Lot-et-Garonne : une tribune pour un "accueil inconditionnel" des femmes afghanes

Six femmes ont signé une tribune, dont l’autrice de bande dessinée et militante féministe marmandaise Marie Bardiaux-Vaïente, pour un "accueil inconditionnel" des femmes afghanes et de leurs proches.

"L’amour, pas la guerre"... C'est ainsi que commence cette tribune également diffusée sous forme de pétition-manifeste en ligne lancée ce vendredi 20 août et qui recueille ce lundi 23 août déjà plus de 4700 signatures dont, entre autres, l'ancienne ministre écologiste Cécile Duflot, l’écrivaine Virginie Despentes ou encore l’actrice-réalisatrice Agnès Jaoui.

C'est un véritable élan du coeur face à l'horreur qui se déroule en ce moment en Afghanistan : des familles entières tentent de fuir le pays avec le retour des Talibans. Et le sort des femmes inquiète également. C'est pour cela que d'autres femmes, d'ici, cherchent à mobiliser pour leur accueil. 

A l'origine du manifeste, Nadia Meziane. Dans la vie, elle est assistante d’élèves en situation de handicap en région parisienne, mais elle est également très impliquée dans la lutte activiste contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. C'est elle qui a écrit ce texte avec cinq autres femmes, elles aussi très choquées notamment par le discours du président Macron sur "les flux migratoires". 

Elles l'affirment dans cette tribune "Emmanuel Macron ne parle pas en notre nom lorsqu’il évoque les Français qui s’inquiètent d’un « nouveau flux migratoire » : nous nous inquiétons au contraire qu’il n’ait pas lieu et que nos sœurs afghanes, et leurs proches, meurent égorgées, violées, massacrées en Afghanistan".

Un accueil inconditionnel et digne

Dans ce groupe Facebook créé autour de cette tribune, malgré les milieux, opinions politiques différentes, toutes ces femmes s'entendent sur cette demande d'un accueil inconditionnel des femmes afghanes et de leurs proches. "Pour des visas humanitaires en urgence absolue". 

C'est ce qui était dit dans la tribune "face au danger absolu du viol, de la soumission et de la mort, pour un pays qui se réclame des Lumières et de la démocratie, il n’y a pas d’autre choix que d’offrir l’asile sans conditions" (voir texte intégral dans l'encadré) et accueillir "ces femmes qui viennent vers nous, précisément parce qu’elles y croient, chercher refuge pour leurs familles, leur liberté et leurs projets de vie".
 

La Marmandaise Marie Bardiaux-Vaïente

Parmi ces six militantes, Marie Bardiaux-Vaïente. Elle est auteure, scénariste de BD, du côté de Marmande en Lot-et-Garonne et s'est par ailleurs souvent engagée pour des causes féministes et pour l'abolition universelle de la peine de mort qui est son sujet d'étude depuis 25 ans.

"Le président a tenu un discours qui nous a choquées"... Elle raconte que c'est suite à des discussions avec d'autres militantes "choquées et angoissées" face à l'horreur de la situation dans ce pays en plein chaos et ces femmes "qui vivent des violences spécifiques", "enfermement, viols, violences sexuelles", qu'elles ont voulu réagir. C'est alors que Nadia Meziane a écrit ce texte qui a rencontré un écho auprès de nombreuses femmes et d'hommes ces trois derniers jours. "On commence à deux, à six et puis on est près de 1500 sur le groupe et plus de 4700 sur la pétition".

Effectivement, sa démarche est aussi militante.  En tant que féministe, elle estime qu'"on vit toutes sous le joug du patriarcat partout dans le monde, mais à des degrés différents... Là, on est face à un régime le plus dur qui soit. Elles vont être calfeutrées chez elles, n'auront plus le droit de sortir sans un homme de leur famille... c'est l'enfer sur terre! Surtout qu'il y avait une génération qui avait déjà commencé à s'émanciper..." Certaines femmes travaillaient, allaient à l'université...

