la sécheresse est très marquée dans le Sud-Ouest depuis le printemps en raison d'un déficit pluviométrique important. Les arbres et les végétaux ont une teneur en eau très basse, jamais observée jusque-là. Avec la vague de fortes chaleurs, le risque était au maximum. Il y avait des restrictions d'accès en forêt mais elles n'étaient pas totales. Les enquêtes diront ce que faisait cette camionnette dans un chemin forestier de la forêt usagère de La Teste.

En revanche, je suis surpris par l'ampleur des incendies - qui ont ravagés 20 000 hectares en juillet à La Teste-de-Buch et Hostens, et 7400 ha en août dans le secteur de Landiras-, et il faudra tirer les leçons des évènements car ce feu était incontrôlable. Or, ce n'est pas la première fois qu'il y a des incendies en été, mais cette fois les sapeurs-pompiers n'ont rien pu faire contre sa propagation rapide".

Les pares-feux étaient-ils assez larges ? Les largeurs ont-elles étaient respectées lors des plantations des pins dans le secteur de Landiras ?, s'interroge le scientifique.

"Et pour la forêt domaniale de La Teste, il faudra trouver un équilibre entre écologie et gestion pour mieux entretenir cette forêt usagère."

Le pin maritime est-il adapté pour affronter l'avenir ?

Mais pour Sylvain Delzon, les incendies ne sont pas liés au massif lui-même qui compte 20 millions d'hectares de forêt, principalement des pins maritimes de souche landaise, et aussi des feuillus comme les chênes. "Il faut continuer avec le pin maritime, on n'a pas trop le choix de planter d'autres arbres. La terre est très pauvre et sableux, c'est un podzol, (sol peu fertile, souvent gorgé d'eau mais aux horizons supérieurs desséchés en été), avec trop peu de nutriments. Avant, c'était un marais insalubre et l'homme a planté des pins maritimes pour drainer et assécher le marais, rappelle Sylvain Delzon.

Les pins maritimes restent le seul arbre adapté à notre région.

Sylvain Delzon, écophysiologiste à l'INRAE

France 3 Aquitaine numérique

"En tout cas, planter des eucalyptus comme on peut l'entendre, ce n'est pas possible ni efficace contre les incendies, ça brûle, on l'a vu en Australie".

Mortalité des arbres

La pinède des Landes de Gascogne résiste assez bien à la sécheresse. "Le stress hydrique est très important, mais pas de mort parmi les pins maritimes. En revanche, ils sont dans un état très sec qui favorise leur embrasement lors d'un départ de feu. Ils ont très vulnérables cet été. Par ailleurs, les vieilles aiguilles de pins tombent au sol en août. Très sèches, elles sont un bon combustible".

Parmi les feuillus, le manque d'eau est flagrant et les arbres perdent leur feuilles depuis juillet. Les forêts du Lot-et-Garonne sont touchées.

Les gens ont focalisé sur les incendies, mais la sécheresse va induire beaucoup de mortalité.

Sylvain Delzon, écophysiologiste à l'INRAE

France 3 Aquitaine Web

Augmenter la biodiversité 

La forêt de demain ? "Il faudra continuer de planter des pins maritimes et augmenter la biodiversité car il n'y a pas assez de feuillus dans les parcelles. Notamment, il faudra en planter en bordure des cours d'eau et ne plus planter des pins au ras. il faut aussi des zones tampons d'une centaine de mètres pour laisser des corridors qui sont bons pour la nature et qui limitent la propagation du feu".

il faut replanter des pins maritimes mais peut-être d'autres souches en provenance d'Espagne par exemple plus résistantes à la sécheresse, et aussi augmenter la biodiversité en plantant plus de feuillus.

Sylvain Delzon, écophysiologiste à l'INRAE

Source France 3 Aquitaine numérique

Cela fait longtemps que les scientifique travaillent sur l'avenir de la forêt. Sylvain Delzon mène avec lesconcours de l'ONF ( office nationale des forêts ) une expérimentation grandeur nature à Sanguinet dans les Landes.

"Nous avons planté en début d'année, trois fois 16 hectares soit 18 000 arbres de huit provenances différentes dont des pins d'Espagne plus résistants. L'idée est de tester leur résistance à la sécheresse. Nous allons installée un toit amovible au-dessus des parcelles pour simuler un climat plus sec".

Pour l'instant, les plants font 30 cm. C'est un peu tôt pour connaître le stress hydrique lié au manque d'eau. "En laboratoire, nous avons testé la résistance du bois et les résultats sont plutôt bons, mais c'est trop tôt pour tirer des conclusions, il faudra attendre cinq ans. 

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