Il faut dire que les images qui nous arrivent d'Afghanistan sont terribles. "On voit ce qui se passe à l'aéroport, ces femmes en train d'essayer de donner leurs bébés : en tant que femme, on peut toutes se projeter ! Pour moi, c'est vraiment l'épouvante!" "Face à l'épouvante, on ne peut pas faire grand chose... Ce manifeste, elle le décrit comme "l'impuissance du désespoir", "on est dans l'urgence du présent". Mais elle ne veut pas partir dans des considérations géopolitiques stériles : "ça nous concerne pas, on n'est pas des femmes politiques. On n'est pas à l'Assemblée ni au gouvernement. En revanche, des femmes luttent depuis des années dans des associations sans moyens".

"Depuis trois jours, on ne dort plus"...

"On va pas affréter des avions et aller les chercher. Mais qu'est-ce qu'on peut faire pour celles qui sont sur place et celles qui vont arriver?" Et surtout pour elle, il s'agit d'anticiper cet accueil. "On ne peut pas accueillir ces gens comme ça se fait à Calais... On a quand même des exemples qui sont pas glorieux au Pays des lumières..."

Et c'est sans doute grâce à cette expérience militante, de ce réseau de femmes, véritable bouillonnement d'idées, qu'il est en train de s'organiser des relais avec des "femmes de terrain", des associations sur place pour venir en aide aux Afghanes. Grâce à des militantes de terrain qui sont avec nous, "par exemple Marie-Laure Malric (Comédienne, membre du CNR, collectif pour une nation refuge) qui travaille vraiment sur la question des réfugiés".

"C'est 18 heures par jour en ce moment". Il y a des camarades qui sont en train de faire de la traduction, de répondre à des mails. D'autres font le lien avec des associations. On est aussi en train de monter une cagnotte (pour les aider) qui devrait être en place demain on espère..."  Mais il s'agit également pour ces militantes "d'anticiper un accueil digne" ici en France...

Marie est révoltée, enthousiaste mais aussi indignée... "Quand je vois que les gens ont peur de l'arrivée des Afghanes, je me dis ils ont peur de quoi, en fait?" Elle explique que cette vision sécuritaire de la société, oubliant quelque part l'urgence humanitaire,  l'affole.

Par ailleurs, beaucoup de femmes, de gens veulent s'impliquer dans cette démarche qui s'organise autour du groupe Facebook. Un groupe qui a dû rester "privé" à cause des "nuisances" causées durant tout le week-end entre commentaires et menaces. Mais cela n'a pas l'air de décourager la militante car le groupe a d'autre relais et les "gens affluent vers nous, ça n'arrête pas".

"C'est toujours des moments puissants quand les femmes se mettent ensemble pour des causes communes. C'est très fort émotionnellement. En revanche, ça fait trois jours qu'on dort pas ! (rire).. Mais la cause dépasse tout ça. Ce qui nous lie c'est que le collectif est plus important. (...)C'est aussi la question du sens qu'on donne à sa vie".

 

La tribune (20 août 2021) : « L’amour, pas la guerre - Accueil inconditionnel des femmes afghanes »

Nous, féministes et femmes de tous les genres, de toutes les divergences, de toutes les écoles, de toutes les sphères sociales et politiques, nous décidons aujourd’hui d’enterrer la hache de guerre et la géopolitique et de faire front dans un seul objectif : la vie et la liberté pour les Afghanes, l’ouverture de nos frontières et l’accueil inconditionnel de nos sœurs et de leurs familles.

Nous décidons, ensemble, de fermer nos oreilles à tous les arguments de la realpolitik, à tous les hommes – à commencer par notre président – qui trouveront toujours mille raisons de ne rien faire et de ne pas être le pays des droits des femmes, eux qui ont toujours trouvé des excuses pour ne pas être celui des droits de l’homme.

Nous décidons, ensemble, de clamer haut et fort : le cœur a ses raisons que la raison connaît. Nous affirmons que face au danger absolu du viol, de la soumission et de la mort, pour un pays qui se réclame des Lumières et de la démocratie, il n’y a pas d’autre choix que d’offrir l’asile sans conditions.

Nous décidons, ensemble, de faire front, car ce que nous voulons pour nous, la liberté et l’égalité, ne peut être gagné que si toutes le gagnent, sans distinction d’origine, de religion ni de frontières. Nous décidons que les mots des hommes qui veulent fermer la porte aux femmes afghanes ne nous font pas peur. Nous décidons qu’Emmanuel Macron ne parle pas en notre nom lorsqu’il évoque les Français qui s’inquiètent d’un « nouveau flux migratoire » : nous nous inquiétons au contraire qu’il n’ait pas lieu et que nos sœurs afghanes, et leurs proches, meurent égorgées, violées, massacrées en Afghanistan. Ou noyées, ou d’épuisement sur les routes dangereuses de l’exil. Ou ici, finalement, dans un bidonville.

Cela arrive déjà, et depuis des années, car, même avant la victoire des Talibans, chaque rejet de demande d’asile pour les Afghanes et Afghans qui en faisaient la requête, sous prétexte qu’ils n’étaient pas en danger, était déjà un mensonge et un déni de droits. Cela arrive déjà, parce que notre pays a préféré financer des soldats, des armes et une occupation, plutôt que des initiatives de développement des droits humains et l’accueil ici des personnes en exil.

Vingt ans après l’intervention militaire en Afghanistan, tous ceux qui ont eu le pouvoir en France sont au moins d’accord sur un point : la guerre a coûté très cher et n’a servi à rien. Pourtant, alors que ce constat unanimement partagé devrait les amener à revoir leurs copies, les messieurs qui nous gouvernent n’ont de nouveau que la guerre contre le terrorisme à proposer. Une guerre au nom de laquelle il faudrait faire taire tous les « bons sentiments » et se calfeutrer derrière les barbelés de Frontex pour faire face au terrible « flux migratoire ».

Voilà comment, en dépit des droits humains, l’Europe et la France, si fières de leurs valeurs démocratiques, considèrent ces femmes qui viennent vers nous, précisément parce qu’elles y croient, chercher refuge pour leurs familles, leur liberté et leurs projets de vie. Un « flux d’eau sale », ces femmes en quête d’un avenir pour elles et pour leurs petites filles qui rêvent de bancs d’école ? Une menace, ces femmes qui affrontent depuis toujours un obscurantisme que nos dirigeants prétendent combattre en agitant la peur, qui fait le jeu à son tour d’un autre obscurantisme, celui de l’extrême-droite ?

Nous, féministes et femmes, ne voyons pas un flux mais un afflux d’espoir. Nous ne sommes pas en guerre. Aux Talibans et à leur violence, nous exigeons que l’on oppose les seules armes qui vaillent, celles que certains n’appellent « valeurs de la République » que pour mieux les trahir. Le réalisme, c’est la devise inscrite au fronton des écoles mixtes : « Liberté, égalité, fraternité. »

Et si nos hommes politiques ne veulent pas s’emparer de la fraternité, s’ils ne sont pas capables de mettre de côté leurs oppositions comme l’avaient fait Sartre et Aron, alors c’est à nous de faire vivre la sororité internationale, de lancer de nouveau une vague solidaire, comparable à celle qu’a été #metoo, pour nos sœurs afghanes.

Ce que nous voulons, nous le voulons pour toutes. Mobilisons-nous pour l’accueil en urgence absolue des femmes afghanes, de leurs proches et des personnes des minorités de genre et d'orientation sexuelle. Pour des visas humanitaires en urgence absolue, et autant qu’il en sera demandé, pour l’assouplissement immédiat des conditions nécessaires au regroupement familial, pour la suspension immédiate des accords de Dublin et pour la délivrance de titres de séjour pour toutes celles qui sont déjà en France.

Puisque la comparaison avec la guerre du Vietnam est utilisée par tous les commentateurs politiques, alors le temps est revenu du réalisme en mouvement, celui qui a gagné en disant « L’amour, pas la guerre ».

L’accueil inconditionnel, pas la géopolitique mortifère et ses frontières.

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